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qu'il est sans défaut, et que par conséquent il est un. Ce ne sont pas les panthéistes seuls, ce sont tous les déistes qui insistent sur l'unité de Dieu; et ils la prouvent, non-seulement parce qu'un seul Dieu est nécessaire, non-seulement parce que l'harmonie du monde suppose un gouvernement unique, mais encore parce que la coexistence de deux êtres parfaits implique contradiction. En effet, chacun d'eux manque à l'autre, de sorte que ni l'un ni l'autre n'est parfait. Il est clair qu'on peut concevoir par la pensée que l'être d’un des deux s'accroisse de tout l'être de l'autre : on pourrait donc concevoir un parfait plus parfait que le parfait, hypothèse absurde. Ainsi Dieu est un, du commun accord de tous les rationalistes.

Mais, pour les mêmes raisons, il doit être seul. En d'autres termes, il ne suffit pas qu'il n'y ait qu'un Dieu, il faut qu'il n'y ait qu'un être. Pour le proliver, c'est-à-dire pour prouver le

panthéisme, il n'y a qu'à reprendre le raisonnement par lequel les partisans de la création démontrent tous les jours que Dieu est un. Puisqu'il ne peut rien y avoir hors de lui qu'on puisse par la pensée ajouter à son être, qu'importe que vous placiez en dehors de lui un Dieu ou un ciron ? Il est absurde de nier qu'il puisse être limité, et d'affirmer en même temps qu'il l'est. Quelle que soit la limite, il n'est plus l'infini, si elle existe. Il n'y a, dites-vous, que Dieu et un ciron ? Il n'y a donc pas de Dieu; car la réalité de ce ciron peut être ajoutée par la pensée à la réalité, et, pour

ainsi parler, à la totalité de Dieu. Entre ce Dieu limité par un atome, et le Dieu parfait que rien ne limite, il y a un abîme.

C'est l'argument des éléates; ils disaient: « Ou Dieu est tout, ou il n'est pas; car s'il y a quelque réalité hors de lui, cette réalité manque à sa perfection. »

Une troisième objection se tire, non de la nature métaphysique de Dieu, mais de sa nature intellectuelle et morale.

Si Dieu a fait le monde, il l'a fait par force ou librement. Il répugne à l'hypothèse de la création que Dieu ait été contraint de créer, car cette production nécessaire au producteur a bien l'air de n'être pas séparée de lui. Et d'ailleurs, si le monde est non-seulement distinct, mais séparé de Dieu, d'où peut venir la nécessité qui force Dieu à produire le monde ? Il n'y a pas en dehors de Dieu de puissance qui agisse sur lui; il faut donc dire qu'il est dans sa nature de produire une œuvre extérieure et étrangère à son existence : c'est tomber dans l’absurde. Ainsi Dieu a créé librement; en d'autres termes, il a créé parce qu'il a voulu créer. Mais ici les difficultés, ou plutôt les impossibilités, sont innombrables.

Regardons d'abord l'acte même de vouloir. Cet acte, qui a pour effet un monde fini et limité, n'estil pas

lui-même une détermination et par conséquent une limite de la nature de Dieu ? Il semble que l'acte

il est

de Dieu ne puisse être qu'infini , et avoir pour objet l'infipi.

Cette volonté du Dieu éternel, est-elle éternelle comme lui? Il le faut bien, pour qu'il n'y ait pas deux dieux, ou, ce qui revient au même, pour qu'il n'y ait pas de différence en Dieu. A cause de son éternité, il n'y a pas en Dieu d'avant et d'après : il est au-dessus du temps; et, à cause de sa perfection, il n'y a pas en lui un état et un autre état éternellement semblable et identique à lui-même. Si donc il a voulu, c'est de toute éternité : sa volonté, comme son être, ne peut avoir ni commencement ni fin.

