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séduit par l'appât du gain, il fit venir de Rome tous les meubles de la vieille cour, les fit charger sur des voitures de louage et sur des chevaux de boulangerie, de manière que le pain manqua à Rome, et que beaucoup de plaideurs perdirent leurs causes pour n'avoir pu se trouver à l'assignation. Il n'y eut point d'artifice et de séduction qu'il n'employât pour se défaire de ces meubles , reprochant aux uns de n'avoir pas honte d'être plus riches que lui , et disant aux autres qu'il était trop bon de donner à des particuliers ce qui avait appartenu à un prince. Il apprit qu'un particulier de province fort riche avait donné deux cent mille sesterces (1) aux huissiers de sa chambre pour le faire mettre à sa table sans qu'on s'aperçût de la fraude. Il ne fut pas fâché de voir que l'on mît à si haut prix l'honneur de manger avec lui. Mais le lendemain, voyant cet homme à une vente, il lui fit adjuger un petit meuble qui n'était d'aucune valeur pour une somme égale à celle qu'il avait donnée, et lui fit dire qu'il souperait avec César, et à son invitation.

XL. Il fit percevoir des tributs nouveaux et inouis jusqu'alors, d'abord par des receveurs publics, ensuite, comme le district devenait immense, par des centurions et des tribuns prétoriens. Il n'y eut aucune chose et aucune personne qui ne fût taxée. On mit des impôts sur tous les comestibles qui se vendaient dans Rome. On exigea des plaideurs le quarantième de la somme en litige, et ce fut un crime de s'accommoder. Les porte-faix donnèrent le huitième de leur gain journalier. Les femmes prostituées furent taxées préci

(1) Quarante mille livres.

loci digni

titutarum quantum quæque uno concubitu mereret. Additumque ad caput leges, ut tenerentur publico, et quæ meretricium, et qui lenocinium fecissent; nec non et matrimonia obnoxia essent.

XLI. Hujusmodi vectigalibus indictis , neque propositis , quum per ignorantiam scripturæ multa commissa fierent, tandem flagitante populo romano proposuit quidem legem : sed et minutissimis litteris, et angustissimo loco, uti ne cui describere liceret. Ac ne quod non manubiarum genus experiretur, lupanar in palatio constituit : distinctisque et instructis

pro tate compluribus cellis, in quibus matronæ ingenuique starent. Misit circum fora et basilicas nomenclatores ad invitandos in libidinem juvenes senesque : præbita advenientibus pecunia fæenebris, appositique qui nomina palàm subnotarent, quasi adjuvantium Cæsaris reditus. Ac ne ex lusu quidem aleæ compendium spernens, plus mendacio atque etiam perjurio lucrabatur. Et quondam proximo collusori demandatâ vice suả, progressus in atrium domùs, quum prætereuntes duos equites romanos locupletes sine mora corripi confiscarique jussisset, exsultans redüt, gloriansque nunquam prosperiore aleâ usum.

XLII. Filiâ verò natâ, paupertatem, nec jam imperatoria modò, sed et patria conquerens onera , collationes in alimoniam atque dotem puellæ recepit. Edixit et strenas ineunte anno se recepturum : stetitque in vestibulo ædium ka

sément au prix où elles se vendaient, et il fut ordonné

que l'on tiendrait registre de celles qui faisaient ce commerce, fussent-elles mariées.

XLI. Ces impôts étant établis et non pas affichés, comme il se commettait beaucoup de fautes par ignorance, il donna enfin un édit aux instances du peuple romain; mais d'une écriture si fine, et placé de manière qu'on ne pouvait en prendre copie : enfin, pour faire de l'argent, à quelque prix que ce fût, il établit un lieu de débauche dans son palais. De petites cellules furent construites et ornées selon la dignité du lieu. On y plaça des femmes libres et des jeunes gens d'une naissance honnête ; et les esclaves nomenclateurs allaient autour des places publiques et aux portes des palais inviter les vieillards et la jeunesse. On leur prêtait de l'argent à usure pour payer leurs plaisirs , et l'on prenait leurs noms comme pour leur faire honneur d'augmenter le revenu de César. Il ne dédaignait pas même de s'enrichir aux jeux de hasard par la fraude et la fourberie. Un jour il chargea son voisin de jouer pour lui; et, ayant paru un moment sur la porte de sa maison, il vit passer deux chevaliers romains qui étaient fort riches : il les fit arrêter, confisqua leurs biens, et rentra tout fier et tout glorieux, disant qu'il venait de faire un beau

. XLII. Lorsqu'il eut une fille, il commença à dire qu'il était pauvre, qu'il était chargé de l'empire et d'une famille, et il voulut que l'on contribuật pour nourrir et doter sa fille. Il annonça qu'il recevrait des étrennes au premier jour de l'année. Il se tint à l'en

coup de dés.

lendis januariis ad captandas stipes, quas plenis ante eum manibus ac sinu omnis generis turba fundebat. Novissimè contrectandæ pecuniæ cupidine incensus, sæpe super immensos aureorum acervos patentissimo diffusos loco, et nudis pedibus spatiatus, et toto corpore aliquandiu volu

tatus est.

XLIII. Militiam resque bellicas semel attigit, neque ex destinato, sed quum ad visendum nemus flumenque Clitumni Mevaniam processisset, admonitus de supplendo numero Batavorum quos circa se habebat, expeditionis germanicæ impetum cepit : neque distulit, sed legionibus et auxiliis undique excitis , delectibus ubique acerbissimè actis , contracto et omnis generis commeatu, quantò nunquam alius, iter ingressus est : confecitque modò tam festinanter et rapidè, ut prætorianæ cohortes contra morem signa jumentis imponere, et ita subsequi cogerentur : interdum adeò segniter e delicate, ut octophoro veheretur , atque a propinquarum urbium plebe verri sibi vias, et conspergi propter pulverem exigeret.

XLIV. Postquam castra attigit, ut se acrem et severum ducem ostenderet, legatos, qui auxilia serius ex diversis locis adduxerant, cum ignominia dimisit. At in exercitu recensendo, plerisque centurionum maturis jam, et nonnullis ante paucissimos quàm consummaturi essent dies, primos pilos ademit, causatus senium cujusque et trée de son palais le jour des calendes de janvier pour recevoir l'argent qu'on lui apportait à pleines mains; et , passionné plus que jamais pour ce métal, il mar. chait pieds nuds sur de vastes amas d'or, ou se roulait au milieu.

XLIII. Quant à la guerre, voici comme il la fit. Il était venu visiter le fleuve Clitumnus et les bois qu'il arrose, et s'était avancé jusqu'à Mévanie. On l'avertit de recruter sa garde batave. L'idée lui vint aussitôt d'attaquer la Germanie (1). Il ne perdit pas un moment. Il fit venir de tous côtés des légions, des troupes auxiliaires et de nouvelles levées faites avec la plus grande rigueur, des provisions telles qu'on n'en avait jamais vu, et se mit en marche si rapidement, que les cohortes prétoriennes furent obligées, pour le suivre, de mettre leurs enseignes sur des bêtes de somme. Pour lui, il finit par se faire porter mollement dans une litière par huit esclaves, et les habitants des villes voisines avaient ordre de nettoyer les chemins et de les arroser pour abattre la poussière.

XLIV. Lorsqu'il fut arrivé au camp, pour se montrer exact et sévère dans le commandement, il renvoya avec ignominie les lieutenants qui étaient arrivés trop tard avec les troupes qu'ils devaient amener ; et dans la revue qu'il fit de l'armée il cassa , sous prétexte de

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