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l'on voit, s'il est permis de parler ainsi, que son goût -u'étoit que la délicatesse de son ame. »

Henri FIELDING ( n. 1707 — m. 1754 ) , est auteur d'un assez grand nombre de romans dont la plupart sont très estimés; mais celui qui l'emporte sur tous les autres , est sans contredit Tome Jones. On n'en connoît point qui attache davantage et dont l'intérêt soit mieux gradué. Il offre, dans les deux principaux personnages, un contraste qui n'est malheureusement que trop l'histoire de la société. Des deux acteurs qui occupent la scène, l'un paroît toujours avoir tort, l'autre toujours raison; et il se trouve à la fin que le premier est un honnête homme, et l'autre un fripou. Mais l'un, plein de la candeur et de l'étourderie de la jeunesse, commet toutes les fautes qui peuvent prévenir contre lui ; l'autre toujours maître de lui-même, se sert de ses vices avec tant d'adresse, qu'il sait en même temps noircir l'innocence et mentir à la vertu. L'un n'a que des défauts, il les montre et donne des avantages sur lui; l'autre a des vices, il les cache et ne fait de mal qu'avec sûreté. Tous les autres personnages sont des originaux supérieurement tracés, que l'on voit tous les jours dans le monde, et que l'auteur peint, non par l'abondance des paroles , mais par la vérité des actions. Le fil de l'intrigue principale passe à travers les événemens épisodiques sans que jamais on le perde de vue; et le dénouement est aussi bien suspendu que bien amené. La Harpe dit que c'est lé livre le mieux fait de l'Angleterre , et il ne craint pas de le nommer le premier roman du monde. Nous avouerons que nous en avions porté à-peu-près le même jugement après l'avoir lu plusieurs fois; il est vrai que la lecture de Don Quichotte qui est d'un genre si différent, nous a fait éprouver le même plaisir à la lecture.

Esprit FLÉCHIER (n. i63a--m. 1710). La plus belle, la plus parfaite de toutes ses oraison» funèbres, est celle de Turenne, prononcée le 10 janvier 1676, à l'église Saint-Euslache de Paris j elle est infiniment supérieure à tous ses autres discours. Si les couleurs étoient un peu plus vives dans l'oraison funèbre du premier président de Lamoignon, elle pourroit approcher de celle de Turenne. En général il n'y a aucun des discours de Fléchier qui n'offre de riches détails. Et comme l'a dit Thomas dans ses Eloges : ce l'éloquence de Fléchier paroît être formée de l'harmonie et de l'art d'ïsocrate, de la tournure ingénieuse de Pline, de la brillante imagination d'un poëte, et d'une certaine lenteur imposante qui ne messied peut-être pas à la gravité de la chaire, et qui étoit assortie à l'organe de l'orateur, u

J. P. Claris Defloria.n(ii. 1755—mort 1794)» Parmi les ouvrages de cet aimable auteur, ses Fables tiennent le premier rang, et on peut le leur conserver entre toutes les productions du même genre r depuis La Fontaine qui est et qui sera toujours hors ligne et au-dessus de toute comparaison. Le bon en tout genre prédomine dans le recueil des fables de Florian. On en trouve d'un intérêt attendrissant , d'autres d'une gaieté douce etbadine, d'autres d'une finesse piquante, d'autres d'un ton plus élevé saus être au-dessus de celui de la fable. Le poëte sait varier ses couleurs avec ses sujets ; il sait décrire et converser , raconter et moraliser. Nulle part ou ne sent l'effort et toujours on aperçoit la mesure. Les plus jolies fables de notre auteur sont VAveugle et le Paralytique, les Singes et le Léopard, le Savant et le Fermier, le Roi et les deux Bergers , Don Quichotte, le Lapin et la Sarcelle, le Bon homme et le trésor; le Hibou, le Chat, l'Oison et le Bat; la Mort, le Danseur de corde , la Pie et la Colombe , le Singe qui montre la lanterne magique , les Enfans et les Perdreaux , etc.

