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BIBLIOTHECA GIA MONACENSIS

AVIS SUR LA IVe EDITION

DU

RECUEIL DE CESARE VECELLIO.

Au commencement de ce siècle, le changement complet qui s'est opéré dans la gravure sur bois a fait reprendre à cet art l'importance qu'il avait au seizième siècle, lorsque les Albert Durer, les Lucas de Leyde, les Cranach, les Burgmaier, les Wohlgemuth, l'employaient à l'égal de la taille-douce, malgré l'imperfection des procédés typographiques alors en usage.

Aujourd'hui, par la finesse des tailles, par l'égalité du papier, par la netteté de l'impression, l'art de la gravure sur bois, tout en conservant les avantages qui lui sont propres, se rapproche de plus en plus de la taille-douce.

Le moment est donc venu où l'on peut reproduire sur bois, avec un charme tout nouveau, les chefs-d'œuvre dessinés par les grands maîtres de l'art au seizième siècle, et gravés, soit de leur propre main, soit par celle de leurs élèves ou des artistes habiles formés à leur école.

Le nombre des compositions exécutées par ce procédé au seizième siècle est considérable. Multipliées rapidement et à peu de frais au moyen de la typographie, qui les rendait populaires, elles furent, dès l'origine, consacrées à de grandes publications ayant un but d'utilité générale. Telle est celle que l'on peut nommer avec raison l'Illustration de cette époque la Chronique de Nuremberg. Ce grand livre, où plus de deux mille planches en bois, gravées par Michel Wohlgemuth et Guillaume Pleydenwurf accompagnent le texte et l'expliquent, nous représente les objets mêmes, tels que les villes, les costumes, les portraits, les batailles, les événements divers, enfin tout ce qui peut intéresser le lecteur et piquer sa curiosité. Le succès

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fut tel que cinq éditions de cette Chronique ainsi illustrée parurent, de 1493 à 1500, à Nuremberg et à Augsbourg (1).

La Cosmographie de Sébastien Munster, autre sorte d'encyclopédie, ornée, comme la Chronique de Nuremberg, d'un grand nombre de gravures représentant les vues de toutes les villes remarquables, les portraits et les costumes, les objets d'armoiries et d'histoire naturelle, n'eut pas moins de succès. On en compte dix-sept éditions au seizième siècle, indépendamment de plusieurs éditions en latin, d'une en italien, d'une en français, en 1575, et d'une en bohémien, en 1554.

Les habiles imprimeurs dévoués au progrès de leur art, tels que les Koburger, les Alde, les Schoensperger, les Feyrabend, les Simon de Colines, les Pigouchet, les Geoffroy-Tory, les Estienne, les Jean de Tournes, firent servir la gravure sur bois à l'embellissement des livres; mais c'est surtout à la reproduction des costumes qu'elle fut appliquée avec le plus de succès. Jamais, en effet, époque ne fut plus favorable que le seizième siècle au développement du luxe des modes et à leur infinie variété en Italie, en France, en Allemagne et dans le reste du monde; aussi, en peu d'années, vit-on paraître un grand nombre de recueils en ce genre, qui furent plusieurs fois réimprimés. Ce sont entre autres :

L'ouvrage intitulé: Habits (Habitus) de diverses nations, recueillis par Abraham Bruyn et Michel Colyns. Grand in-fo, Anvers, 1581, avec 500 figures.

Habitus præcipuorum populorum tam virorum quam fœminarum singulari arte depicti. Petit in-f", Nuremberg, Hans Weigel, 1577, avec 200 figures (2).

Le Gynæceum sive Theatrum mulierum, par Jod. Amman. In-4", Francfort, 1586, Feyrabend, avec 122 figures.

Des habits, mœurs, cérémonies et façons de faire anciennes et modernes du monde avec les pourtraicts des habits taillés. Liége,1601, Jean de Glen, avec 200 figures.

(1) Cette Chronique, rédigée par Hartman Schedel, en un vol. très-grand in-folio, a été imprimée par A. Koburger, le 4 juin 1493. L'auteur et l'éditeur de ce vaste recueil ont eu soin de conserver à la fin de l'ouvrage un certain nombre de feuillets numérotés et laissés en blanc, afin que chacun pùt y ajouter les événements publics ou les faits particuliers. Des suppléments paraissaient de temps en temps. On en voit de considérables à la suite de l'édition de 1493 du 1 au 12 juillet de cette année).

(2) Gravé par Hans Weigel d'après les dessins de Jod. Amman, dont le monogramme se voit sur la première et la derniere planche.

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Le recueil intitulé: Degli abiti antichi e moderni di diverse parti del mondo, par Vecellio Cesare. In-8°, 1590.