Maintenant, cette volonté continue et éternelle est-elle éternellement et continûment efficace ? Sans doute : car, si son efficacité n'est pas immédiate, le temps, que nous avons chassé de la volonté divine, s'introduit dans la puissance divine, et l'éternité disparaît. En outre, il ne se peut pas que Dieu veuille inutilement. Vouloir inutilement est le caractère propre de l'impuissance. Et qui donc rendrait sa volonté inefficace ? Il n'y a rien , hors de lui, qui puisse lui faire obstacle, puisque, d'après l'hypothèse, il n'y a hors de lui que son œuvre même. Le néant ne peut pas lutter contre Dieu. Concluons

que le monde n'a pas commencé et ne finira pas.

Mais cette conclusion est aussi redoutable pour le dogme de la création , que l'hypothèse de la fatalité divine. Dès que l'éternité est attribuée au monde,

l'idée de l'éternité s'obscurcit et se trouble. Le monde est mobile, donc périssable. N'est-ce pas une dérision de la logique, que l'on ne puisse supposer le monde créé sans affirmer qu'il est éternel?

Pourquoi a-t-on besoin du dogme de la création ? C'est pour mettre absolument en dehors de Dieu les imperfections du monde. Mais qu'importe que cet imparfait soit en dehors de Dieu, s'il est l'æuvre nécessaire de Dieu, et s'il lui est coéternel en vertu de la nature même de Dieu ? N'est-ce pas être imparfait, que d'être condamné à produire éternellement l'imparfait?

Се que nous venons de dire du temps, disons-le sur-le-champ de l'espace. Les mêmes raisons qui obligent le monde à être éternel , l'obligent à être sans limites. L'efficacité de la puissance divine ne peut être bornée ni à un lieu ni à un moment. Ainsi le monde est infini dans le temps et dans l'espace. Aussitôt que cette conséquence apparaît, notre esprit est obligé d'avouer qu'il se fourvoie ; car il n'y a pas d'espace infini, d'étendue infipie, de divisibilité indivisible. Les partisans de la création prouvent contre les athées, que le monde n'est infini ni dans le temps ni dans l'espace : qu'ils . choisissent de renoncer à cet argument, ou à la toute-puissance divine.

Effaçons ces difficultés, et supposons-les résolues : en voici d'autres. Si Dieu a voulu le monde, il l'a souhaité. Vouloir, c'est produire un acte avec con

naissance de cause, et pour un motif. Pourquoi Dieu a-t-il souhaité le monde? Il est impossible qu'il l'ait souhaité; car il ne peut rien souhaiter, étant parfait : rien ne lui manque. Non-seulement il ne peut souhaiter ; mais, s'il souhaitait, son désir pourrait-il se porter sur l'imperfection ? Tout être qui désire un être inférieur se dégrade. Dieu ne peut aimer et souhaiter que la perfection; il ne peut souhaiter le monde, il ne peut donc le vouloir, et il n'a pas pu le créer.

Ce souhait impossible, s'il était, serait éternel. Ainsi le désir de Dieu serait inefficace comme sa volonté, à moins que le monde ne soit éternel. L'inefficacité de la volonté, c'est l'impuissance; l'inefficacité du désir, c'est le malheur. Il faut se résoudre à ces impiétés, ou confesser de nouveau l'éternité du monde.

Mais les arguments qui prouvent l'éternité et l'infinité du monde, ne prouvent-ils pas encore autre chose ? N'y a-t-il de limites que dans l'espace et dans la durée, et n'y en a-t-il pas aussi dans l'essence même de l’être? L'acte qui produit une série finie est fini; l'acte qui produit une série infinie d’êtres finis, n'est-il pas lui-même fini? Si le monde est créé, le monde est parfait. Mais, s'il est parfait, pourquoi la création? et pourquoi Dieu ?

Non, le monde n'est pas parfait, suivant les partisans de la création; il n'est pas éternel, il n'est pas infini : ce sont des conséquences qu'ils n'admet

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