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mez-vous; vraiment, si mon filleul dit des choses peu raisonnables, il n'y a pas lieu de s'en étonner, ce n'est qu'un garçon.'

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IX, vs. 551-562. Renart et Ysengrin se séparèrent. Bientôt après Renart rencontra Baudouin, l'âne, qui portait un lourd fardeau. Son maître voulut le faire avancer, mais Renart le pria de s'arrêter. » Dis-moi , Baudouin, lui dit-il, pourquoi veux-tu rester un souffre-douleur ? Les fardeaux ne t'empêchent-ils pas de jouir de la vie ? Si tu voulais te joindre à moi, je te délivrerais de ce mal, et je te donnerais du pain en quantité suffisante

X, vs. 563–634.

Il évita son compère. Ysengrin se trouva mal par la perte de son sang. Il dit: »Je regrette de mourir, mais je souffre encore plus à cause de ma chère femme, qui est noble et bonne, et qui s'est toujours gardée de tout péché. Elle eut toujours horreur du mal. «J'ai du regret à cause de mes fils, qui seront orphelins: heureusement ils ont une mère qui les conduira dans le pays. Ce qui me console surtout, c'est que jamais elle ne se remariera."

Cunin entendit ces lamentations. » Qu'avezvous, sire Ysengrin?” » Je suis horriblement blessé, répondit le loup, je n'en reviendrai pas, et ma femme mourra de douleur." Cunin reprit: » Elle n'en fera rien. Elle ne s'est pas gardée aussi bien que vous venez de le dire. J'ai vu entre ses jambes Renart qui est son amant; et il n'y a pas longtemps, puisque je n'ai eu le temps de manger ni de boire. Y a-t-il lieu de croire que ce fut malgré

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elle, lorsque cela s'est fait à plusieurs reprises ?

Ysengrin entendit une nouvelle qui lui fut lourde à porter. Il s'évanouit de douleur. Il ne sut s'il faisait nuit ou jour. Cela fit rire Cunin. Lorsque Ysengrin revint à soi, il dit: » Satan, je souffre, et de plus tu m'as fait un méchant mensonge; mais je ne suis pas assez fou pour te croire. Je t'arracherais les yeux si je t'avais ici-bas: tu n'en reviendrais pas." Cunin répondit : » Vieil animal, tu es » cous.”

Ysengrin se mit à hurler. Dame Hersent et ses fils survinrent et Ysengrin s'en réjouit. Il leur dit en pleurant: »Jamais je n'eus tant de plais voir, mes chers fils et ma bonne femme. Si je perds la vie, c'est à Renart que je le dois : vengez-moi par sa mort. Ensuite Cunin m'a jeté hors de mon sens. Dans ma grande détresse il me conta une mauvaise histoire: il me dit que Renart a couché avec vous. J'en ai presque perdu la vie; je ne pourrais supporter cette pensée. Mais il ne faut pas ajouter foi aux menteurs. J'ai envie de lui arracher les yeux.”

Dame Hersent répondit: » Je vous jure par Dieu qu'il y a trois jours que je ne vis Renart. Sire Y sengrin , croyez-moi, laissez-là ces propos insensés."

Ces mots firent du bien à Ysengrin, à son corps comme à son âme. Bientôt il fut complétement remis.

XI, vs. 635—725. Renart se retira dans son manoir: il craignit d'être attaqué. D'une cavité dans la forêt il fit bientôt une maison où il porta ses provisions.

Un jour Ysengrin passa auprès de cette maison dans la forêt: il était dans un piteux état: la

nous

faim le torturait. Un nouveau malheur l'attendait.

Renart était à son aise: il avait fait rôtir des anguilles dont Ysengrin renifla l'odeur. » Aha! pensait-il, ceci me paraît être sun bon plat!" La bonne odeur l'attira vers la porte de son compère : il s'assit devant et commença à y frapper. Renart qui était plein de finesse, dit: » Pourquoi ne passezvous pas votre chemin? De toute la journée personne ne sortira ou n'entrera ici, soyez en sûr. Que cherchez-vous, malheureux ? Partez d'ici au plus tôt. None est passée depuis longtemps: nous autres moines

ne prononcerions pas une parole pour le trésor des Nibelunge.”

