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le monde, et que cette idée est l'idée de l'infini, que l'infini seul peut produire'?

La liberté humaine, étudiée dans son fond, nous mène droit à la conception de l'infini. Qu'est-ce que la liberté? Le pouvoir de faire ou de ne pas faire. C'est par elle qu'au lieu d'être menés, comme le reste du monde, nous sommes maîtres et responsables de nos destinées : grand privilége, qui nous soumet le présent, et nous répond de l'avenir. Cependant cette liberté peut-elle subsister sans règle? La liberté sans règle ne grandit pas celui qui la possède : elle le dégrade. Seuls dans le monde, nous n'aurions pas de loi : nous ne serions qu'une chose vaine et légère, indifférente à l'ordre et au plan de l'univers. La liberté ne nous est

pas
donnée

pour traire à la loi, mais pour lui obéir en connaissance de cause. Voilà sa force et la nôtre. Livrée à ellemême, elle nous détruit; soumise à une loi et à une loi immuabble, elle est l'instrument et la marque de notre grandeur. Quelle est cette loi ? D'où vient-elle? Du monde, étranger à la liberté, mobile, et soumis lui-même à des lois nécessaires ? Non, la loi morale ne vient ni de moi , ni de la société, ni du monde. Elle était avant moi, et subsistera après moi. Je puis la violer, non la détruire. La société humaine a beau

nous Sous

1. «Insinuavit nobis Christus animam humanam et mentem ra« tionalem non vegetari, non beatificari, non illuminari, nisi ab « ipsa substantia Dei, » D. Augustinus, In Joann., tract. 23.

la méconnaître, la nier, la détester; ce monde détruit, le monde qui viendrait à naître obéirait encore à la loi morale. La liberté est mobile, mais la justice est absolue. Nos sentiments, nos actions, nos pensées sont éphémères; mais le beau, le bien et le vrai sont éternels.

Ainsi la psychologie, la logique, la morale ramènent partout la pensée de l'infini. Elles y tendent sans cesse, par toutes leurs analyses, par toutes leurs théories. Elles se viennent l'une à l'autre en aide pour cette cuvre commune, qui fait leur unité

par l'unité d'origine et de but. On peut presque définir la philosophie de toutes ses branches, une méthode pour aller à l'infini par l'étude du fini.

Voilà, en bref, non une démonstration de l'existence de Dieu, mais une indication de la manière dont il faut conduire la philosophie, pour que la science tout entière devienne une démonstration irréfutable de l'existence de Dieu. Il faut reprendre la science à son origine, et dès le premier mot, sans relâche, à chaque principe, à chaque observation, montrer l'infini qui se dévoile , qui tantôt fait naître tous les amours de l'amour qu'il nous inspire, tantôt donne une règle à nos jugements, un idéal à notre imagination, une étoile à notre volonté. Dieu est la pierre angulaire, qui ne peut être ébranlée sans entraîner l'édifice, et dont, par une conséquence nécessaire, la solidité de l'édifice fonde et prouve l'iné

branlable et suprême solidité. Qu'on ne se plaigne pas de la longueur du chemin, car on n'aurait pas perdu son temps, quand même on devrait y consumer toute sa vie. C'est notre carrière ; tout le reste n'est qu'épisodes. Heureux celui qui croit en Dieu sans tant de raisonnements, comme par une grâce naturelle, et qui ne cherche dans la science que la confirmation de sa foi ! Mais pour celui qui doute, il ne faut pas

le renvoyer à deux ou trois syllogismes. On raconte de Diderot qu'il entendit un jour exposer les preuves de l'existence de Dieu dont on se contente dans l'École, qu'il en fut ravi, et que, dans la ferveur de son enthousiasme, il chercha partout un philosophe son ami, pour lui faire partager sa foi nouvelle. Il le rencontre dans une imprimerie , le met sur l'existence de Dieu, développe ses raisonnements avec l'emportement de zèle qui le caractérise en toutes choses, et trouve une âme fermée à la conviction. Diderot insiste, essaye de parler au cour, la passion s'en mêle; il croit son ami perdu par cet athéisme, il se représente son malheur sous les couleurs les plus vives, et le conjure avec larmes de se convertir. L'autre reste impassible, reprend tous ses raisonnements, les réfute, les raille, rend d'abord le sangfroid à Diderot, et finit par détruire tout son feu et toute sa croyance. L'apostolat de Diderot n'avait duré qu'une heure. Il n'avait pas fallu plus de temps pour détruire sa foi que pour la faire naître , et il sortit de la plus incrédule que jamais. Si cette

anecdocte est vraie, elle ne prouve pas que les démonstrations de l'École soient mauvaises, mais elle nous apprend à ne pas faire un grand fond sur ces conversions subites, et à juger ce qu'il faut attendre d'une croyance isolée qui n'a que quelques raisonnements pour lutter contre les obscurités et les défaillances de la pensée, contre les mille objections des incrédules, contre les difficultés de la vie et les appréhensions de la mort. Celui-là a une croyance véritable, qui s'est accoutumé à vivre avec Dieu par le cæur et par la pensée, à le retrouver au bout de toutes ses recherches, à le mettre dans toutes ses espérances. N'acceptons qu'une démonstration de l'existence de Dieu tellement forte et tellement rattachée à toutes nos croyances qu'elle ne puisse disparaître de notre esprit, sans y laisser après elle la solitude et le désespoir.

CHAPITRE II.

DE L’INCOMPRÉHENSIBILITÉ DE DIEU.

« Il est de la nature de l'infini que moi, qui suis fini et borné, ne le puisse comprendre. » Descartes, Cinquième Méditation.

« Il répugne que je comprenne quelque chose, et que ce que je comprends soit infini; car pour avoir une idée vraie de l'infini, il ne doit en aucune façon étre compris, d'autant que l'incompréhensibilité même est contenue dans la raison formelle de l'infini, » - - Descartes, Réponse aux cinquièmes objections. Sur la troisième Méditation, S 3.

« Le monde intellecluel, sans en excepter la géométrie, est plein de vérités incompréhensibles et pourtant incontestables, parce que la raison qui les démontre existantes ne peut les toucher, pour ainsi dire, à travers les bornes qui l'arrêtent, mais seulement les apercevoir. Tel est le dogme de l'existence de Dieu.» – J. J. Rousseau, Lettre à d'Alembert sur l'article GENÈVE.

Le premier besoin de la pensée, après avoir constaté que Dieu existe, c'est de chercher quels sont ses attributs.

Les démonstrations dont nous nous sommes servis pour établir l'existence de Dieu nous apprennent qu'il est la cause du monde; il est donc intelligent et puissant. Elles nous apprennent qu'il est parfait; il a donc, à un degré excellent, l'intelligence et la

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