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litaine) aimait sa femme d'un amour bien rare dans l'Islam,d'un de ces amours qui vont au delà de la tombe. Il partit pour la guerre et fit jurer à sa bien-aimée, non seulement fidélité pendant son absence, mais, s'il périssait dans les combats, fidélité après sa mort. J'ai confiance en toi, lui dit-il ; mais, comme gage de ta foi, je te confie la garde de mes slouguis '. Prends leur laisse dans la main, et sous aucun prétexte tu ne la lâcheras. La femme jura, du fond du cœur.

» Dans un combat, le guerrier fut tué, noblement, face à l'ennemi. La veuve, apprenant la fatale nouvelle, fondit en larmes ; mais au bout de quelque temps, courtisée par un jeune et beau garçon de la tribu, elle se laissa conter fleurette, se remaria et... lâcha les slouguis.

»Tout passe en ce monde. L'heure de la mort arrivée, la femme se présenta à la porte du paradis pour y entrer. Elle y trouva son premier mari. Je suis bien heureux de te revoir, lui dit-il ; mais .. qu'as-tu fait des slouguis ? La veuve ne répondit rien, se voila le visage, redescendit sur la terre ; et depuis cette époque, sous la forme d'un petit oiseau, elle parcourt le désert en sifflant les slouguis. »

