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» Mais la chose mérite au moins d'être tentée," ajoute-t-il, et je suis parfaitement de son avis.

Les travaux de nos prédécesseurs nous dispensent d'entrependre ici une longue dissertation: nous pouvons nous borner à reproduire les résultats de leurs savantes recherches.

Deux opinions contradictoires ont été émises sur l'origine des » fables épiques”, comme les appelle judicieusement Fauriel 1), où les animaux, et en premier lieu le renard et le loup, figurent comme héros.

L’une, que je nommerais volontiers l'opinion allemande, qui pour la première fois a été émise par l'éminent savant Jacob Grimm, dans une admirable publication qui parut en 1834 à Berlin, sous le titre de: Reinhart Fuchs, suppose que tous les récits qui s'occupent de Renart découlent d'une tradition populaire née parmi les Germains, apportée par les Francs en deçà du Rhin et popularisée par eux surtout en France, où elle se développa et se modifia sous de nouvelles influences.

Le système de M. Grimm fit école en Allemagne, et tous les savants investigateurs de la littérature du moyen âge s'y rallièrent: je ne citerai que M. Gervinus, le profond auteur de l'Histoire de la poésie nationale de l'Allemagne 2).

Le savant Danois, M. Rothe, qui en 1845 publia son livre remarquable, intitulé des Romans du Renard examinés, analysés et comparés, y embrassa l'opinion de M. Grimm.

Il est vrai qu'il ne dit pas explicitement qu'il faut

CS

1) Histoire Littéraire de la France, tom. XX, p. 890.

2) G. G. Gervinus, Geschichte der poetischen National-Literatur der Deutschen, tom. I, p. 123 suiv., de la 2e édition.

mes

remonter aux Germains, mais il le fait entrevoir, quand il appelle le cycle poétique de Renart, le » produit des traditions et des poésies populaires.” Du reste il s'exprime ainsi un peu plus loin (pag. 6): » Les fictions sur le renard ont toujours été la propriété de tout le monde, et partout elles ont passé à l'état de traditions nationales et populaires. Mais ces traditions se sont formées et développées différemment selon le goût, le caractère, le sens poétique,

l'état civil et moral des nations." Et enfin pag. 32: » Sans doute les longs poë

... (comme) celui de Renart, sont nés à peu près comme les longs romans de chevalerie, les grandes épopées nationales ; ils ont été le produit , non pas d'une création spontanée, mais d'un travail lent et successif. D'abord il y a eu des anecdotes, des fictions ou bien des actions et des événements véritables, qui ont passé traditionnellement d'homme à homme, de génération à génération; puis ces traditions brodées, enrichies ou défigurées par l'imagination des poètes, ou par la sottise de conteurs ignorants, ont été couchées par écrit, versifiées ou non, en latin ou en langue vulgaire, et enfin des poètes instruits et laborieux en ont réuni plusieurs pour former un tout, en ont composé de longs récits en vers ou en prose, en un mot, des romans.'

En France M. Chabaille disait déjà que M. Grimm » a émis des opinions qui trouveront plus d'un contradicteur” 1); et effectivement, ces opinions ont été discutées, et n'ont été acceptées qu'avec une certaine réserve. Fauriel p. e. embrasse pleinement l'origine germanique. » Il n'y a qu'un mot à dire de cette

1) Le Roman du Renart, Supplément, p. XXV.

irs

hypothèse, dit-il, c'est qu'elle exclut d'emblée toutes les autres”). Mais quant à l'époque à laquelle on peut estimer que cette origine remonte, il n'est pas convaincu par les arguments de M. Grimm.

Celui-ci a démontré que parmi les Germains des traditions nationales appartenant au cycle poétique de Renart avaient cours pendant les siècles les plus reculés du moyen âge. Il rapporte 2) un passage de la chronique de Frédégaire (3, 8), qui contient une fable dans laquelle le lion tient une cour où Renart figure dans un grade éminent, et d'une manière trèsconforme à son naturel fourbe et pervers. Cette fable avait donc cours parmi les Francs vers le milieu du VIIe siècle. Elle est reproduite par Aimoin vers l'an 1000.

Fromond, moine de l'abbaye de Tegernsee en Bavière , qui vivait au xe siècle, fait mention de la même fable, quoiqu'avec d'autres détails, qui paraissent plus anciens; et il raconte lui-même que dans la rédaction de son histoire il s'est servi de ce qu'il trouvait » in cantilenis priscis.

