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trois cents chevaux et de cinq mille hommes à pied; il passe le Rubicon : il avait paru hésiter sur ses bords. Honteux de ce mouvement de faiblesse, il s'élance sur une barque; le sort en est jeté, s'écrie-t-il, et déjà il a touché l'autre rive, et déjà il est aux portes de Rome. Il y entre en citoyen, sans son armée qu'il avait confiée à ses lieutenans. «Je viens, sénateurs, dit-il, vous rendre compte de ma conduite. Après dix ans d'absence, qu'il est doux de se retrouver avec des amis !» Le peuple l'avait reçu avec acclamations; le sénat se joignit au peuple.

Bientôt, pourtant, le parti des vrais Romains s'unit à Pompée, mais pour fléchir, après de vaines résistances, sous la fortune de César, dans les plaines de Pharsale. Le vainqueur n'abusa pas de la victoire; il dédaigna la vengeance, s'éleva jusqu'à l'héroïsme, en brûlant, sans les avoir lues, les lettres trouvées dans le camp de son rival; il pleura même sa mort. Vainqueur, plus tard, des lieutenans de Pompée, il régla les affaires de l'Égypte, battit en courant le fils du grand Mithridate; et, après avoir reçu cinq fois les honneurs du triomphe, il ne songea plus qu'à préparer pour la république d'utiles réformes, qu'à fonder des institutions durables, qu'à enrichir la capitale du monde de magnifiques monumens; il voulut y réveiller le souvenir des anciens jeux de la Grèce, de ses spectacles si variés et si pompeux. Il renouvela, avec plus de magnificence que jamais, les combats de gladiateurs, déploya tout l'appareil des fêtes dans des représentations théâtrales, offertes en toutes les langues, comme s'il eût voulu faire participer à ces plaisirs

tous les peuples de la terre, se concilier leur amour, mériter leur reconnaissance.

La nature avait comblé César de ses dons les plus précieux. Les ressources de son esprit tenaient du prodige, ayant en soi assez de talens divers pour faire réussir toutes les ambitions, si son cœur avide de gloire les eût conçues toutes à la fois. Quintilien dit de lui, qu'il parlait comme il combattait, avec la même supériorité. Il paraît qu'il s'était exercé dans tous les genres de littérature. Or, pour lui, s'y exercer, c'était y réussir. Dans sa jeunesse, il avait fait une tragédie d'OEdipe, qui eut le suffrage général, mais qu'Auguste, on ne sait pourquoi, empêcha de publier. A cette époque, l'éloquence était parvenue à l'apogée de sa gloire. César, dans cette carrière, avait, comme Démosthènes, trouvé des rivaux dans ses contemporains, dans Cicéron, dans Hortensius, etc.; mais Cicéron, dit Quintilien, était le seul orateur qu'on pût légitimement opposer à César. Cicéron, de son côté, reconnaissait que, de tous les orateurs, César était le seul qui parlât le latin avec une exquise élégance. «< Au milieu de ses grandes occupations, il trouvé, disait-il, le temps de composer un ouvrage excellent sur l'art d'écrire. Il remarque qu'ayant un goût súr, César évite les expressions vicieuses introduites dans le style par beaucoup d'écrivains; qu'il n'emploie que celles que prescrivent l'urbanité et le génie de sa langue; qu'il pare son style des ornemens de l'éloquence, et que son discours ressemble à un tableau d'un dessin

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pur et correct, exposé dans un beau jour. Puisque tout le monde, ajoute-t-il, est d'accord sur ce mérite de Cé

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sar, je ne vois pas qui l'on pourrait placer au dessus de lui. Sa voix, son geste, sa physionomie, tout annonce l'élévation de son caractère; et son mépris pour les finesses recherchées et pour les subtiles combinaisons du langage prouve son bon goût. »>

