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calyptus dans l'Afrique centrale, et au moment où il allait retourner à sa mission de la Cimbébasie, il nous a manifesté l'intention de faire encore sur différents points, et particulièrement dans le désert de Kallyharry, de nouveaux essais dont il a bien voulu promettre de faire connaître plus tard quel en aura été le résultat.

Si, maintenant, de notre ancien continent nous passons l'Atlantique, nous retrouverons encore, un peu partout dans le NouveauMonde, de nombreux essais de culture des Eucalyptus. On en a planté de grandes quantités dans le Brésil, la Bolivie, la Plata, le Paraguay, le Chili, l'Uruguay, la Guyane, le Venezuela et la Nouvelle-Grenade ; puis dans le Nicaragua, le Honduras, le Guatemala, le Mexique et dans quelques-uns des États qui forment la partie méridionale de l'Union américaine. On pourrait donc dire sans exagération que l'expérience a été tentée dans la plupart des vastes régions qui forment les deux Amériques.

Au cours d'un voyage d'exploration qu'il avait courageusement entrepris en 1875 dans l'Amérique méridionale, notre excellent ami M. Ed. André, après avoir remonté le cours du Magdalena, put constater non sans surprise que les Eucalyptus étaient déjà cultivés sur plusieurs points de la Nouvelle-Grenade, et particulièrement à Soacha, à Canoas et à Santa-Fé-de-Bogota, c'est-à-dire vers le 6° degré de latitude nord. Ces arbres prospéraient à merveille et se développaient rapidement à une altitude variant entre 2,600 et 3,000 mèt. au-dessus du niveau de la mer. Cette grande hauteur, comme on le sait, modifie considérablement le climat, et grâce à elle, quoique sous la zone torride, la chaleur est toujours modérée. Il y fait assurément moins chaud en été qu'à Montpellier et même qu'à Paris. Par contre, il n'y a pas de froid en hiver, et pendant toute l'année les écarts de température sont relativement insignifiants ; aussi peut-on dire que le climat de cette contrée se résume en un printemps perpétuel. Et pourtant la plupart des plantes de ces régions élevées exigent chez nous la serre chaude pour se montrer dans toute la magnificence de leur végétation,

A Buenos-Ayres et dans une partie des États-Unis du Rio de la Plata, on a planté pendant ces quinze dernières années d'énormes quantités d'Eucalyptus, non seulement dans les promenades et sur les bords des routes, mais encore pour reboiser les parties dénudées de ce vaste pays. Il en est de même dans toute l'étendue du Brésil et des autres États de l'Amérique méridionale.

M. le D" Sacc, directeur du Laboratoire national de Cochabamba, nous a montré ' tout le parti qu'on pouvait tirer des plantations d'Eucalyptus dans le territoire Bolivien, dont il vante avec raison la richesse et la beauté. De son côté, le gouvernement Mexicain a conclu récemment plusieurs marchés importants pour la plantation de nombreux milliers d'Eucalyptus dans la vallée de Mexico.

Mais c'est surtout en Californie que la culture de l'Eucalyptus a pris une rapide extension, et c'est presque par millions qu'on pourrait compter aujourd'hui les Gommiers australiens plantés sur le vaste territoire californien. Ils rencontreront dans cette région occidentale de l'Amérique du Nord, non seulement un climat analogue à celui de l'Australie et de la Tasmanie, mais encore des natures de sol à peu près équivalentes à celles de leur pays d'origine. Ils y trouveront même parfois les mêmes terrains quartzeux aurifères dans lesquels prospèrent si bien quelques espèces d'Eucalyptus qui se rencontrent aussi, comme nous l'avons précédemment indiqué, sur quelques points des Alpes australiennes de la colonie de Victoria et de la Nouvelle-Galles du Sud.

VIII. — UTILITÉ INDUSTRIELLE DEs EUCALYPTUs.

Au cours de cette étude, et particulièrement à propos de plusieurs espèces, nous avons souvent parlé des nombreuses propriétés assainissantes, médicinales, industrielles et autres qui ont été reconnues aux Eucalyptus. Sans vouloir nous répéter ici, nous avons pensé qu'il convenait cependant de compléter tout ce qui n'a pas été encore dit en indiquant brièvement le parti que l'on peut tirer des diverses parties de cet arbre, c'està-dire de son bois , de son écorce , de ses fleurs, de ses feuilles, etc.

' Journal-Barral, n° du 20 novembre 1885.