» Compère, demanda Ysengrin, veux-tu rester moine ici jusqu'à la fin de tes jours ?" — » Certes, répondit-il, je m'y vois obligé. Tu m'as retiré ton amitié, sans faute aucune de ma part: tu voulais me tuer.” Ysengrin reprit: » Quoique tu aies mal agi envers moi, je te pardonnerai, à condition que je serai ton compagnon. » Tu peux me pardonner en toute sécurité: si je me sépare de toi à l'avenir, tu peux prendre ma vie. Si cela put t’être agréable, je t'offrirais bien deux morceaux d'anguille que j'ai de reste.”

Y sengrin, plein de joie, ouvrit une large gueule. Renart y jeta les anguilles. - » Je serais très-heureux, dit le stupide Ysengrin, si j'étais cuisinier làdedans."

Renart répondit: » Cela peut se faire facilement: si tu veux entrer dans la confrérie tu auras la direction des rôtis.” Ysengrin n'eut pas besoin de réfléchir longtemps : » J'y consens ”, dit-il. » Passe ta tête par ici," dit l'autre. Ysengrin ne se fit pas prier. Le malheur planait sur lui. Il avança sa grosse tête dans le trou, et frère Renart

ess

y jeta de l'eau bouillante qui lui enleva le poil et le cuir. Ysengrin dit: » Cela me fait mal.” Renart répondit : » Crois-tu qu'on entre en paradis sans peine ? Voilà l'effet de l'ignorance. Supporte ce mal patiemment, compère; quand tu seras mort tu auras part chaque jour à cent mille messes: telle est l'institution de notre confrérie. Ceux de Cîteaux te porteront en paradis, je te jure.”

Ysengrin crut que c'était la vérité: il fit bon marché de sa peau et de ses poils. Il dit: » Compère, maintenant que tous les deux nous sommes enfants de Dieu, les anguilles que vous avez làdedans devraient être communs entre nous. Si quelqu'un m'en refuse un morceau, on portera plainte contre lui à Cîteaux."

Renart répondit: » Rien ne te sera refusé: tout ce que nous possédons nous te l'offrons par amour fraternel. Mais il n'y a plus de poisson ici. Si tu veux aller à notre vivier, tu y trouveras des poissons en telle quantité que personne ne peut les compter. Les frères les y ont mis.” — » Allons-y”! dit Ysengrin.

XII, vs. 726–322. Ils se mirent en marche sans rancune. Le vivier était gelé. Ils regardèrent la glace, et virent qu'on y avait pratiqué une ouverture par laquelle on puisait l'eau. Ce fut le malheur d’Y sengrin: son frère le haïssait fortement. Quelqu'un avait oublié là un seau, et Renart se réjouissait de l'y trouver: il l'attacha à la queue de son frère.

Ysengrin dit: » In nomine patris, qu'est-ce que cela signifie ?” — » Pendant que je battrai l'eau, vous descendrez le seau dans cette ouverture, et vous

vous tiendrez bien tranquille. Nous attraperons beaucoup de poissons, car je les vois à travers la

avers

glace."

Renart était rusé, Ysengrin stupide. — » Par amitié, frère, dites-moi, y a-t-il des anguilles là-dedans ?” — » Certes, mille: je les ai vues.” — » J'en suis bien aise ; nous les prendrons."

Ysengrin agit comme un sot: sa queue gèla dans l'eau. La nuit était sereine et froide, mais son frère ne l'avertit pas de se tenir sur ses gardes: la loyauté de Renart n'alla pas jusque-là: Ysengrin gèla de plus en plus.

- » Ce seau devient pesant,” dit-il. - » J'y ai compté trente anguilles, répondit Renart; nous ne nous serons pas mis en marche pour rien. Si vous pouvez rester tranquille il y en aura cent.”

Lorsque le jour parut, Renart dit: » J'ai peur que nous ne payions cher notre avidité: je suis fâché qu'il y ait tant de poissons dans le seau. Je pense que vous ne pourrez le retirer de l'eau, et je n'y vois aucun moyen. Essayez si vous pouvez le soulever.”

Ysengrin se mit à tirer: la glace lui retint sa queue, il ne put bouger. Renart lui dit: » J'irai vers nos frères, dont le gain ne sera pas médiocre."

Le jour commença à poindre, et Renart se sauva. Ysengrin le pêcheur vit une chose désagréable. Il vit s'approcher un chevalier avec ses chiens. Il se dirigea du côté d’Ysengrin, à qui la pêche porta malheur. Le chevalier s'appelait sire Bertin: il aimait beaucoup la chasse. Ce fut le malheur d'Ysengrin, car il s'avança vers lui au grand trot. Lorsqu'il aperçut le loup, il cria à ses chiens : » sus!” et les lança. Ils s'abattirent sur Ysengrin

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