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ginhard devait donc signifier homme de bon conseil , conseiller (rathskundiger, rathgeber).

Or, M. Grimm a colligé 1) les passages des divers poëmes du cycle où apparaît cette attribution de Renart.

Il devient senator dans l'Isengrimus vs. 522; il porte conseil dans Reinardus Vulpes, I, 178, 679, 692, 736; et Rom. du Renart, vs. 20238, 20360. Le loup lui demande conseil : Roman du Renart , vs. 6325, 6340, 6363; il l'appelle même son conseiller au vs. 7796. Ailleurs c'est un vilain qui lui demande conseil, ibid. vs. 15895, ainsi moineau, vs. 25182. Le roi le nomme son conseiller, vs. 19714, et même » signor de ses consaus” Nouv. Ren., vs. 7172.

Mais ce qui surtout est frappant, c'est que dans la 25e branche, il se trouve encore un passage qui, comme un écho lointain des temps où la signification du nom était intelligible pour tous, confirme que

l'attribution de conseiller est la raison du nom. On y lit, vs. 15874:

que le

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Maint prodome ai-ge decéu
Et maint sage ai abriconé,
Si ai maint bon conseil doné:
Par mon droit non ai non Renart.

La juxtaposition de qualités si diverses prouve que, si la tradition de la signification du nom n'était pas encore tout-à-fait évanouie, le trouvère ne se rendait pas bien compte du vrai sens du mot, parce que maître Renart, par ses faits et gestes, lui apparaissait plutôt comme un trompeur qui

1) Reinhart Fuchs, p XXXIII-XXXIV.

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Par son sens toutes decevoit

Les bestes quanqu'il en trovoit), que comme un personnage qui usait de son sens pour donner conseil.

Toujours est-il que M. Grimm est en droit, de dire que le nom de Renart était un nom caractéristique et donné au goupil en connaissance de cause; et il me semble logique d'en tirer la conclusion comme il le fait, que l'attribution ou l'invention de ce nom doit avoir eu lieu à une époque, où la signification du mot ragin était encore généralement comprise.

Cela l'amène à la supposition (vermuthung) que la fable du renard et du loup était déjà connue des Francs aux ive, ve et vosiècles, lorsque leur idiome n'était encore soumis à aucune influence du gaulois.

Cette conséquence tirée des considérations étymologiques, Fauriel la trouve encore » plausible, bien que peut-être un peu subtile”, mais en fin de compte pas suffisamment autorisée ?).

Avant d'examiner les raisons que Fauriel pouvait alléguer contre le raisonnement de M. Grimm

, remarquons que celui-ci attribue au nom d' Ysangrin, Isangrim, le sens de : tranchant ou cruel comme le fer ou l'épée; et ce nom serait admirablement trouvé pour exprimer le trait caractéristique du naturel du loup, sa férocité que rien ne peut fléchir 3)

Or, voici le raisonnement de Fauriel qui ne lui permet pas de souscrire entièrement aux conclusions de l'éminent philologue allemand.

1) Branche I, vs. 100. 2) Histoire Littéraire de la France, tom. XXII, p. 892, 893. 3) Reinhart Fuchs , p. CCLII.

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ce

» Le titre de conseiller, dit-il, de personnage de bon conseil, n'exprime guère, dans le Renart actuel, qu’un des traits accessoires, non le fond ni les côtés saillants de son naturel. Celui d'Isengrim va plus mal encore au loup de notre fable, espèce de lourdaud peu fougueux, dont Renart, qui n'est ni fort ni brave, est venu à bout de faire son jouet. Si donc il y eut une époque où ces deux noms convenaient strictement aux deux héros, il faut, ce nous semble, supposer depuis lors un grand changement dans leur caractère et leurs gestes."

Il est vrai que la tradition a subi des changements. Déjà M. Gervinus avait remarqué que les rôles des deux principaux personnages avaient été intervertis, en sens que dans les plus anciens poëmes le premier rôle appartient au loup, qui peu

peu a cédé sa place au renard ?). La même observation a été faite par M. Édélestand du Méril. » En lui, dit-il ?), se personnifiait le plus apprécié et le plus réel des mérites du temps, la force;

la pensée capitale devait être alors le triomphe, au moins moral, du courage sur la fourberie et la ruse. Mais quand les progrès de l'industrie, l'accroissement de la fortune mobilière et l'amour du bien-être qui en sont la conséquence, eurent rendu la violence plus odieuse que l'astuce, parce qu'elle était plus imminente et qu'il était plus difficile de s'en défendre; quand les relations politiques que multiplièrent et embrouillèrent de plus en plus le développement du système feodal, l'organi

છે.

