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QUI PRENNENT NAISSANCE DANS UNE RUPTURE DE L'ÉQUILIRRE ENTRE LES PUISSANCES APPLIQUÉES EXTÉRIEUREMENT AU GLORE DE L'OEIL.

CHAPITRE V.

DU STRARISME (1).

SECTION I.
DéOnUlons. — ClauNlfleatlon.

§ 1*9. Rôle général du système musculaire.—

Après avoir analysé les conditions mécaniques qui président à la statique et à la dynamique du globe oculaire, et montré l'importance de leurs relations avec l'exercice de la vue, non-seulement comme organes de la direction de l'instrument, mais en même temps comme appareil De Mesure Et D'appréciation, après avoir scruté les lois de la statique physiologique, entrons hardiment dans l'étude des altérations que peut éprouver l'exercice régulier de ces lois.

Comme appareil de mesure et d'appréciation, disons-nous, car nous ne devons en aucun instant oublier que le système musculaire est, en réalité, tout autre chose qu'un simple appareil de génération et de transmission de forces, un simple producteur de mouvement; c'est en même temps (l'étude entière de ce système merveilleux le montre à chaque pas), ce que ne sont pas nos machines à nous, c'est un témoin constamment en éveil, un moniteur toujours en rapport avec le sensorium et qui lui représente perpétuellement, à chaque seconde (à l'état normal), la situation actuelle, exacte, des organes en mouvement, la position relative des leviers mis en œuvre.

(1) ïtpsfilÇu», j« regarde de travers.

Nous constatons l'existence de cette admirable propriété, sous le nom de sens ou conscience musculaire, dans tout le tableau de l'exercice de la locomotion, et quant à ce qui concerne en particulier l'appareil de la vue, nous rappellerons la comparaison à laquelle nous a conduit la stricte analyse de la fonction binoculaire:

«Les yeux, disions-nous (1), dans leurs rapports avec les objets visibles, jouent le rôle de deux cercles répétiteurs intelligents. En même temps qu'ils portent au sensorium les avertissements fournis par la couleur et l'éclairage, différenciant entre eux tous les objets de l'espace, ils lui font connaître la position même, exacte de chacun d'eux. Chaque division de ces cercles y est comme animée, en ce sens que deux points, appartenant chacun à une des rétines, étant simultanément sollicités par un même foyer d'éclairage, portent au sensorium, en même temps que la sensation perçue, la parallaxe binoculaire même de cet objet éclairé. »

§ 130. Ce qu'on entend par m Ira Iiisme. — Parler d'un trouble survenu dans les lois qui règlent l'action du système musculaire, c'est sous-entendre que l'un ou plusieurs de ces agents musculaires voient leur énergie altérée par excès ou par défaut. Nous ne nous occuperons pas des cas où la sensibilité spéciale en laquelle réside ce que nous pourrions nommer l'intelligence du muscle, serait elle-même et seule troublée, la science manquant, à cet égard, d'observations et de faits.

Il est inutile de se lancer dans la voie des hypothèses, quoiqu'il ne le soit pas d'indiquer cette source posssible de maladies et de troubles dans une fonction dont l'intégrité se lie d'une manière si intime au plein exercice des propriétés du système musculaire de l'organe. Or il n'est pas du tout illogique de penser que l'altération singulière de la sensibilité qui a dénoncé à Ch. Bell l'existence du sens musculaire, puisse être,- un jour ou l'autre, rencontrée dans les muscles de l'œil, ou n'y étant pas aperçue en elle-même, y engendrer du moins certains désordres fonctionnels saisissables. Nous nous bornerons à cette indication

(1) Go*. Met. de Paris, 7 juillet 1860.

sommaire, et n'envisagerons les altérations survenues dans le système qui nous occupe qu'au point de vue que nous venons de marquer, l'exaltation ou l'affaiblissement du type de l'énergie d'action.

Toute altération de cette énergie, dans l'un quelconque de ces deux sens, a pour premier et immédiat effet la destruction du consensus, de la synergie qui préside au fonctionnement normal des yeux, et qui se manifeste au dehors par l'harmonie constante du double regard.

Dans les rapports sociaux, nous devrions même dire dans les rapports universels de la vie animale, car cette propriété est commune à toutes les espèces armées d'yeux, chaque individu possède en effet la faculté d'apprécier avec une merveilleuse exactitude la direction du regard de tout habitant du globe avec lequel les circonstances le mettent en rapport. Cette faculté universelle et réciproque est notre premier moyen de communication mutuelle pour le bien comme pour le mal. Elle préside évidemment aux relations des individus; elle est l'avant-garde, chez nous, de toute démarche, chez les animaux, de tout geste, de tout acte: l'arrêt chez les animaux chasseurs, la perspicacité diplomatique chez les animaux doués de la faculté syllogistique et de la parole, en sont l'expression la plus élevée et la plus saisissante. Nous la défmirons mathématiquement, sans ajouter en rien, du reste, à la notion commune, en disant que tout être qui voit, outre la conscience de la direction de son propre regard, a encore la faculté de se représenter exactement la direction chez autrui des axes oculaires, de la normale au centre de la cornée, avec tout autant de précision que s'il était luimême dans l'œil de son voisin.