BoIs. — Dans la Nouvelle-Hollande de même qu'en Tasmanie, les Eucalyptus constituent la principale essence forestière. Ce sont eux qui fournissent la presque totalité des bois de charpente, de charronnage et de menuiserie ; les troncs des jeunes individus sont employés, soit en poteaux télégraphiques, soit comme traverses de chemin de fer. Ils rendent encore des services comme pilotis de pont et remplacent même souvent la pierre dans la construction des quais. Le bois de la plupart des Eucalyptus a la réputation d'être incorruptible, surtout quand il reste plongé sous l'eau, et on assure que l'huile essentielle qu'il contient en éloigne les tarets. La densité du bois d'Eucalyptus est généralement très grande , et pour certaines espèces elle égale et dépasse quelquefois celle du chêne le plus lourd , chez les E. cornuta, marginata, etc., cette densité est même supérieure à celle de l'eau. L'huile essentielle que contient le bois facilite sa combustion et augmente d'autant sa qualité pour le chauffage. Enfin de nombreux essais démontrent que l'ébénisterie peut tirer un grand parti du bois des Eucalyptus et que certaines espèces sont appelées sous ce rapport à nous rendre de grands services. On sait que le bois de la plupart des essences forestières n'acquiert toutes ses qualités que chez les arbres d'un âge avancé. C'est surtout vrai pour les Eucalyptus, et cette circonstance explique comment des expérimentateurs trop pressés n'ont pas reconnu chez ceux de ces arbres encore jeunes exploités en Europe, en Algérie et partout ailleurs où ils sont cultivés, les qualités que leur attribuent avec juste raison les colons australiens. Il va sans dire aussi que, de même que pour toutes les autres essences forestières, il est nécessaire de procéder à l'abattage des arbres à l'époque la plus favorable, c'est-à-dire au moment où la sève est le moins en mouvement. De même que tous les arbres à feuilles persistantes, l'Eucalyptus conserve les siennes pendant toute l'année ; sa végétation ne s'arrête donc jamais aussi complètement que chez les arbres à feuilles caduques. En effet, la circulation de la sève, fortement ralentie tant que les rameaux ne s'allongent plus, doit cependant se conserver assez active en hiver pour continuer à nourrir l'ensemble du feuillage et subvenir à la perte résultant d'une évaporation encore assez importante. Aussi, en abattant les Eucalyptus, même pendant la saison où la végétation est complètement arrêtée, c'est-à-dire pour notre hémisphère vers le mois de janvier, est-il utile, comme le recommande avec raison M. Bouchereau ', de les ouvrir longitudinalement par le cœur et de les tenir ensuite pendant quelque temps immergés dans l'eau. De cette manière, le bois se conservera bien sain, ne se crevassera pas, deviendra facile à travailler et acquerra bientôt toutes les précieuses qualités qu'on lui reconnaît avec juste raison. M. Ed. André rapporte * qu'un seul pied d'E. Globulus dont le tronc mesurait 97 mèt. de haut et n'avait de branches qu'à partir de 63 mèt., fut abattu près de Hobart (Tasmanie) et vendu 6, 140 francs. Il serait facile de citer une foule de faits analogues pour signaler la valeur importante, comme bois d'œuvre, des Gommiers australiens ; nous en avons souvent entretenu nos lecteurs. Nous nous bornerons à ajouter ici qu'à l'exposition de Londres en 1862 on voyait deux énormes troncs d'Eucalyptus ainsi que des planches de cet arbre mesurant 28 mèt. de long sur 3",50 de large et 0",08 d'épaisseur, qui avaient été envoyés par le capitaine Goldsmith ; une autre planche qui ne mesurait pas moins de 51 mèt. de long n'avait pu être expédiée, faute d'un navire assez long pour la contenir. M. DoWne, ingénieur anglais, emploie avec succès la décoction du bois d'Eucalyptus préalablement découpé en fines lamelles

" Bulletin de la Sociélé nationale d'Acclimatation de France, février 1s82, pag , 16 . * Revue horticole, 1863, pag. 47.

pour nettoyer les chaudières à vapeur des incrustations calcaires qui se forment sur leur paroi intérieure. Les troncs des E. tereticornis, siderophœa, marginata, rostrata, etc., sont surtout estimés comme résistant longtemps en terre et par conséquent préférés pour les traverses de chemin de fer et les poteaux télégraphiques. Ces espèces ont fourni les bois nécessaires pour la presque totalité des réseaux australien et tasmanien. Les E. haemastoma, hemiphlœa, cornuta, marginata, paniculata, polyanthema, etc., fournissent le bois le plus lourd et le plus estimé pour les principaux usages ; on en fait même des vis de pressoir et des roues d'engrenage. Enfin les autres espèces dont le bois est le plus employé pour la charpente et le charronnage, la menuiserie et l'ébénisterie, la tonnellerie, la marine, les pilotis et les divers travaux des ports, etc., sont les E. alpina, amygdalina, bicolor, botryoïdes, crebra, diversicolor, drepanophylla, fissilis, Globulus, gonioca lyr, leucorylon, macroryncha, melanophlœa, microtheca, obliqua, pilularis, resinifera, robusta, siderorylon, etc. Quelques-unes de ces espèces dont le bois est le plus apprécié par les colons australiens, celles surtout dont les forêts sont à proximité des grands centres, ont été tellement exploitées et avec une si grande rapidité qu'elles commencent à s'épuiser. Il en est ainsi surtout des E. obliqua et alpina. Nous avons déjà vu en effet que les forêts de l'E. alpina peuplant autrefois les Alpes australiennes de la colonie de Victoria avaient été si peu ménagées que cette espèce serait entièrement perdue si l'on n'en avait pas conservé des exemplaires dans le Jardin botanique de Melbourne. Aussi se préoccupe-t-on dès maintenant, même en Australie, de reconstituer les forêts disparues en replantant ces précieuses

espèces qui ont rendu tant de services aux habitants des principales cités australiennes.

ÉcoRCEs.— En parcourant les forêts d'Eucalyptus de la Nou

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