Tous ces recueils, excepté le premier, sont entièrement gravés sur bois, et celui de Vecellio Cesare, qui contient près de six cents costumes, entourés tous de cadres historiés et accompagnés de notices historiques, fut réimprimé trois fois, de la fin du seizième siècle au commencement du dix-septième. Devenu très-rare, son prix, toujours croissant, atteint 200 francs dans les ventes, quand, d'année en année, il en paraît un exemplaire, presque toujours incomplet.

Ce recueil offre, en effet, aux artistes en tout genre, sculpteurs, peintres, graveurs, dessinateurs, un choix nombreux de modèles aussi exacts que pittoresques, et au public ami des arts un ensemble d'objets agréables et instructifs. Les dames mêmes y trouveront un attrait tout particulier par l'originalité, la grâce, la noblesse, la naïveté et quelquefois la bizarrerie des costumes, qui souvent pourront leur suggérer d'heureuses inspirations.

Mais cette galerie si riche et si variée, où chaque personnage offre un type original et un grand caractère, exigeait la reproduction fidèle du style large et simple qui toujours a fait attribuer cette œuvre, du moins en grande partie, au Titien lui-même (Tiziano Vecellio), opinion justifiée par le dessin même de ces beaux costumes. La manière de ce grand maître y est tellement reconnaissable qu'on ne saurait le croire étranger à l'œuvre de son parent Vecellio Cesare; plusieurs de ces dessins semblent tracés de sa main sur le bois même; on sait d'ailleurs que le Titien a dessiné lui-même un assez grand nombre de compositions imprimées par les presses typographiques; ce n'est donc pas sans raison qu'on lui attribue la gravure de plusieurs d'entre elles (1).

Le texte italien placé en regard de ces gravures est un nouveau témoin de la fidélité des costumes qu'il décrit dans tous leurs détails. Il indique leur origine, et l'on y trouve des renseignements sur l'histoire, les arts et les mœurs du temps, présentés souvent avec une grande naïveté. En réimprimant ce texte, nous avons cru devoir sub

(1) Au bas d'une de ces planches (le Paysage à l'Écuyer) on lit ces mots: Titianus manu propria; à un autre (le Paysage au Gardeur de cochons) on lit: Ex divino Titiani exemplari exemplum; ce qui semble établir une distinction entre l'exécution de l'une et de l'autre, et prouver que la premiere aurait été gravée entièrement par le Titien. Je n'ai pu juger de la différence de leur exécution, notre Bibliothèque impériale ne possédant pas ces deux estampes.

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stituer à la traduction latine qui l'accompagnait une traduction française, afin de rendre encore plus générale l'utilité du recueil de Vecellio (1). La langue française offre, en effet, bien plus de ressources que la langue latine pour rendre par des équivalents cette grande variété de termes s'appliquant à des usages modernes, inconnus des anciens; et cependant, malgré toutes les richesses que notre langue possède en ce genre, il nous a souvent été difficile, quelquefois même impossible, de trouver un équivalent à certains termes italiens désignant telle ou telle partie de quelques costumes, soit que ces objets n'aient point encore eu d'analogues dans le vaste ensemble de nos modes françaises, soit plutôt que les termes qui auraient pu leur être affectés, maintenant surannés, ne nous offrent plus une idée nette de la chose. Qui pourrait nous dire exactement ce qu'étaient au siècle de Louis XIV

Ton beau galant de neige avec ta nonpareille,

cités par Molière (2), ou bien les cales de velours noir dont parle la Fontaine (3)?

Comment même emprunter à Molière, à moins d'y joindre un commentaire, des mots qu'il emploie fréquemment? Tel est par exemple celui de canons :

Ils ont de grands canons, force rubans et plumes... (4)

Et de ces grands canons où, comme des entraves,
On met tous les matins ses deux jambes esclaves (5).

D'autres termes employés par Molière ont totalement changé d'acception; tel est le mot rabat :

« J'ai remarqué encore que ses rabats ne sont pas de la bonne faiseuse (6). »

(1) M. Lacombe, l'habile traducteur de l'Histoire des Italiens, par M. César Cantu, et le zélé collaborateur de MM. Amédée Rénée, Baudry, Chopin, Dehèque, Delatre et Noël des Vergers, dans la traduction de l'Histoire universelle, du même auteur, a bien voulu se charger de traduire l'œuvre de Vecellio, et s'est acquitté avec le même soin et le même talent de cette œuvre difficile.

(2) Le Dépit amoureux, act. IV, sc. 4.

(3) Lettre à madame de la Fontaine, 25 août 1663.

(4) L'École des Femmes, act. III, sc. I.

(5) L'Ecole des Maris, act. I, sc. 1. Molière en parle encore dans les Précieuses ridicules, sc. 10. C'était un cercle en étoffe, large et souvent orné de dentelles, évasé du haut, qu'on attachait au-dessous du genou.

(6) Les Précieuses ridicules, sc. 6. C'était le col de la chemise, plus ou moins ouvragé, rabattu en dehors et tombant sur le vêtement ou sur le pourpoint.

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