Cette légende a, selon nous, une poésie plutôt chrétienne que musulmane. Certes, nous pourrions citer des contes arabes bien gracieux, bien poétiques ; mais leur poésie est presque toujours lascive. C'est même le cachet particulier de la légende arabe.Je ne blâme pas : la chose est naturelle. La morale du Koran n'est pas la même que celle de l'Évangile : voilà tout; et du moment que chez les Musulmans nous trouvons une légende morale, selon le sens chrétien du mot, nous pouvons être certains que la tribu est d'origine berbère. C'est précisément le cas des Ouerghemmas. Iber Kaldous (xvI° siècle) les cite parmi les peuples autochtones qui se sont le moins mélangés aux Arabes conquérants'. En temps et lieux nous reparlerons de cette intéressante tribu. Nous sommes sur la voie romaine de Capsa à Tisurus.Un enchir aperçu vers la droite, après la dernière traversée de l'Oued, nous l'avait fait supposer ; mais voici, un peu avant Gafsa, un indice certain, c'est une borne milliaire du type ordinaire encore en place, parfaitement verticale, 1m,50 de haut à peu près et portant des caractères romains à demi effacés. Abd-er-Rhaman, à notre arrivée ici, a eu une émotion, la première que nous lui ayons connue. Il a été mandé au bureau arabe (appelé officiellement en Tunisie bureau de renseignements) pour répondre comme témoin dans l'affaire de l'Oued-Addeg. Nos hommes ont unis un malin plaisir à l'effrayer : Tu es sûr de ton affaire, lui ont-ils dit ; tu as tué un homme qui ne t'avait rien fait. Spahi morto, on va te fusiller. Ach andi fic *, répondait toujours le spahi ; mais il était visiblement ému. Une demi-heure après, il revenait la figure épanouie : « Moi barli captaine, colonel, compliments, moi pas morto, pas fusillé, etc. » ; il ne tarissait plus. Ayant été nous-mêmes aux informations, nous apprenions qu'en effet le détachement envoyé à la recherche de nos brigands était rentré, l'instruction terminée, et que le colonel avait félicité Abd-er-Rhaman. L'histoire de notre aventure est ainsi reconstituée : Le guide hammema de l'oued Addeg était un compère qui, aussitôt le camp établi, est allé prévenir les frères et amis. Leur troupe se composait de 7 à 8 cavaliers hammemas et d'autant d'hommes à pied, ceux-ci kabyles et habitant le village de Kzar Sened. Le soir, un cavalier a été envoyé en reconnaissance (l'Arabe qui est venu faire boire son cheval); pendant la nuit, les hommes à pied ont tenté de détacher nos bêtes. Celui qui a été blessé est mort chez lui, à Kzar Sened, le lendemain soir; il a fait ainsi, grièvement atteint, plus de 20 kilom., et par quels chemins ! Le matin c'est le gros de la troupe, cavaliers et piétons, qui est venu tenter un coup de main sur le camp après avoir envoyé trois hommes pour nous retenir dans la montagne.Comme on l'a vu, la ferme contenance de nos soldats a sauvé la situation. Du même coup sont expliquées l'attitude bizarre des habitants de Kzar Sened au moment de notre passage, la consigne de ne pas s'approcher du camp ; puis, vers le soir, la visite tardive du caïd,la diffa obligatoire, et finalement l'attitude empressée du chef. L'enquête a été habilement conduite. Les douars Beni-Zid victimes des razzias furent d'abord visités, et là le lieutenant apprit la participation des gens de Kzar Sened et la mort de l'un d'eux. Arrivant brusquement dans la localité et allant droit au caïd, il lui dit d'avoir à faire déterrer le cadavre de l'homme tué dans telle circonstance, etc.— Mais cet homme, lui répondit le chef, n'a pas été tué par des voyageurs français comme tu le dis , cette mort est la vengeance personnelle d'un mari outragé.— C'est ce que nous verrons, reprit l'officier; vous n'avez que des fusils à balles, et c'est avec du gros plomb de chasse que l'homme a été tué. Le cadavre déterré, huit trous étaient constatés dans la poitrine : il fallut bien se rendre à l'évidence. Abd er-Rhaman parlera longtemps de son fait d'armes et des compliments qu'il a reçus du colonel. Si jamais la Tunisie est annexée à l'Algérie, espérons que sa conduite dans cette circon stance l'empêchera de tomber sous le coup de sa condammation à mort.Dans le cas contraire, son parti est pris d'avance : « Alors moi bardi Tripoli avec Gazelle » (nom qu'il donne à son cheval), nous a-t-il dit mélancoliquement. C'est du reste cette même Gazelle qui l'a amené en Tunisie après son affaire aux spahis algériens. A propos de gazelles, celle que nous avions rapportee de chez les Hammemas, notre Djali, est morte ce soir, probablement d'une fluxion de poitrine. Après un crachement de sang, elle a succombé. Nous la regrettons : elle commençait à être bien privée ; on ne l'attachait plus, elle venait dans notre tente demander à manger ou se coucher sur nos lits de camp pour dbrmir. Nous tenons d'un nommé Ben Simoun, un mercanti israélite d'ici, qui a toujours des gazelles à vendre, que dans le jeune âge, en captivité, il en succombe plus de la moitié. A six mois, elles sont considérées comme hors de danger.

1 Le slougui, lévrier de race, ne servant qu'à la chasse, est chez les Arabes le symbole de la fidélité. Le chien de garde (kelb) au contraire est considéré comme le symbole de l'abjection. Kelb ben kelb, chien fils de chien, est la plus grosse des injures.

1 Nous tenons ce dernier détail, ainsi que la légende, de l'homme qui connaît le mieux les Ouerghemmas, de M. le colonel de La Roque. 2 Mot à mot : Quoi ai-je dans toi ; traduction libre : Cela m'est égal.

