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la Declaracion de instrumentos musicales de Juan Bermudo (1549), Ars eleganter, & suaviter cantandi de Hermann Finck, L'antica musica de Nicola Vicentino (1555), Institutioni e Dimostrationi armoniche de Zarlino (1558 et 1571), Il Fronimo de Vincenzo Galilei (1583), Pratica di Musica de Ludovico Zacconi (1592), Le nuove Musiche de Caccini (1601-2), Le regole di Canto fermo de Pietro Cerone (1609).

Un des volumes les plus précieux de la bibliothèque de Jean IV était, à n'en pas douter, le Micrologus de disciplina artis musicæ de Guy d'Arezzo (le manuscrit original, dit-on), lequel, après force inutiles diligences faites par ses ambassadeurs dans les principales villes européennes pour en obtenir une copie, lui avait été généreusement offert par la reine Catherine de Suède (1).

On doit mentionner aussi, comme étant du plus haut intérêt bibliographique, les collections de tablatures pour luth, guitare, mandore, chitarrone, arpicordo, orgue, etc. dont quelques-unes signées par Francesco da Milano, Sixtus Kargel, Gio. Antonio Tersi, Samuel Scheidt, Alessandro Piccinini et autres remarquables instrumentistes du temps, sans compter les traités et recueils spé ciaux pour la guitare et le luth, qui ont immortalisé au XVIIe siècle les espagnols Luis Milan (El Maestro, 1534), Luis de Narbaes (El Delphin, 1538), Enriquez de Valderrabano (Silva de Sirenas, 1547), Diego Pisador (Musica de viguela, 1552), Miguel de Fuenllana (Orfenica lira, 1554), etc.

Comme on vient de voir dans cette rapide énumération, expressément réduite aux grands noms depuis longtemps consacrés par l'histoire de la musique (2), le royal auteur de la Defensa de la musica moderna organisait sa collection non seulement en amateur éclairé et compétent, mais surtout avec un éclectisme assez rare à cette époque, où la musique liturgique prélevait sur toutes les autres manifestations d'art. A côté des messes, motets, offertoires, psaumes, magnificats et tout l'attirail de la musique cultuelle, que l'on trouvait dans la bibliothèque du roi en nombre incalculable de spécimens de toutes les écoles et provenances, on y voyait une quantité énorme d'airs et madrigaux profanes, des divertissements et des danses, jusqu'aux airs de table et chansons grivoises, qui tranchaient de temps en temps dans l'austérité un peu sèche du catalogue royal.

Quel a été le sort de cette admirable bibliothèque? Malgré les préventions testamentaires de son fondateur, il paraît que, après la mort de Jean IV, on aurait peu à peu délaissé les soins indispensables à la conservation et peut-être à l'intégrité de la précieuse collection. A partir de 1692, date de la nomination du remarquable poète et musicien Antonio Marques Lesbio pour la charge de bibliothécaire, on n'en entend plus parler et l'horrible tremblement de terre de 1755 et l'incendie qui l'a suivi auraient complété l'œuvre d'abandon et de destruction, en réduisant le tout en cendres.

Nous ne citerons qu'en passant une autre bibliothèque à peine postérieure à celle que nous venons d'étudier et sur laquelle nous n'avons que de trop vagues renseignements. Elle aurait été colligée par un compositeur portugais, Francisco

(1) Cette admirable pièce ne figure pas sur la première partie du catalogue.

(2) Les auteurs indiqués sur le catalogue sont presque mille, dont près de 420 non cités par Fétis.

de Valhadolid (1640-1700), et serait presque exclusivement constituée par des ouvrages nationaux, tant théoriques que pratiques (1).

