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CONTRE VERRÈS.

LIVRE TROISIÈME.

SUR LES BLÉS.

HUITIÈME DISCOURS.

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I. Juges,

tous ceux qui, sans être excités par la haine, ou blessés par une injure personnelle, ou séduits par l'appât du gain, traduisent un coupable devant les tribunaux pour le seul intérêt de la république, doivent prévoir non-seulement les obligations qu'ils s'imposent dans les circonstances présentes, mais celles qu'ils prennent l'engagement de remplir pour tout le reste de leur vie. C'est en effet se prescrire à soi-même la loi de

pratiquer la justice, la modération et toutes les vertus, que de demander à autrui compte de ses actions, surtout si, comme je l'ai dit, on n'a d'autre motif

que

l'utilité publique. Quiconque entreprend de réformer les meurs et de censurer la conduite des autres, peut-il s'attendre à l'indulgence, pour peu qu'il s'écarte des règles du devoir? On ne saurait donc trop louer ni trop chérir le citoyen qui, non content de délivrer le corps politique d'un membre corrompu, ne prend pas seulement l'engagement d'agir avec ces intentions de droiture et de vertu qui

stat, ut sibi non modo communi voluntate virtutis atque officii, sed etiam ut quadam magis necessaria ratione recte sit honesteque vivendum.

Itaque hoc, judices, ex homine clarissimo atque eloquentissimo, L. Crasso, sæpe auditum est, quum se nullius rei tam pænitere diceret, quam quod C. Carbonem unquam in judicium vocavisset : minus enim liberas omnium rerum voluntates habebat, et vitam suam pluribus, quam vellet, observari oculis arbitrabatur. Atque ille his præsidiis ingenii fortunæque munitus, tamen hac cura continebatur, quam sibi, nondum confirmato consilio, sed ineunte ætate, susceperat. Quo minus etiam perspicitur eorum virtus et integritas, qui ad hanc rem adolescentuli, quam qui jam firmata ætate descendunt. Illi enim, antequam potuerunt existimare, quanto liberior vita sit eorum, qui neminem accusarint, gloriæ causa atque ostentationis accusant : nos, qui jam, et quid facere, et quantulum judicare possemus, ostendimus, nisi facile cupiditates nostras teneremus, nunquam ipsimet nobis præcideremus istam licentiam libertatem

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que vivendi.

II. Atque hoc ego plus oneris habeo, quam qui ceteros aceusarunt (si onus est id appellandum, quod cum lætitia feras ac voluptate); verumtamen hoc ego amplius suscepi, quam ceteri : quod ita postulatur ab omnibus, ut ab iis se abstineant maxime vitiis, in quibus alterum animent le commun des hommes, mais de suivre dans toute sa vie, par une sorte de nécessité, les lois de la probité et de l'honneur.

Aussi, juges, a-t-on souvent entendu dire à l'un de nos orateurs les plus illustres et les plus éloquens, L. Crassus, qu'il n'y avait rien dont il se repentît autant que d'avoir accusé C. Carbon'. Depuis cette époque, il se trouvait bien moins libre de faire toutes ses volontés, et il lui semblait voir sans cesse ouverts sur sa conduite beaucoup plus de regards qu'il n'aurait voulu. Quoiqu'il fût doué de tous les avantages du talent et de la fortune, cette . idée le retenait sans cesse, et c'était comme un frein

que, sans avoir encore un plan de vie bien arrêté, il s'était imposé à lui-même à son entrée dans le monde. Voilà pourquoi les jeunes gens qui se font accusateurs donnent une bien moins haute idée de leur vertu et de leur intégrité que ceux qui attendent la maturité de l'âge pour s'engager dans cette carrière. Mais, avant qu'ils aient pu réfléchir combien on est plus libre dans sa conduite lorsqu'on n'a accusé

