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Conte Tibaut, Par qui la terre est maintenue, dont il est question vs. 16136 de la 25e branche (la première euvre de Pierre), est » Thibaut, comte Palatin de Champagne et de Brie, né en 1201, et mort en 1253”. Mais pour quelle raison faudrait-il penser plutôt à celui-là qu'à ce Thibaut, comte de Champagne ou de Troyes, qui, en 1197, succéda à son frère mort en Syrie, et qui lui-même, à l'âge de 25 ans, mourut en 1201 ? La dernière supposition me paraît plus fondée 1): elle prouverait que nous ne nous sommes pas trompé sur la date de ce poëme, qui doit tomber de 1197 à 1199.

Je crois avoir répondu à toutes les objections possibles, et j'ose poser en fait que Pierre de Saint-Cloud a écrit les poëmes que nous avons révendiqués comme sa propriété, de 1200 à 1209.

1) Lorsque, dans la branche 200, Pierre, ou un arrangeur postérieur, fait dire à Renart, vs. 11751 :

„Ainz que Tibaut soit crestiens

En metra un en ses liens”, c'est une allusion à „Tiebaut l'esclavon" ou Tiebaut d'Orange”, l'ennemi acharné de Guillaume au cort-nez et de la religion chrétienne, qui est souvent mentionné dans les chansons de geste concernant Guillaume d'Orange. Voyez mon édition tom. II, p. 15 et suiv., 76.

Je retrouve une allusion au même personnage dans le Roman d'Erec de Crestien de Troyes, vs. 5730 :

Se fust Thiebauz li esclavons.

XXV.

Il nous reste à dire peu de chose des autres branches du roman.

La différence de style entre celles-ci et celles que nous croyons devoir attribuer à Pierre de Saint-Cloud est plus qu'évidente. Toutes elles me semblent présenter une rédaction remaniée.

Les différents poëmes qui forment ce qu'on est convenu d'appeler le Roman de Renart, se trouvent réunis, d'une manière plus ou moins complète, dans plusieurs manuscrits. L'ordre dans lequel ils se suivent n'est pas partout le même. On connaît onze manuscrits, qui, pour la plupart, par de grandes lettres majuscules enluminées ou par des rubriques, divisent les branches en certains groupes. Il n'y a que le no. 7607 de la Bibliothèque Impériale de Paris, qui ne connaisse pas ces divisions; mais le compilateur de ce volume ne cherchait pas seulement à donner une collection aussi complète que possible, il y a de plus introduit un classement nouveau ,

sans tenir compte de l'ordre observé dans les collections partielles. Huit manuscrits commencent par les branches 20-21-22, qui forment le premier groupe. Deux débutent par les premières aventures du Reinhart 1), précédées du prologue que forment les 22 (ou 20) premiers vers de l'édition de Méon.

1) Le ms. 195 C de la Bibliothèque de l'Arsenal, et celui du duc d'Aumale.

De cette manière :

Prologue, br. 5, 6, 7, 15, 14-5, 19.

Dans cinq autres manuscrits les mêmes branches se suivent, mais on y a intercalé par-ci par-là une autre aventure. P. e. le no. 1980: Prol., br. 5 6, 15 (deux fragments des br. 13 et 18), 19. No. 7607–5: Prol., br. 5, 6, 7, (25), 14-5, etc.

Les branches 2, 3, 4 forment aussi un groupe à part dans six manuscrits: elles manquent dans deux autres.

Quant à la première branche de Méon, elle peut se diviser en plusieurs parties.

I, prologue, vs. 1-22; II, la naissance de Renard et d'Ysengrin, vs. 23—240; III, les bacons volés, vs. 241-336; IV, l'adultère d'Hersent, vs. 337–530; V, le viol,

V, le viol, vs. 531-748. La branche complète ne se trouve que dans les compilations les plus modernes : le ms. 7607 et les deux manuscrits de La Vallière 2717 et 2718.