10 mai. — Gafsa. — Nous continuons notre exploration du pays.Une localité à silex taillés, indiquée par le D° C... de Tozeur, a été trop bien fouillée par lui ; nous trouvons des échantillons typiques, mais rien d'entier. C'est un petit mamelon entre le camp et l'oasis. Un dernier mot sur Gafsa au point de vue de nos récoltes de naturaliste. Nous pouvons dire d'une manière générale que la faune du désert est assez pauvre ; mais Gafsa est bien le centre le plus riche que nous ayons vu dans le Sud, riche en reptiles surtout. Toutes les espèces trouvées depuis Sfax sont ici et plusieurs de celles de Tozeur également. Parmi ces dernières, nous pouvons citer le Scincoide de marais (Euprepes Savignyi) et le fouette-queue, qui vit sur les pentes rocheuses du djebel Attig. Comme saurien Scincoide, ajoutons Sphenops capistratus, et comme serpent venimeux l'Echis carinata capturée au djebel Attig par le D" G..., pharmacien chef de l'hôpital. La couleuvre vipérine est partout dans les fossés avec la tortue d'eau (Emys leprosa). Comme oiseaux, le guépier et le Bou-Abibi, aussi gentil, aussi familier qu'à Tozeur.C'est ici que nous dirons adieu à ce bengali saharien. Il ne va pas plus loin dans la direction de la côte. Comme insectes, dans l'oasis, les mêmes qu'à Tozeur, et autour de l'oasis plusieurs Pimelia et Blaps spéciaux, plus : Micipsa Mulsanti et un genre nouveau voisin des Ocnera.Le grand criquet aux ailes jaunes (Eremobia insignis) vole partout comme un oiseau. Les scorpions pullulent. Il y a ici les quatre grandes espèces de Tunisie. D'abord celui de la côte, Scorpio occitanus, puis les trois espèces désertiques, S. œneas dans l'oasis, S. maurus et australis dans les endroits secs. Les S. occitanus et australis sont communs dans le camp même. Les mœurs sont nocturnes, et le soir, dans notre tente, nous en avons vu souvent circuler avec rapidité jusque sur nos lits de camp, la queue dressée comme celle d'un chat. Les accidents sont rares, jamais mortels. A ceux qui croient à la légende des bêtes féroces, le fait paraîtra étonnant ; mais pour nous, qui ne connaissons que des bêtes qui ont faim ou des bêtes qui se défendent, le contraire nous étonnerait. Le scorpion, ne se nourrissant que d'insectes, passe sur un dormeur sans aucun inconvénient pour celui-ci. Nos hommes ont couché tout le temps sur le sol, nous n'en avons eu qu'un de piqué, Abd-Allah. La blessure était à l'orteil. Sans doute, le scorpion avait été serré contre le sol. Il était deux heures du matin quand le spahi nous éveilla. Une incision en forme de croix, une goutte d'acide phénique, une compresse par-dessus, et le lendemain notre homme pouvait se chausser.

Avant-hier 17, ascension du djebel Attig. Nous étions quatre : le D' G..., Doûmet, Abd-er-Rhaman et moi ; le Dr Bonnet, selon son habitude, gardait la tente, préparant les plantes. Départ à 6 heures du matin, retour à 5 heures du soir. Journée chaude, escalade pénible par le versant sud, descente facile par le versant nord. Deux baromètres consultés au sommet, comparaison faite avec la pression observée au camp, nous ont donné environ 830 mètres d'altitude au-dessus de la mer ; l'oasis est à 170. La température entre 1 heure et 2 heures de l'après-midi a été de 23o centigr., et à la même heure à Gafsa elle était de 33°. Comme animaux, nous avons à signaler le mouflon. Le D" G... en avait vu un troupeau quinze jours auparavant; mais, moins heureux cette fois, nous n'avons pu constater que des traces, toutes fraîches, il est vrai. Citons encore le gondi. Comme insectes, partout le gros Eugaster Gugonii, et sur les belles fleurs rouges du Geranium arborescens trois ou quatre bonnes espèces, dont un beau Bupreste (Julodis cicatricosa) est la plus remarquable.

Demain matin nous quittons Gafsa. Nous voulons gagner le bord du chott par le massif encore inexploré de l'Oum el Askar, et reprendre la direction de Gabès par celui non moins inconnu du djebel Berda. Nos cartes étant complètement nulles à cet endroit, un instant nous avons été perplexes ; mais le colonel

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