personne, l'amour de la gloire et la vanité poussent les jeunes gens à se rendre accusateurs. Pour nous, qui avons déjà fait connaître et notre capacité et nos faibles lumières, si nous n'avions pris un empire absolu sur nos passions, nous ne nous serions jamais privés nous-mêmes de la liberté de vivre à notre fantaisie. II. Quant à moi, je m'impose un plus lourd fardeau

que les autres accusateurs, si l'on peut appeler fardeau ce que l'on porte de bon cæur et avec plaisir. Mais enfin mon entreprise exige de moi plus de sacrifices que d'aucun autre d'entre eux. On leur demande à tous qu'ils s'abstiennent surtout des vices qu'ils blâment dans un autre. Est-ce un fripon, un voleur que vous accusez? il vous faudra

!

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reprehenderint. Furem aliquem aut rapacem accusaris? vitanda tibi semper erit omnis avaritiæ suspicio. Maleficum quempiam abduxeris, aut crudelem? cavendum erit semper, ne qua in re asperior aut inhumanior fuisse videare. Corruptorem, adulterum? providendum diligenter, ne quod in vita vestigium libidinis appareat. Omnia postremo, quæ vindicaris in altero, tibi ipsi vehementer fugienda sunt. Etenim non modo accusator, sed ne objurgator quidem ferendus est is, qui, quod in altero vitium reprehendit, in eo ipse deprehenditur. Ego in uno homine omnia vitia, quæ possunt in homine perdito nefario que esse, reprehendo : nullum esse dico indicium libidinis, sceleris, audaciæ, quod non in istius unius vita perspicere possitis. Ego in isto reo legem hanc, judices, mihi statuo; vivendum ita esse, ut isti non modo factis dictisque omnibus, sed etiam oris oculorumque illa contumacia ac superbia, quam videtis, dissimillimus esse, ac semper fuisse videar. Patior non moleste, judices, eam vitam, quæ mihi sua sponte antea jucunda fuerit, nunc jam mea lege et conditione necessariam quoque

futuram. III. Et in hoc homine sæpe a me quæris, Hortensi, quibus inimicitiis, aut qua injuria adductus, ad accusandum descenderim. Mitto jam rationem officii mei, necessitudinisque Siculorum : de ipsis tibi inimicitiis respondeo. An tu majores ullas inimicitias putas esse,

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toujours éviter par la suite tout soupçon de cupidité. Est-ce un homme malfaisant ou cruel? gardez-vous d'aucune action qui vous fasse regarder comme un être dur et inhumain. Est-ce un corrupteur, un adultère? vous vous attacherez à ne laisser apercevoir dans votre vie aucune trace de libertinage. Tout vice en un mot que vous aurez poursuivi dans un autre, vous ne sauriez l'éviter avec trop de soin; car on ne peut souffrir l'accusateur ni même le censeur qui laisse découvrir en soi le vice qu'il reprend chez les autres. Et moi, juges, j'attaque dans un seul homme tous les vices qui peuvent se rencontrer dans le scélérat le plus accompli. Oui, il n'y a pas un trait de libertinage, de perversité, d'audace, dont sa vie ne soit marquée. Oui, ce seul accusé m’impose la loi de régler ma conduite de façon à ce qu'elle n'offre pas la moindre ressemblance, non-seule

ment avec toutes ses actions et toutes ses paroles , mais même avec cet air d'arrogance et d'effronterie qui se peint dans ses regards et dans tous les traits de son visage. Je vois sans peine, juges, que cette vie que j'aimais à mener pour

elle-même et par

inclination, me sera désormais indispensable, grâce à la loi et aux obligations que je me suis prescrites.

III. Vous me demandez souvent, Hortensius, d'où vient que je suis l'enremi de Verrès, et quelles injures de sa part ont pu m'engager à me porter son accusateur. Sans parler des devoirs qui pour moi naissent de mes liaisons avec les Siciliens, je répondrai d'une manière positive à la question d'inimitié. Croyez-vous qu'il y ait une inimitié plus forte la contrariété des sentimens et l'opposition des

que

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