La plus agréable pastorale que nous ayons , est sans contredit la Galatée de Florian; son Estelle est aussi fort jolie. L'églogue de lîulhplaira à toutes les âmes sensibles, etc.

L. A. FLORUS qui vivoit sous Auguste selon les uns, sous Trajan et même sous Adrien selon les autres, nous a laissé un Epilome de gestis Bomanorum qui commence à l'origine de Rome et va jusqu'à 725 où Auguste ferîna le temple de Janus (1). Il a

(1) La clôture du temple de Janus étoit une cérémonie d'autant plus solennelle qu'elle étoit tris rare à Rome. Chez ce peuple guer

eu le talent de resserrer en un très petit volume les annales de sept siècles sans omettre un seul fait important. Son style offre bien quelques traces de déclamation ; mais en général il a de la rapidité et de la noblesse. On en peut juger par le récit de la Conjuration de Catilina. I n'occupe que deux pages," et rien d'essentiel n'y est omis.

DANIEL FOË (n. 16.. m. 1731 ). Le roman de Robinson a eu un succès prodigieux ; mais il n'y a que la première partie, c'est-à-dire , le séjour de Robinson dans son île, qui soit vraiment originale et attachante ; aussitôt que Robinson est rendu à la société , tout ce qu'il dit et tout ce qu'il fait rentre dans la classe ordinaire des romans et est très com

rier, ce temple étoit toujours ouvert, et on ne le fermoit que perdant la paix ; encore falloit-il que cette paix fùt générale. Le temple de Janus n'a été fermé que huit fois pendant la durée de la royauté, de la république et de l'empire romain; savoir : 1.o l'an 42 de Rome, - 712 av. J.-C. , sous Numa qui fut

l'instituteur de cette cérémonie ; 11.o en 519-235 av. J.-C., à la fin de la seconde guerre punique; 111.0 en 725-29 ans av. J.-C., après la bataille d'Actium, qui

rendit Auguste le maître du moude ; 1v.° en 730--24 av. J.-C., au retour de la guerre des Canta

bres en Espagne ; v.° en 744 — 10 ans av. J.-C., sous Auguste : la paix générale

régna 12 ans. C'est vers la fin de cette paix que Jea

sus-Christ vint au monde; v1.0 en 811 – 58 de J.-C., sous Néron; Y11.o en 824—71 de J.-C., sous Vespasien, aussitôt après la

prise de Jérusalem, par Tite; VIII. enfin en 994-241 de J.-C., sous Gordien le jeune,

mun. Pourquoi la première partie est-elle si intéressante? C'est qu'on y voit tout ce que l'homme abandonné à lui-même peut trouver de ressource dans son industrie, dans son courage et dans le sentiment réfléchi de ses besoins.

Nic.-Jos.-L. GILBERT (n. 1751—m. 1780). On regarde son ode sur le Combat d'Ouessant, comme ce qu'il a fait de mieux dans le genre lyrique, et par conséquent supérieure à celles sur le Jubilé et sur le Jugement dernier (1). Sa satire du xvin.e siècle est très piquante ainsi que son apologie qui en est une suite. Mais des vers admirables et qui portent à l'ame, ce sont ceux qu'il a faits huit jours avant sa mort, et qui sont extraits d'une imitation de plusieurs psaumes.

Au banquet de la vie, infortuné convive,

'J'apparus un jour, et je meurs: Je meurs, et sur ma tombe, où lentement j'arrive , Nul ne viendra verser des pleurs, etc.

Quand La Harpe, dans son Lycée, a jugé très sévèrement Gilbert, il avoit encore sur le cœur cette tirade qui le regarde nominativement dans VApologie:

C'est un petit rîmeur, de tant de prix enflé,
Qui, sifflé pour ses vers, pour sa prose sifflé ,
Tout meurtri des faux pas de sa muse tragique,
Tomba de chute en chute au trône académique.

(1) La dernière strophe de cette ode est très belle, mais surtout les trois derniers vers:

L'Éternel a brisé son tonnerre inutile,

Et d'ailes et de faux dépouillé désormais,

Sur les mendes détruits le Temps dort immobile.

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