La plupart des vieux parchemins: psautiers, missels, antiphonaires, heures et autres livres du service liturgique offrent un réel intérêt pour l'étude du plain-chant. On en trouvait de précieux exemplaires dans presque tous les couvents portugais, mais après l'extinction des ordres monastiques en 1834 et pendant de longues années encore, on a vu la plupart de ces richesses s'éparpiller comme de la graine au vent. Dernièrement on a pu recueillir à notre Bibliothèque Nationale une centaine de livres de chœur et autres vieux bouquins qu'on est bien aise de pouvoir feuilleter quand on veut s'orienter dans la musique du passé; ils sont d'ailleurs inestimables pour l'étude des différentes phases de l'enluminure, dès le XVIe siècle jusqu'à sa complète décadence au XVIII® (2). Mais en dehors des ouvrages se recommandant plus particulièrement par la beauté de la forme, on pourra consulter dans notre bibliothèque officielle des incunables musicaux qu'on ne pourrait trouver ailleurs, ainsi que de vieux traités des XVI et XVIIe siècles, dont on ne saurait méconnaître l'intérêt historique et l'extrème rareté. Parmi les reliques de cette Bibliothèque, on ne peut pas oublier un recueil de cantiques en notation neumatique (sur une seule ligne rouge), que l'on attribue aux X ou XII° siècles, et auquel on a ajouté plus tard le titre de: Ceremoniale Episcoporum antiquum valde quod expresse dignoscitur ex notulis Cantus nondum lineis affixis. A côté de ce vénérable manuscrit, le seul spécimen complet avec neumes que l'on connaisse chez nous, nous trouvons le Commentarium musices de Guglielmo de Podio, imprimé en 1495, exemplaire admirable comme conservation et dont les caractères musicaux, faute de procédés mécaniques pour leur reproduction, sont ingénument dessinés à la main (3). La Bibliothèque Nationale peut encore s'enorgueillir de deux éditions du rarissime traité de Domingos Marcos Duran, Lux bella (1498 et 1509), ainsi que des suivants, non moins estimés et rares: Arte de canto llano y cotrapunto y canto de organo par Gonçalo Martinez (édition de 1528). - Declaracio de instrumentos musicales par Juan Bermudo (1555). Le Istitutioni Harmoniche de Zarlino, datées 1562, et les deux premiers volumes des Dimostrationi du même auteur dans l'édition de 1589. A plaine and easie introduction to practicall musick de Thomas Morley (la première édition, mais avec un frontispice daté 1608). El Melopeo y Maestro de Pietro Cerone (1613). La Biancherina overo Cartella picciola del Canto figurato par Adriano Banchieri, 5ème édition (1623), etc. La bibliographie musicale y est encore représentée par maintes productions pratiques de musiciens portugais à partir du XVIIe siècle, plusieurs journaux et revues musicales portugaises (XIXe siècle) et un nombre du reste assez restreint de livres modernes sur la musique et le théâtre.

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(1) VASCONCELLOS, Ensaio critico, pag. 72, nota 1.

(2) La liste, quoique incomplète, de ces œuvres se trouve en GABRIEL Pereira, Bibliotheca Nacional de Lisboa. Collecção dos livros de coro dos conventos extinctos et A Collecção dos Codices com illuminuras da Bibliotheca Nacional de Lisboa (Lisboa, 1904).

(3) Ce n'est que quelques années plus tard que l'italien Petrucci inventa la typographie musicale avec des caractères mobiles. Ce procédé ne tarda pas à se vulgariser un peu partout. Vers la fin du XVIIe siècle on commença à employer la gravure sur planches d'étain.

Il est vraiment regrettable que ce beau noyau bibliographique, si intéressant pour les études d'histoire musicale, ne soit pas organisé et catalogué de façon à offrir une consultation plus commode à tous ceux qui s'occupent de ces études. Il serait à désirer également que certaines œuvres d'une réelle importance, qui se trouvent ailleurs, et que l'on ne saurait aborder sans soutenir une lutte acharnée avec l'omnipotente bureaucratie, trouvassent une place à la Bibliothèque Nationale. Nous ne voulons pas parler des bibliothèques d'Ajuda, Evora, etc., ni des archives des cathédrales de Lisbonne, Mafra, Evora, et autres, dont la richesse, sous le point de vue qui nous occupe, ne serait pas à dédaigner. Ce serait là un rêve de centralisation, tant soit peu égoiste, et dont nous n'ignorons pas les inconvénients. Mais au moins les quelques ouvrages que l'on conserve aux archives nationales de la Torre do Tombo (comme s'il s'agissait de documents diplomatiques, sans doute !), et notamment l'Index de la bibliothèque de Jean IV et l'Harmonie de Gafurius, que l'on ne pourrait trouver ailleurs, auraient leur vraie place à la Bibliothèque Nationale, à côté des chefs-d'œuvre que nous avons énumérés plus haut.

