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Bernard figure encore dans autre branche. C'est la 24', qui est postérieure aux reuvres de Pierre de Saint-Cloud, mais pas de beaucoup. Renart, terrassé en champ clos par Ysengrin, est sur le point d'être pendu, lorsque, vs. 15110,

Atant es-vos frere Bernart
Qui de Grant-Mont est repairiez ,

Il ert de grant franchise plains ,

Moult ert cortois, n'iert pas vilains. Celui-ci demande qu'on épargne la vie à Renart, qui se fera moine; et le roi, vs. 15166,

Nel voudroit avoir escondit
De riens que il li demandast

Ne que à fere conmandast.
Il lui accorde la vie, et Renart entre dans les ordres.

Ce passage a suggéré la réflexion suivante à M. Paulin Paris : » Il est impossible, dit-il 1) de ne pas reconnoître saint Bernard lui-même, parvenu vers 1147 au plus haut degré de l'influence morale qu'il exerça sur ses contemporains, dans le frère Bernart qui, au retour d'une visite aux religieux de Grandmont, obtient du Roi, accoutumé à ne rien lui refuser, le pardon de Renart et la liberté de le revêtir du blanc manteau, uniforme des moines de Clervaux.”

Je pense que l'on m'accordera qu'il est plus naturel de penser au prieur de Grandmont qu'à tout autre Bernard, et moins qu'à tous, au Saint mort en 1153.

Ce passage ne prouve-t-il pas que l'auteur de cette branche, qui connaissait si bien les œuvres de Pierre de Saint-Cloud, avait deviné, ou savait le secret du surnom donné par celui-ci à l'âne ? Si j'osais risquer une conjecture, qui ne se donne que pour telle, je

1) Nouvelle étude sur le Roman de Renart, p. 337.

dirais que ce passage m'a tout l'air de contenir une satyre contre Pierre lui-même. Il avait toujours attaqué les moines, ridiculisé le plus puissant d'entre eux: cependant ce sont eux qui, en 1209, lui ont sauvé la vie en le faisant entrer dans un couvent, peut-être dans celui même de Grandmont. Si cette conjecture était fondée, ce passage offrirait une preuve nouvelle de l'identité de notre trouvère et du Petrus de Sancto-Clodovaldo qui a failli être brulé en 1209.

Je reviens aux Quvres de Pierre et aux allusions au règne de Philippe-Auguste.

Dans la trentième branche le roi quitte son royaume (vs. 26127)

Por paiens qui li font grant gerre.
Il prie Renart, vs. 26309,

„Que vos ci ilec remanez,
Ma terre et mon païs gardez;
................
Et la roïne, ce vos di,
Gardez bien, que je vos en pri:
Ne puis plus demorer o vos,

Ge la lès à Deu et à vos." Philippe-Auguste fit à peu près la même chose en partant pour la croisade en 1190: » Loys son cher fil et tot le roiaume mist en la garde et en l'ordinance la noble roïne Ade sa mère et Guillaume l'arcevesque de Rains son oncle” ?).

Ici le fait historique semble avoir inspiré la pensée de l'épisode du poëme, sans qu'il y ait lieu de croire à une allusion à ceux à qui le roi confia ce qu'il avait de plus cher. Mais généralement Renart me paraît représenter le roi d'Angleterre, le constant ennemi de Philippe-Auguste. Je n'entends pas que

1) Les Chroniques de Saint-Denis, p. 370.

le poëme soit une continuelle satyre politique: mais je crois le trouvère bien souvent inspiré par les embarras que Richard Caur-de-lion suscitait à son suserain. Ce

que les Chroniques de Saint-Denis 1) disent de Henri II, peut très-bien s'appliquer à son fils: » Fu li rois (d'Angleterre) semons plusieurs foiz à la cort le Roi de France; mais il queroit tozjors aloignes et faintes simulations tant com il pooit: mais quant li Roi Phelippe vit sa malice, et que il ne tendoit fors à porloigner la besoigne, et assez sagement et malicieusement cognut que la demeure tornoit à honte et à domage à lui et aus siens, il proposa en son cuer à assener au fié et à entrer en la terre à ost banie."

N'est-ce pas là comme le sommaire d'une bonne partie des branches 26, 206 et 30 ?

