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est consacrée au Renart français, dont les diverses branches y sont analysées et jugées avec une grande liberté d'esprit.

Les philologues français, de leur côté, ne laissèrent pas dormir la question. Fauriel, le brillant auteur de l'Histoire de la Littérature Provençale , écrivit

pour

le xxle volume de l'Histoire Littéraire de la France, publié en 1852, une excellente étude sur le Roman du Renart, p. 889—946, que sa connaissance de l'allemand rend d'autant plus précieuse, qu'elle lui a permis de discuter les opinions de M. Grimm au point de vue français. C'est lui qui le premier a abordé la question des rapports entre la rédaction actuelle du roman et les textes qui l'ont précédée.

En 1854 l'infatigable et savant M. Édélestand du Méril publia un volume de » Poésies inédites du Moyen Age, précédées d'une histoire de la fable ésopique, dans laquelle il parle longuement (p. 102—131) des poëmes de Renart.

En publiant, en 1856, une nouvelle édition du Reinaert flamand, qui est en grande partie une imitation de la vingtième branche française, je fus moimême conduit à parler de celle-ci, et naturellement aussi de la date de sa composition. J'avais donc eu déjà l'occasion d'étudier les questions que soulève le Renart français; et si cette étude n'avait pas amené une solution que je puis regarder encore aujourd'hui comme satisfaisante, elle avait redoublé l'intérêt que depuis longtemps je portais à ce sujet.

Toutes ces recherches, faites à des points de vue divers, par tant de savants, devaient, selon toute apparence, avoir mis en lumière tout ce qu'il est possible de savoir sur l'origine et la formation des 32

branches du Roman de Renart. Il y avait bien encore des points obscurs, la date de ces poëmes n'était pas fixée, les noms de leurs auteurs restaient inconnus, à un seul près, celui de Pierre de Saint-Cloud, à qui l'on attribuait des branches que probablement il n'avait jamais composées; en un mot l'histoire de ce monument curieux de la vieille littérature française laissait encore beaucoup à désirer. Mais Fauriel s'était posé ces questions: » Comment en découvrir l'origine? comment en suivre la marche, les développements, les variations et la décadence?”' Et il y avait donné cette réponse, sur laquelle tout le monde semblait d'accord: » De telles questions, prises à la rigueur et dans leur intégrité, seraient impossibles à résoudre aujourd'hui; peut-être est-ce trop présumer de croire que l'on puisse encore en étudier avec fruit, et avec un certain intérêt, quelques points détachés.” 1).

On en était là, lorsque, en 1861, parurent deux traductions du Renart en français moderne. L'une, en vers, de M. Ch. Potvin, précédée d'une introduction où il est question de l'origine de l'ancien poëme; en prose ,

due à la plume élégante de M. Paulin Paris, et qui l'a fait suivre d'une » Nouvelle Étude sur le Roman de Renart”, sous forme d'une notice lue à l'Académie des Inscriptions et BellesLettres, dans la séance du 25 Novembre 1860.

On comprendra facilement que lorsque le livre de M. Paris eut trouvé son chemin jusqu'à l'ultima Thulé de ma résidence, ce qui n'eut lieu qu’assez tard , la Nouvelle Étude excita vivement ma curiosité.

Le titre même de sa dissertation, nouvelle étude,

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l'autre,

1) Histoire Littéraire de la France, tom. XXII, p. 903.

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semblait dire que M. Paulin Paris, plus hardi ou plus heureux que ses devanciers, avait attaqué avec succès les questions qui jusque-là étaient restées sans solution. Son titre était tout une promesse , et le nom si justement illustre du savant auteur faisait présumer, sinon une solution complète de tous les points douteux, du moins une lumière nouvelle parmi tant de ténèbres.

Cependant mon attente fut déçue. La notice de M. Paris, quelque ingénieuse qu'elle soit, n'a pas fait avancer la question d'origine d'un seul pas: si j'ose dire toute ma pensée, elle l'a plutôt fait rétrograder.

Il est vrai, M. Paris ne se range pas à l'opinion reçue, et il s'évertue surtout à combattre le système de M. Grimm, mais les conclusions auxquelles il est arrivé ne satisferont, je le crains, personne, parce qu'il leur manque une base solide. Les vues du savant académicien sont neuves, mais toutes personnelles : elles n'ont que la valeur de conjectures, d'hypothèses plus ou moins ingénieuses, et encore, examinées au flambeau de la critique elles s'évanouissent.

Le nom de M. Paulin Paris, sa haute position scientifique, le patronage sous lequel il a placé sa dissertation, donnent à son æuvre un dangereux prestige. C'est pourquoi j'ai cru obéir à un devoir en examinant son système, en le réfutant dans la mesure de mes forces.

Dans cette intention je me suis remis à étudier les textes et leurs commentaires : les textes surtout.

Le résultat de ce travail a été une découverte dont j'ai été étonné moi-même, et qui, si elle résiste, comme je l'espère, au creuset de la critique, fera envisager le Roman de Renart sous une lumière nouvelle.

Je livre avec confiance mes recherches à l'examen des lettrés, parce que j'ai la conscience de ne pas avoir couru après les paradoxes: le seul désir de rechercher la vérité m'a dirigé, et les résultats obtenus sont ceux d'une méthode sévère.

Le plan de l'ouvrage est bien simple.

La première partie s'occupe des points généraux. J'y ai traité la question d'origine: 1° en discutant l'opinion défendue par M. Paulin Paris, que les fables latines sont la source du Renart ; 2° en étudiant de nouveau cette question : les branches que nous possédons sontelles, oui ou non, des remaniements de pièces plus anciennes. Une traduction du poëme allemand Reinhart Fuchs sert de pièce à l'appui de cette partie.

La seconde moitié de l'ouvrage, la plus étendue, la plus neuve, et j'espère la plus intéressante, traite des æuvres et de la vie de Pierre de Saint-Cloud, poëte jusqu'ici à peu près inconnu, et qui cependant a eu une si grande influence sur la légende de Renart.

Enfin en dernier lieu, j'ai été amené à parler du poëme flamand de Renart, le Reinaert, pour en discuter la date, et pour répondre à certains reproches que M. Paulin Paris a cru devoir adresser aux poëtes étrangers à la France qui, au moyen âge, se sont occupés du Renart.

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Quoique l'objet de cette étude se borne aux poëmes français que le moyen âge nous a légués, et qu'on comprend sous le titre général de Roman de Renart, il nous semble nécessaire de remonter à l'origine de de ce qu'on pourrait à bon droit nommer, dans sa généralité, l'épopée, ou la légende de Renart.

Il ne s'agit pas d'un poëme unique, composé par un seul écrivain, mais d'une multitude d'ouvrages différents, appartenant à divers temps comme à divers auteurs, et écrits dans plusieurs langues différentes. Car il ne faut pas seulement tenir compte des productions des trouvères français, mais aussi des poëmes latins, allemands et flamands.

Voilà pourquoi la question sur l'origine commune de l'æuvre complexe est difficile à résoudre; à tel point, que Fauriel, en ne posant la question d'origine et de développement que pour les branches françaises, se vit forcé d'avouer: »De telles questions, prises à la rigueur et dans leur intégrité, seraient impossibles à résoudre aujourd'hui; peut-être même est-ce trop présumer de croire que l'on puisse encore en étudier avec fruit, et avec un certain intérêt , quelques points détachés” 1).

1) Histoire Littéraire de la France, tom. XXII, p. 903.

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