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Dans son exorde, l'orateur établit la responsabilité morale que s'impose tout homme qui se fait accusateur. Demander compte à autrui de ses actions, c'est se prescrire à soi-même la loi de pratiquer les vertus opposées aux vices que l'on dénonce; et combien cette loi n'est-elle pas plus étendue quand on prend à partie un coupable qui réunit en sa personne tous les genres de perversité ? C'est cette profonde corruption de Verrès qui a fait naître contre lui l'inimitié de Cicéron, inimitié d'autant plus courageuse que les crimes de l'odieux préteur l'ont rendu plus cher à Hortensius et à la noblesse.

Après quelques traits énergiques contre la tyrannie et la fierté des nobles, l'orateur arrive à l'objet spécial de son discours, aux malversations de Verrès dans l'administration des blés; et d'avance « il avertit les juges qu'obligé de citer une foule de calculs, « moins intéressant que dans les autres discours; mais il développe « si bien les faits, il enchaîne ses preuves avec tant d'art, et le style « est si varié, que l'ouvrage plaît d'un bout à l'autre. » (DESMEUNIERS.)

Il divise son accusation en trois parties. D'abord il parle du blé sujet à la dime, decumanum; puis du blé acheté, emptum; enfin du blé dont la valeur a été estimée en argent, æstimatum.

La première partie, concernant le blé sujet à la dime, forme plus des deux tiers du discours; elle s'étend jusqu'au chapitre soixante-dixième, et le discours en a quatre-vingt-dix. Presque toutes les cités de la Sicile étaient tenues de payer à l'administration romaine la dixième partie de leurs récoltes en grains. Les vexations et les injustices commises dans la perception de ces dîmes sont présentées par l'orateur en une suite de narrations dont il a su très-heureusement diversifier les formes.

Verrès avait pour agent de ses vexations un certain Apronius , vil esclave, parvenu par toutes sortes d'infamies à capter la confiance de son maître. Le portrait que Cicéron fait de ce tyran subalterne offre des traits qui peuvent bien choquer la susceptibilité

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moderne, mais qui, sans doute pour des auditeurs romains, n'avaient rien de contraire aux convenances.

Après avoir exposé les actes d'oppression envers les particuliers, l'orateur arrive aux vexations qui tombaient sur des populations entières. Il dissimule la monotonie de cette longue série de griefs en mêlant à ses récits des ornemens de détails d'autant plus agréables qu'ils ressortent du fonds même du sujet. Ainsi, par le plus ingénieux rapprochement,

il compare au faste et à la dissolution des monarques persans la conduite de Verrès prodiguant à deux femmes perdues les revenus d'une ville entière. Dans le chapitre XXXV on trouve un morceau très-énergique sur la tyrannie de Sylla, etc.

Tant d'abus de pouvoir dans la levée de l'impôt n'avaient tourné qu'au profit de Verrès, et nullement à celui du peuple romain: c'est ce que Cicéron s'attache à faire sentir. Il reproche à l'accusé la ruine et la dépopulation de la Sicile, et lui oppose les mesures conservatrices prises par Metellus, successeur de Verrès, pour

remédier à tous ces maux. Il rappelle les accusations publiques qui avaient éte intentées aux agens de l'odieux préteur, pendant le cours de sa magistrature, au sein même de la Sicile; puis il termine par les réflexions les plus sévères sur la corruption et les mauvais exemples dont Verrès a entouré la jeunesse de son fils.

La seconde partie concerne le blé acheté. Il y avait deux sortes de blé acheté : la première était comme une seconde dime, que les Siciliens étaient obligés de vendre à l'administration romaine au prix fixé par le sénat; la seconde espèce de blé acheté consistait en huit cent mille boisseaux, dont le prix était également déterminé par le sénat. Les lois Terentia et Cassia avaient réglé la matière. L'orateur raconte les déprédations de Verrès sur cet article, et s'élève principalement contre les gratifications scandaleuses qu'il avait accordées à ses agens et à ses greffiers aux dépens de la Sicile et du peuple romain (du chap. Lxx au chap. Lxxx).

Quant au blé estimé, qui fait l'objet de la troisième partie de ce discours, c'était le grain que la province devait fournir, soit en nature, soit en argent, au préteur pour l'approvisionnement de sa maison. Verrès ne s'était pas montré plus délicat sur cet objet que sur tous les autres; il avait porté à douze sesterces par

boisseau l’estimation du blé, que la loi fixait à trois sesterces. En vain Hortensius alléguait que Verrès n'avait fait que suivre l'exemple d'autres

magistrats, Cicéron repousse avec énergie ce moyen de défense, et présente un tableau bien triste des vexations de l'administration romaine envers toutes les provinces et toutes les nations soumises à son joug.

Ce discours est un modèle de style: sa lecture apprendra de quels ornemens sont susceptibles les matières les plus arides sous la plume d'un homme de génie (car cette oraison ne fut pas prononcée). Elle est en outre un monument précieux pour

l'érudition. On y trouve comme une statistique agricole et fiscale de la Sicile. Malheureusement la plupart des chiffres qu'avait présentés l'orateur paraissent avoir été altérés par les copistes.

C. D.

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ACTIO SECUNDA.

LIBER TERTIUS.

DE RE FRUMENTARIA.

ORATIO OCTAVA.

1. Omnes, qui alterum, judices, nullis impulsi inimicitiis, nulla privatim læsi injuria, nullo præmio adducti, in judicium reipublicæ causa vocant, providere debent, non solum quid oneris in præsentia tollant, sed etiam quantum in omnem vitam negotii suscipere conentur. Legem enim sibi ipsi dicunt innocentiæ, continentiæ, virtutumque omnium, qui ab altero rationem vitæ reposcunt; atque eo magis, si id, ut ante dixi, faciunt nulla re commoti alia, nisi utilitate communi. Nam qui sibi hoc sumpsit, ut corrigat mores aliorum, ac peccata reprehendat, quis huic ignoscat, si qua in re ipse ab religione officii declinarit? Quapropter hoc etiam magis ab omnibus ejusmodi civis laudandus ac diligendus est, qui non solum ab republica civem improbum removet, verum etiam se ipsum ejusmodi fore profitetur ac præ

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