Il est vrai que ces narrations ne remontent pas si haut qu'on pourrait le désirer, et que le témoignage qu'ils doivent porter en faveur de l'opinion de M. Grimm sur l'origine de l'épopée de Renart n'est pas assez positif, parce qu'elles ne sont pas identiques avec les récits du XIIe et du XIIIe siècle, surtout parce que les animaux n'y sont désignés que par leurs noms génériques et ne portent pas les noms propres qui les individualisent dans les poëmes postérieurs; toutefois un éminent critique français, Fauriel, ne niait pas

1) Histoire Littéraire de la France, tom. XXII, p. 891. 2) Reinhart Fuchs, p. XLVIII suiv.

que ces témoignages » ne laissent pas d'être fort curieux, et de mériter une place dans la discussion, comme se rapportant à de vieilles fables germaniques qui, si elles ne sont pas primitivement identiques avec celles du Renart, sont du moins de même nature, et se rattachent de même à des histoires idéales d'animaux ” 1).

Du reste il ne faut pas oublier que, dans le Reinhart Fuchs, M. Grimm n'a pas allégué ces témoignages comme preuves de la justesse de sa supposition que les traditions épiques du cycle de Renart fussent déjà répandues parmi les tribus germaniques au temps où celles-ci passèrent le Rhin pour envahir les provinces romaines, comme Fauriel donne à penser 2). Elles ne servent qu'à prouver que le lion, qui fait disparate parmi les animaux indigènes d'Europe, a eu, comme roi, l'ours pour devancier. M. Grimm lui-même déclare formellement que le plus ancien témoignage positif en faveur de la fable de Renart est toujours celui de l'autobiographie de l'abbé Guibert de Nogent, mort en 1124; mais que les récits de Frédégaire, d'Aimoin et de Fromond démontrent qu'il existait parmi les Germains, Francs et Goths, des traditions populaires appartenant au même cycle 3).

1) Histoire Littéraire de la France, tom. XXII, p. 891. Je ne puis m'empêcher de remarquer que l'exposé des témoignages que donne Fauriel à la p. 892, n'est pas très-précis.

2) Ibidem.

3) „Æltester nachweis der bestimmten fabel von Reinhart und Isangrim ist uns noch immer die bekannte stelle aus abt Wiberts lebensbeschreibung, wogegen sich das allgemeinere vorhandensein einheimischer überlieferungen in diesem kreise, nach dem was Fredegar, Aimoin und Fromund enthalten, gar nicht bezweifeln lässt." Sendschreiben an Lachmann (über Reinhart Fuchs) von Jacob Grimm (Leipzig, 1840), p. 4.

Ce qui a fait conclure M. Grimm à l'existence de la tradition de Renart parmi les Francs dès les ive, ve et vie siècles, ce sont des considérations étymologiques sur les noms de Renart et d'Ysengrin, surtout le premier.

Il part de cette thèse: tous les noms de l'épopée des animaux étaient primitivement significatifs 1).

Tel acteur du cycle est nommé d'après ses qualités physiques ou morales, comme Brun, Belin, Bruiant, Couart, Chantecler; tel autre porte un nom d'homme, soit emprunté, dans un but satyrique, à un personnage réel et historique, comme probablement celui de Bernart (et ceux-là sont les moins fréquents), soit parce que le nom lui-même a une signification que tout le monde comprend, et qui le rend applicable à l'animal à cause de son caractère dans la tradition,

Les noms de Renart et d'Ysengrin appartiennent à cette dernière catégorie.

Renart, Reinhart, est une contraction de Reginhart, plus anciennement encore Raginohard, Ragnohard, forme qui revient souvent dans les chartes des vio, vie et ixe siècles.

En s'attachant surtout à la première partie du mot, qui dans toutes les compositions est la plus importante, il est à remarquer que dans la langue gothique ragin, regin a indubitablement la signification de conseil. Dans les dialectes postérieurs le mot s'efface et ne se rencontre que dans des composés. Les raginboron de la Loi Salique en font foi. Ra

1) „Grundsatz ist: keiner (der thiernamen) war ursprünglich leer, sondern jeder bedeutsam; nichtssagende benennungen zu wählen würde dem thierepos unangemessen scheinen." Reinhart Fuchs, p. CCXXIX.

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