On caractérisait l'éloquence de César par ce mot. Vim Cæsaris. Ses harangues, en effet, étaient regardées comme des modèles remplis d'énergie, de chaleur, de monvemens 'oratoires. Ses harangues et tous ses plaidoyers ont été perdus. Tacite qualifiait ainsi César: Summus auctorum divus Julius. S'il partageait, comme orateur, avec Cicéron, l'admiration des Romains, il partagea de même, avec Tite-Live et Salluste, la palme du genre historique. Il excella, de plus, dans l'épigramme. L'AntiCaton prouve qu'il réussissait dans la satire; et par ses livres sur l'analogie, il mérita d'être placé au rang des plus habiles grammairiens. Rien ne parut être étranger à son investigation curieuse et conquérante, dans la carrière du savant et de l'homme de lettres. Il fit des éphé mérides, des traités sur l'astronomie, sur les aruspices, des livres de sentences et de dits mémorables. Ses Éphémérides étaient une œuvre posthume. Versé dans la science du droit, il avait projeté de faire un code mieux ordonné et plus complet du droit romain, et il en avait tracé le plan analytique. Il fonda des bibliothèques publiques, dont il confia la régie au savant Varron. Pline nous apprend que César lisait, écrivait, dictait, écoutait, répondait, le tout en même temps. Souvent il occupait à la fois quatre secrétaires. De tant de compositions, nous n'avons plus que ses Commentaires sur les

guerres des Gaules et sur la guerre civile, les premières en sept livres, la seconde en trois1. Ces ouvrages sont un des plus précieux restes de l'Antiquité. Comme on l'a remarqué, il est bien difficile de parler de soi décemment et dignement; de ne pas faire sa part plus forte que celle des autres, en parlant des autres et de soi. César semble pourtant s'être placé, dans ces mémoires, au dessus des faiblesses humaines. S'il n'est pas toujours véridique, ce n'est pas pour falsifier les faits à son avantage; c'est parce qu'il n'a pas pris assez de précautions pour s'en assurer; c'est parce qu'il a cru, peut-être avec trop de confiance, les rapports de ses lieutenans. On a reconnu ou cru reconnaître des lacunes dans ses mémoires. Qui est-ce qui peut se flatter d'avoir tout dit? Ses Commentaires sont l'œuvre d'un esprit plein de sagacité et de sagesse. Là, il est tout ensemble clair et précis. Il force, par la vivacité de sa narration, le lecteur à le suivre dans ses expéditions militaires, en Égypte, en Italie, en Grèce, en Espagne, dans les Gaules, dans l'Asie, dans l'Afrique. Cicéron s'exprime ainsi sur cet ouvrage : «< Les Commentaires de César sont simples, clairs, élégans. L'auteur a dépouillé son style d'ornemens, comme on rejette un vêtement inutile. Il n'a eu que la prétention de laisser des matériaux à ceux qui voudront écrire l'his

On doit le huitième livre de la Guerre des Gaules à Hirtius Pansa, qu'on croit avoir été l'un des secrétaires de César, son lieutenant dans cette guerre, et qui périt, un an après lui, à la bataille de Modène. Hirtius a fait aussi un livre de la guerre d'Afrique, de celle d'Alexandrie et de celle d'Espagne.

LAYA.

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toire. C'est un piège qu'il a tendu aux insensés qui chercheront à le parer de colifichets d'emprunt : mais, bien sûrement, il a ôté aux hommes de bons sens le courage d'écrire après lui 1. »

César avait la taille élevée, le visage arrondi, le teint presque pâle, l'œil noir et vif, le regard scrutateur et pénétrant. Son tempérament robuste s'était fait à braver toutes les variations de l'air seulement, vers ses dernières années, il eut des intermittences de faiblesse et quelques atteintes d'épilepsie. Sa mise était soignée jusqu'à la coquetterie; sa robe, garnie de franges flottantes, se nouait par une ceinture élégante qui retombait avec une apparente négligence, pleine de recherche. Il n'affectait peut-être ce désordre que pour donner le change aux méfiances de Sylla, qui ne fut pas dupe de la ruse. « Je n'aime pas ce jeune homme à ceinture lâche, » avait dit le dictateur.

Les plus grands hommes ont leurs petitesses. Comme il était chauve, il s'étudiait à ramener sur son front nu ses cheveux de derrière; et, plus tard, la coiffure de lauriers que portaient les dictateurs l'affranchit de ce soin minutieux. Ami du luxe et de la magnificence, il recherchait, avec l'inquiète curiosité d'un parvenu, les bijoux, les tableaux précieux, les statues rares, et celles qui

Les commentaires appartiennent à l'éloquence tempérée. Cependant, un critique allemand, en 1720 (dit Blair), a choisi cet ouvrage comme un parfait modèle de sublime, et a composé un volume in-4° tout exprès pour démontrer que les commentaires contiennent l'application la plus exacte et la plus complète de toutes les règles du sublime, telles que Longin les a tracées.

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