Le prologue détaché du reste se trouve dans six manuscrits, ce sont les nos. 2, 3, 4, 6, 7 (numéros de M. Rothe), et celui du Duc d'Aumale.

Dans deux manuscrits toute la branche, sauf le prologue, manque, ce sont les nos. 3 et 4.

Trois manuscrits, nos 2, 6 et 7, ne contiennent que les deux dernières parties de la branche, la deuxième et troisième partie en sont absentes.

Le manuscrit no. 5, contient les parties 1-3, qui se suivent, mais les deux dernières aventures y manquent.

Le manuscrit du Vatican contient les parties 1–3 dans un endroit, et donne beaucoup plus loin les parties 4–5.

Il s'ensuit que ce que nous appelons la première branche, se compose de trois parties distinctes, le prologue, les paragraphes 2-3 et enfin les deux derniers. Voici le prologue :

Seignor, oï avez maint conte
Que maint conteres vos aconte,
Coment Paris ravi Helayne ,
Les max qu'il en ot et la paine;
De Tristram qui la chievre fist ,
Qui assez belement en dist;
Et fables et chançons de geste ,
Roman du lin et de la beste,
Maint autre conte par la terre;
Mais onques n'oïstes la guerre
Qui tant fu dure de grant fin
Entre Renart et Ysengrin,
Qui moult dura et moult fu dure.
Les deus barons, ce est la pure,
Onques ne s'entr'amerent jor,
Mainte mellée et maint estor
Ot entr'aus deus, ce est la voire:
Dès or comencerai l'estoire,
Et de la noise et del content
Or orrez le conmencement,
[Par qoi et par quel mesestance

Fu entre eus deus la deffiance] '). » Ces vers, dit M. Paulin Paris?), accusent une date ancienne. A la fin du douzième siècle et encore moins au treizième, quand les poëmes de Lambert le Cort, de Crestien de Troyes, de Richard de Fournival, de Jean Bodel et de tant d'autres étoient répandus et récités en tous lieux, il n'est pas vraisembable qu’un poëte se fût borné à cette courte nomenclature des ouvrages que ses auditeurs pouvoient connoître."

1) Les deux derniers vers sont peut-être ajoutés par une main plus moderne. Ils ne se trouvent que dans deux manuscrits, celui du Duc d'Aumale et le no. 195 B de la Bibl. de l'Arsenal. Deux autres ne contiennent que les 20 premiers vers (voyez M. Rothe Les Romans du Renard examinés, etc. p. 284, 299), un seul ne donne que les douze premiers vers (Ibidem, p. 290).

2) Nouvelle étude sur le Roman de Renart, p. 331.

Je dois observer que M. Paris oublie ces vers, que je reproduis d'après sa propre citation (p. 330):

Fabliaus et chansons de geste

Maint autre content par la terre. J'en conclus que l'auteur du prologue ne donnait pas

la » nomenclature des ouvrages que ses auditeurs pouvoient connaître”, puisqu'il fait allusion à plusieurs autres chansons de geste et même à des fabliaux, qui, certes, ne datent pas de si loin. Le texte lui-même réfute donc les conclusions qu'en tire M. Paris.

Rien ne nous autorise non plus à conjecturer, comme il le fait., qu'il est question d'un lai de Pâris et d'Hélène, avant-coureur du roman de Benoît de Sainte-Maure. L'expression

Que maint conterres vous raconte s'y oppose formellement.

Le Roman provençal de Flamenca est bien certainement du xie siècle, et Raynouard ne le plaçait probablement pas dans les premières années de ce siècle, en disant simplement 1) qu’ » il est très-présumable que le troubadour a écrit avant 1264.” Or, je lis dans ce poëme ) que parmi les jongleurs qui se firent entendre,

L'us contet de la bell' Elena ,
Com Paris l'enquer, pois l'anmena.

1) Lexique Roman, tom. I, p. 45.
2) Ibidem, p. 9.

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