Sous le point de vue musical, la Bibliothèque de Porto mérite aussi, à n'en pas douter, une citation spéciale. On y peut consulter quelques centaines de volumes anciens et modernes sur la musique, en français, anglais, latin, espagnol, etc. La perle de cette collection est sans contredit un précieux Tractatus du XVIe siècle, manuscrit latin òu l'on admire à coté de plusieurs exemples musicaux, chansons, etc. toute une série d'enluminures de la plus rare beauté; il est signé Johannes de Muris. Parmi les beaux livres anciens s'occupant de notre art, nous pouvons indiquer encore un Theatrum Musicum de 1571, imprimé par Petrus Phalesius et Joannes Belleris, de Louvain, la première édition de De Musica de François Salina (1577), la Musurgia Universalis de Kircher (1650) et le rarissime ouvrage d'Andrès Lorente ayant pour titre El porque de la musica en que se contiene los quatro artes

de ella (1672).

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Nous ne quitterons pas les collections publiques ou officielles sans consacrer deux mots à la bibliothèque du Conservatoire de Musique.

Elle n'est pas sans valeur, surtout pour ce qui regarde les manuscrits de musique religieuse, signés par les plus remarquables compositeurs portugais des XVIII et XIXe siècles. C'est tout une période de notre histoire musicale, pas la plus brillante d'ailleurs, que l'on peut lire dans les 450 partitions de messes, motets, psaumes, etc., qui composent cette section. Mais les autres rayons ne peuvent présenter qu'un médiocre intérêt pour l'investigateur; ils sont remplis presque exclusivement par les ouvrages d'enseignement destinés aux classes mêmes du Conservatoire et par les œuvres que l'on est obligé de fournir à cet établissement pour en assurer les droits de propriété (Dépôt légal). Si l'on y joint quelques centaines de partitions d'orchestre d'édition courante et grand nombre de morceaux de musique vocale et instrumentale d'une valeur documentaire assez restreinte, nous aurons vite fait le bilan de la bibliothèque conservatoriale (1).

(1) En fait de littérature et d'histoire musicales, il n'y a que très peu de chose. Il faut noter pourtant, comme intéressante et assez rare, la collection à peu près complète des œuvres du rajah Tagore, sur la musique hindoue.

La Bibliofilia, anno XXI, dispensa 1-3

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Parmi les amateurs de musique contemporains, on en trouve qui se sont passionnés dans la recherche du livre, arrivant à colliger de très belles choses et formant des bibliothèques qui ne doivent pas être passées sous silence dans ce rapide essai.

Un des premiers bibliophiles dont nous ayons connaissance est M. Joaquim José Marques (1836-1884), écrivain très éclairé et grand amateur de musique, un des premiers qui, chez nous, s'occupa en connaissance de cause du développement de l'art national en publiant grand nombre d'articles sur ce sujet dans les principales revues et journaux de son temps (1). Il appartenait à la race des infatigables fureteurs de beaux livres et, chose certainement plus rare, il s'en dépossédait volontiers quand il s'agissait de faire plaisir à ses amis. On comprendra de là qu'avec ce singulier désintéressement, il n'y avait pas moyen de réunir un fonds très sérieux. Ainsi, lors de son décès, on ne trouva dans les rayons de sa bibliothèque que quelques livres musicaux et une collection, celle-ci admirable, des livrets de tous les opéras chantés en Portugal (2).

Un des plus beaux archives privés, le premier sûrement comme nombre et comme choix, est l'excellente bibliothèque réunie il y a une trentaine d'années par M. Joaquim de Vasconcellos et vendue plus tard, parait-il, en Allemagne. D'après le catalogue que nous avons sous les yeux (3), cet éminent critique d'art aurait eu la chance de réunir un matériel bibliographique absolument hors de pair, lui permettant d'avoir sous la main de précieux subsides pour ses intéressants travaux historiques. Dans les pages de son catalogue et parmi les 1567 numéros qui le composent, il n'est pas rare de trouver d'authentiques merveilles. Nous ne résistons pas au plaisir d'en énumérer les principales.

Du XV et XVIe siècles nous voyons: Practica Musica de Gafurius (1496), Lux bella de Domingo Duran (1498), Libro de musica pratica de Francisco Tovar (1510), les traités de Canto llano et de Canto mensurable de Matheo de Aranda (4), la Declaracion de Juan Bermudo (1555), Introduttione di canto fermo, figurato, etc. de Vicente Lusitano (1558), les traités de Beda (1563), la Arte de tañer Fantasia (1565), le Vergel de Musica de Martin de Tapia (1570), les quatre volumes de Zarlino (1589), la Arte de Musica de Francisco Montanos (1592), le Liber Passionum de Estevam de Christo (1595), etc.