1) Geschichte der poëtischen National-Literatur der Deutschen, 2e éd., tom. I, p. 138. 2) Poésies inédites du Moyen âge, p. 118-119.

on

sation des Communes et le pouvoir croissant de l'Église, eurent appris les avantages de la finesse, le renard , à qui son intelligence donnait une supériorité marquée sur les autres animaux, fut investi du premier rôle et protesta , par ses succès, contre le train habituel des choses.”

On comprend facilement que ce changement de rôle n'est pas resté sans quelque influence sur le caractère d'Ysengrin, et l'on ne s'étonnera pas de le trouver quelquefois le lourdeau dont vient à bout l'astucieux et subtil Renart. Mais le trait principal de son caractère n'a pas été altéré: il reste toujours voleur et vorace, cruel et féroce, et justifie toujours son nom 1).

Quant à Renart, il faut avouer que les idées dominantes des siècles postérieurs qui ont réagi sur la tradition, ont altéré bien plus fortement son caractère. Sa supériorité d'esprit, sa finesse, tourna, sous la main des trouvères, à la ruse et à la perfidie; ou plutôt c'est le mauvais côté de sa nature qu'on met de préférence en évidence 2). Car n'oublions pas que de tout temps l'astuce du renard a été remarquée.

Dans Aimoin (Liv. v, ch. 53) nous lisons cette phrase: » ad similutidinem dolosae vulpis convertit se ad refugium dolosae fraudis”; et déjà Grégoire de Tours raconte (Livre vill, chap. 6) que Gunthram voulant infliger une insulte à deux nobles Francs, » multas eis perfidias ac perjuria exprobravit, vocans eos saepius vulpes ingeniosas.” Et c'était

1) Encore aujourd'hui, en Hollande, un homme hargneux, difficile à vivre, est qualifié d'Isegrim.

2) Voyez les épithètes colligées par M. Grimm, Reinhart Fuchs, p. XXIX-XXXIII.

assez

certainement une grosse injure, puisque déjà dans la Loi Salique il est dit: » si quis alterum vulpe clamaverit, 120 denarios, qui faciunt solidos 3, culpabilis judicetur” 1).

Les scrupules de Fauriel étaient donc peu fondés, et, en fin de compte, ils ne l'ont pas empêché de » regarder l'idée première du Renart comme germanique et fort ancienne" ? 2).

M. Édélestand du Méril, qui, dans l'Histoire de la fable ésopique qu'il a placée en tête d'un curieux volume de Poésies inédites du Moyen âge, a été amené à parler des romans de Renart, ne s'est pas laissé retenir par les mêmes considérations. Néanmoins lui aussi fait ses réserves. » L'ignorance, dit-il, où nous sommes à la fois et de la patrie primitive de ce cycle et des formes particulières à chaque pays, nous empêche de déterminer avec certitude le vrai sens de Reinhart. Il est cependant porté à admettre l'étymologie proposée par M. Grimm, et il convient au moins que » le prénom ... Renart, Reinardus, Reinhart, indique sinon son origine teutonique, au moins l'influence qu'exerça l'Allemagne sur le développement de ce genre de poésie” 3).

Si le consciencieux savant français ne préconise

1) Lex Salica, tit. XXX, de Conviciis, éd. de Merckel, p. 17. 2) Histoire Littéraire de la France, tom. XXII, p. 893.

3) Poésies inédites du Moyen âge, p. 104–105. Raynouard en rendant compte, dans le Journal des Savants de 1826, de l'édition du Roman du Renart de Méon, donne (p. 337) une étymologie erronnée du nom du principal personnage, mais il paraît se prononcer pour l'origine germanique.

En parlant de la fable de Renart, M. Phil. Chasles a dit: „Elle est si profondément germanique, que l'on en trouve des traces jusqu'au fond du XI et du XIIe siècle.” Études sur les premiers temps du christianisme et sur le moyen âge.

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