Les mêmes Chroniques nous racontent que quoique Richard se fût croisé avec le Roi de France, il s'abstint de le seconder, parce que » li Rois tricharz en cuer avoit la boisdie et la traïson"?); et en cet endroit le nom de Richard est à cinq reprises malicieusement changé en Trichard. Cela ne rappelle-t-il pas le traître du poëme, surnommé Renart-barat, jetant loin de lui la croix qu'il portait sur l'épaule, et refusant d'aller en terre sainte?

Ailleurs nous lisons qu'en 1196, » après ceque ce fu avenu passerent poi de jor que li Rois Richart brisa son sacrement et la pais de lui et du Roi Phelippe qui devoit à tozjors mais estre confirmée , car il ... prist et abati le chastel de Virson par conchiement et par barat, car il avoit juré au

1) Les Chroniques de Saint-Denis, p. 365 ; voyez aussi p. 367. 2) Ibidem, 373.

seigneur de Virson que il ne le domageroit de riens et que il n'avoit de lui garde. Quant li Rois Phelippe sot que li Rois Richarsot sa foi mentie 1), les aliances brisies, .... il assembla ses oz et assist Aubemarle; mais, tandis com il tenoit là le siege, li Rois Richars ala à Noirencort et reçut le chastel par boisdie et par tricherie .... bien le garni de chevaliers, d'aubalestiers, d'armures et de viandes; puis retorna .... au chastel d'Aubemalle pour le Roi Phelippe lever du siege. Le Roi Phelippe fist drecier ses engins, et ne cessa de sept semaines d'asalir le chastel par grant force; mais cil qui dedenz estoient ..... se defendoient des François vertueusement, et les reculoient arrieres de l'asaut sovent et menu, et aucunes foiz avenoit que il en ocioient et bleçoient assez. Li Rois Richars . . . . se feri un jor en l'ost si soudainement que on ne s'en dona garde. Mais quant François furent armé, et il les vit vers li venir, il et sa gent tornerent en fuites, et François pristrent à chacier" 2).

N'est-ce pas là encore comme un aperçu de la guerre et du siège des branches 26 et 205 ?

J'ose donc conclure que Pierre de Saint-Cloud a écrit ses deux grands poëmes après l'an 1190, et même après 1199. On pourrait même pencher à les placer encore quelques années plus tard.

Nous avons vu qu'il nomme assez souvent Constantinople; ainsi, dans la 1le branche, vs. 5568, il fait dire à Renart:

„Ne vodroie qu'il fust séu
Por l'ennor de Costentinoble.”

1) Foi-mentie est un des surnoms de Renart dans les æuvres de Pierre de Saint-Cloud, p. e. br. 20, vs. 10899.

2) Les Chroniques de Saint-Denis , p. 383.

Cette expression l'ennor, c'est-à-dire, le fief de Constantinople, ne fait-elle pas supposer que ce poëme a été écrit après 1204, l'année où l'empire latin y fut fondé ? Il me semble que ce n'est que dès lors qu'on devait, en France, regarder le royaume grec comme un état féodal.

En tout cas, j'espère avoir rendu éminemment probable, sinon prouvé, que les poëmes de Pierre de Saint-Cloud ont vu le jour vers l'an 1200.

Maintenant examinons les arguments dont M. Paulin Paris étaie son opinion que toutes les branches sont du premier tiers ou du moins de la première moitié du douzième siècle.

J'ose espérer d'avance qu'il ne nous sera pas difficile de les réfuter, puisque le système de M. Paris est impossible par deux raisons.

19. Ce n'est que vers 1150 que le Glichesære fit sa traduction d'après l'ancien Renart. Si à cette époque les remaniements plus modernes avaient déjà existé, il est probable que le poëte allemand les eût préferés à la rédaction primitive.

20. Nous avons vu que Pierre de Saint-Cloud parle souvent des » mires de Montpellier”, p. e. dans la 30e branche 1): il cite Montpellier parmi les endroits que Renart a visités pour chercher un remède à la maladie du roi, p. e. dans la 30e branche ?) et dans la 26e, vs. 19416. Dans la 24e branche Renart dit aussi, vs. 13716:

„Je por vos alé à Rome ,
A Salerne et à Montpellier
Por la mecine apareillier
Qui bone estoit au mal saner
Qui forment vos fesoit grever,"

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