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œuvre si longue et si variée. Tous les dons du Pulci, — son brio fantaisiste, mêlé d'un scepticisme narquois, n'excluant pas l'enthousiasme, — se concentrent dans ce finale. Mais le doute domine.

« Toujours, dit-il, les justes sont les premiers déchirés. Je ne veux plus raisonner de la foi, car je suis ensuite livré à la gueule des frati, où souvent aussi s'engouffrent les lamproies. Et certains frocards fainéants s'écrient : 11 a dit ceci, il ne croit pas ceci. D'où il semble qu'une si grande rumeur se traduise par ce grief : Obscur au commencement, obscur il reste.

» Au commencement, celui qui fit tout avec sagesse créa la Terre et le Ciel, et les tén6bres faisaient au soleil un voile. Je ne sais pas ce qui sera ensuite finalement dans la révolution du grand axe. Il Suffit Que La Haison Juge De Tout (Basta che tutto giudica la mente). Et si toutefois j'écrivis un temps des choses vaines, contra hypocritas tantum, pater, je les dis »

Mais, notre poète a besoin de le dire, — il n'empiète pas sur le sacerdoce, « il ne prêche pas en chaire, il ne » reprend pas le pécheur sur le banc de la confession; » mais il s'adresse à toi dans ta chambrette, ô lecteur! » si tu veux profiter de ses leçons... >>

Sa foi est blanche comme la tienne, et il te donnera par-dessus le marché deux Credo...

Predicate e spianate lo Evangelio
Colla dottrina del vostro Aurelio

« Prêchez, aplanissez l'Évangile, comme votre Augustin (Au* gustinus Aurelius). »

1. Morg. Magg., c. xxvm, st. 42-43.

2. Morg. Magg., c xxvm, st. 44.

Le persiflage parodique est ici visible; il se dissimule à peine dans la stance qui suit:

E se alcun susurrone è che v' imbocchi,
Palpate come Toma, vi ricordo;
E giudicate aile man, non agli occhi,
Come dice la favola del tordo:
E non sia ignun più ardito che mi tocchi,
Ch' io toccherô poi forse un monacordo,
Ch' io troverô la solfa e' suoi vestigi,
Io dico tanto a' neri, quanto a' bigi1.

A travers ces obscurités, obscurcies à dessein par des réticences et la bizarrerie d'allusions triviales (nous sommes faits à ces formes de Pulci), perce la pensée hostile au clergé, aux scolastiques, aux moines, — aux noirs, aux gris. L'allusion porte au delà des mœurs du clergé dans la critique duquel Luigi n'est que l'écho des vieux conteurs florentins (avant et depuis Boccace). Pouvait-il dépasser à cet égard l'amère satire de Franco Sacchetti contre « ces clercs... qui, sous honnête appa» rence de religion, se livrent sans mesure à tout vice » de luxure et de gueule*,... ces gens qui font dévaler » du ciel Notre-Seigneur dans leurs mains, et ont moins » de tempérance que les animaux déraisonnables3? »

1. Morg. Mayg., c. xxviil, st. 45.

2. »... Cherici... che solto apparenza onesta di religione ogni vizio di gola, di lussuria, e degli altri, come il loro appetito desidera, sanza niuno mezzo usano. » (franco Sacchetti, Novella xxxiv.)

3. «... Molli, a cui viene il nostro Signore tra le mani, li quali hanno meno discrezione, che gli animali irrazionali. »

(franco Sacchetti, Novella xxxv )

. De quelque précaution qu'il s'enveloppe, notre poète paraît viser ici l'enseignement dogmatique de l'Église.

« — Gare aux sycophantes 1 dit-il. Jugez leurs enseignements non au regard (agli, occhi), mais au toucher (alle mari)... Comme Thomas, palpez, — c'est le plus sûr, ainsi que nous l'apprend une certaine fable de la Grive (tordo)... Le plus hardi ne m'atteindra point ; car j'ai, — moi, — (dans ma raison, sans doute) le diapason (monacordo) qui me permet d'apprécier la justesse de sa gamme1. »

Le texte littéral de ce passage défie toute traduction claire en français. La pensée n'en est pas moins visible, et nous croyons l'avoir rendue. Et pour la compléter:

« Vos argumcnls, ajoute Pulci s'adressant aux clercs, vos syllogismes, tant de maîtres, tant de bacheliers, ne feront pas avec leur logique ou leurs sophismes que s'adoucisse l'amertume des lupins que je vous sers (Ch' al fin sien dolci i miei lupini amari). Et qu'on ne cherche pas les barbarismes ; je saurai bien trouver des textes qui soient clairs. Par charité, que cela vous soit dit une fois pour toutes, et qu'on ne parle plus du sonnet-, »

En quelle mesure le mythe chrétien, plus ou moins allégorisé par le néo-platonisme, entrait-il dans les convictions des philosophes et des humanistes de ce temps? Cette question, on l'a traitée à propos de Ficin, dont l'orthodoxie reste pour nous au moins douteuse. Que pouvait être celle de Pulci?

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(Cependant, dans sa pensée, comme en celle des autres poètes de la pléiade platonicienne, le dogme catholique demeurait une source d'inspiration émue et naturelle.

Aussi notre poète, après avoir invoqué lame de Lucrezia Tornabuoni, mère des Médicis, ses protecteurs, célèbre sur le mode antique les mérites de l'ange de Monte Pulciano, Politien « aux doigts duquel l'archet d'or obéit » '.

Les stances qui précèdent le court épilogue de son poème sont un hymne triomphal à la Renaissance de la pensée et des arts:

Toriiano i tempi felici, chu furno.
Quundo c' regnô quelbuun Siguor Saturno.
Beuigni secol, che gii lieti fersi,
Tomate a modular le nostre lire '-.

L'épilogue, au contraire, est un hymne humble et contrit à la gloire de la Très-Sainte Vierge:

lo ti riagrazio, Vergine beata;
Colla tua grazia cominciai la storia,
Colla tua grazia al fin mi durai gloria.

I. Munj. Mugg.. c xxvui, st. l,iil.
-. Munj. Mugg., r. xxvui, st. I5I-1.12.

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