La moindre déviation, la plus légère dissociation del'harmonie des axes oculaires, se décèle à l'instant dans l'appréciation par les étrangers de la direction du regard; le regard est dit oblique, le sujet strabique.

Le terme strabisme (orpaëianà;, regard de travers), au point de vue pathologique, désigne donc immédiatement un état de trouble dans les synergies musculaires, et s'applique évidemment aux états les plus contraires de ce système, à tous les troubles survenus dans l'équilibre des forces, qu'ils soient l'effet de l'exaltation ou de l'affaiblissement, du spasme ou de la paralysie.

Suivant que l'angle des axes oculaires, lors du regard indifférent, est aigu en avant ou en arrière, le strabisme est dit convergent ou divergent, interne ou externe.

Nous verrons plus loin ce qu'on peut entendre par strabisme simple et strabisme double.

§ liil. Classification. — Cette défmition posée, nous compterons autant de classes on d'espèces de strabisme que nous reconnaissons de causes ou d'origines à la dissociation d'harmonie extérieure qui nous la révèle.

L'action exercée par le système musculaire des yeux, cause prochaine, immédiate, de la dissociation harmonique du double regard ou du double axe oculaire, est primitive ou secondaire; le point de départ de cette action dissymétrique est dans le système musculaire, ou, au contraire, est en dehors de lui et le tient sous sa dépendance. Dans le premier cas, le strabisme sera naturellement dit primitif, dans le second consécutif ou secondaire.

D'après cela, sous le terme général de strabisme primitif, nous comprendrons toutes les déviations de l'axe oculaire, conséquences d'un trouble primitif, d'une perversion première de l'action musculaire; et il conviendra, dès lors, d'y distinguer deux espèces très-différentes : la déviation, suite d'excès d'action, spasme, contracture, rétraction; la déviation par défaut, ou strabisme par atonie, paralysie.

Dans le strabisme consécutif ou secondaire, le système musculaire sera encore actif ou bien passif. Dans le premier cas, l'équilibre s'altérera dans un but physiologique pour accommoder Pœilà de nouvelles conditions de la vision, pour remplir une fonction déterminée, il aura un objet utile, ou bien au contraire, conséquence de certaines lois supérieures, il constituera une déformation pathologique.

On comprendra clairement cette distinction, en apparence confuse, par l'exemple suivant qu'elle a pour objet: quand une tache opaque siège sur la cornée, sur les cristalloïdes, dans l'intérieur du cristallin, en un mot sur le trajet de l'axe oculaire, on voit l'œil se dévier pour fournir au rayon lumineux un axe secondaire destiné par l'instinct à suppléer l'axe polaire ou principal obtrué. C'est le strabisme optique de M. Jules Guérin : l'œil se dirige en sens oblique pour y voir; comme, avant la tache, il se dirigeait normalement dans le même objet. La déviation, en somme, a donc pour but l'accomplissement de la fonction; elle est physiologique. On comprend à l'avance que ce genre de déviation est régulier, qu'il exclut toute idée de tentative de redressement, qu'il est une ressource de la nature et non une maladie; que nulle opération ne serait sage qui l'attaquerait lui seul, et avant d'avoir enlevé la cause qui en a commandé la production. Par ces motifs, nous désignerons celte espèce de strabisme sous le nom de strabisme optique que lui a donné M. Jules Guérin, et mieux encore peut-être, de strabisme physiologique, désignation qui emporte son corollaire avec soi, car elle le protége contre toute agression prétendue curative.

Le strabisme physiologique n'est pas le seul consécutif; il en est une seconde espèce qui se produit sous l'empire des lois physiologiques de sympathie qui tiennent les deux yeux sous leur domination, mais qui, tout en obéissant aux lois préétablies de la biologie, n'a plus l'amélioration, le service plus régulier de la fonction pour objet: nous voulons parler ici de la déviation par synergie, par sympathie, si bien décrite, toujours par M. J. Guérin, sous le nom de strabisme mécanique actif consécutif; déviation qui se produit dans un œil par retentissement de ce qui se passe dans l'autre (nous aurons soin d'en décrire ultérieurement le mécanisme), et même qui ajoute, dans l'œil premièrement affecté, son influence à celle qui a primitivement causé la maladie.

Enfin, sous le nom de strabisme passif, nous désignerons des cas auxquels plusieurs auteurs refusent le nom et la qualité de strabisme, mais qui, s'exposant à nous avec ce caractère capital de la disjonction des deux axes oculaires, sont, à chaque instant, confondus dans cette dénomination générique: nous voulons parler ici des déviations du globe, et par conséquent de son axe, par des tumeurs, par une force extérieure quelconque qui est venue troubler la topographie et conséquemment la symétrie. Il est évident que ce trouble n'est pas, à proprement parler, une déviation de l'axe oculaire, mais une déviation du globe lui-même. Cependant comme, dans la pratique, il y ale plus souvent lieu à un diagnostic différentiel, préalable à toute dis

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