Le XVII° siècle est non moins brillament représenté. Comme de vraies raretés bibliographiques on peut relever les fameux traités de Joachim Burmeister (1601 et 1606), les Missae de Francisco Garro (1609), les Sacrae cantiones d'Agostino Agazzari (1609), le Melopeo y maestro de Cerone (1613), les deux éditions très rares de l'Art du Plain-chant de Pedro Thalesio (1617, 1628), la seconde partie du Syntagma de Prætorius (1618), les Flores de Musica du P. Ma

(1) Il fonda même une revue de la spécialité, A Arte Musical (1874-75).

(2) Elle a été acquise par M. Ernesto Vieira et incorporée dans sa propre bibliothèque. (3) Catalogue des Livres Rares composant la bibliothèque musicale d'un amateur (Porto, 1898). (4) Une des perles de la collection. Ces rarissimes exemplaires ont été vendus plus tard à M. Carvalho Monteiro et doivent figurer, comme de vraies merveilles bibliographiques, dans le Musée Instrumental que ce remarquable bibliophile est en train de fonder à Lisbonne. On n'en connaît qu'une autre copie, à la Bibliothèque d'Evora.

nuel R. Coelho (1620), le Libro de Tientos de Arauxo (1626) (1), la Arte de Musica d'Antonio Fernandez (1626), les œuvres de Mersenne (1635,1636), celles du roi Jean IV (Defensa de la Musica Moderna, 1649, et Respuestas a las dudas que se pusieron a la Missa « Panis quam ego dabo de Palestrina), les Discursos sobre a perfricam do Diathesaron de João A. Frouvo (1662), El Porque de la Musica d'Andrès Lorente (1672), Liber Passionum de Emmanuel Pouzam (1675), les trois éditions de Arte minima de Manuel Nunes da Silva (1685, 1704, 1725), les ouvrages d'un autre maître portugais très considéré à cette époque, Mathias de Sousa Villa Lobos Arte de Cantochão (1688), Inchiridion de Missas (1691) compter grand nombre de traités et recueils d'une valeur moindre ou d'auteurs moins célèbres.

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Si nous passons en revue les œuvres d'une date plus récente, nous y trouverons encore des pièces très remarquables, comme la première édition du Teatro alla Moda, cette délicieuse pochade de Benedetto Marcello (1720), les traités de Rameau (1722 et 1726), la Escuela Musica de Pablo Nassarre (1723-24), Resumo das regras de Cantochão de Croesser, édition de 1741, Acompanhamentos de missas, etc. de Fr. Joseph de Santo Antonio (1761), Crotalogia de Florencio (1792), Estudo de Guitarra de A. da S. Leite (1795) et beaucoup d'autres pièces que l'on trouverait aujourd'hui très difficilement chez les antiquaires de la librairie. Il y a des sections admirablement représentées sur le catalogue de M. de Vasconcellos. Dans la collection des livres liturgiques (une centaine à peu près, dont 20 du XVIe siècle), on voit plusieurs volumes en parchemin, avec reliure de l'époque, qui sont hors de pair comme travail d'enluminure. Les soixante-dix recueils de villancicos du XVIIe et XVIIIe siècles feraient, même isolés de la bibliothèque, une collection on ne peut plus précieuse. Dans les livrets d'opéras et autres pièces dramatiques, plus d'un millier, on admire des choses ravissantes, surtout six recueils de pièces anciennes du théâtre portugais (XVIII° siècle), d'une insigne rareté. Les partitions anciennes d'opéra sont aussi très nombreuses et l'on y voit une centaine de grandes partitions d'orchestre.

On ne saurait donc trop regretter la disparition de cette excellente bibliothèque musicale, remarquable autant par l'abondance que par la valeur intrinsèque des œuvres dans toutes les spécialités de la musique.

A partir de celle-là, il n'y a eu en Portugal que des collections ou par trop incomplètes ou réduites à une seule branche de la musicographie. C'est dans ce dernier cas que se trouvent les bibliothèques de MM. le Marquis de Borba et Manoel de Carvalhaes.

La première est exclusivement consacrée à la musique pratique, surtout du genre sacré. Elle se compose d'un nombre considérable de messes, motets,

(1) Ce recueil, ainsi que le précédent, sont spécialement recommandables pour l'étude de la polyphonie portugaise au XVIIe siècle, inspirée dans les procédés flamands, mais avec un caractère très accentué de progrès. On a même prétendu considérer ces deux maîtres comme des quasi-précurseurs du grand Sébastien Bach.

Le Libro de Tientos est noté en chiffres, un peu dans le genre de certaines tablatures médiévales.

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