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LA

RELIGION NATURELLE

PAR

JULES SIMON

DEUXIÈME ÉDITION

PARIS

LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie

RUE PIERRE-SARRAZIN, N° 14

(Près de l'Ecole de médecine)

1856

Droit de traduction réservé

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PRÉFACE.

La nature, la société, notre conscience nous parlent de Dieu à chaque instant.

Quel est ce Dieu dont la pensée nous revient sans cesse ? Est-ce un Dieu indifférent, solitaire, étranger au monde qu'il a produit? A-t-il besoin de nos respects et de nos prières ? Nous a-t-il donné une loi et soumis à une épreuve ? Nous réserve-t-il une autre vie après celle que nous traversons ? A mesure que nous avançons dans la vie, nos parents, nos amis, tombent à côté de nous. On rend leurs corps à la terre : mais leurs âmes, où vont-elles ? Sommesnous à jamais séparés de nos morts ? N'y a-t-il rien au delà du tombeau ?

La religion chrétienne a une réponse pour toutes ces questions. Elle enseigne à l'homme son origine, sa règle et sa fin; c'est-à-dire tout ce qui lui est nécessaire pour la direction et la consolation de la vie.

Il y a des esprits, en grand nombre, qui se reposent avec bonheur dans cette clarté, dans cette sécurité de la foi révélée; mais il en est d'autres qui ne sauraient admettre le principe de la révélation, ou qui, ne pouvant croire à toutes les vérités enseignées par l'Église, et comprenant qu'on ne fait pas sa part à la parole de Dieu, et qu'il faut l'accepter ou la rejeter tout entière, se sentent obligés de renoncer à la religion positive, et se livrent sans

réserve à la philosophie. Ces esprits religieux, mais qui ne reconnaissent d'autre autorité que la raison, ne trouveront-ils pas en elle ce qu'ils lui demandent? L'humanité est-elle placée sans autre ressource entre la révélation et le scepticisme? N'y a-t-il rien en dehors de la foi révélée, qui puisse rattacher la terre au ciel?

Je sais que la religion naturelle est souvent traitée de chimère, et qu'on s'exagère l'impuissance de la philosophie en voyant dans l'histoire tant de vaines disputes, tant de systèmes tour à tour florissants et abattus; mais de grandes vérités s'élèvent du sein de cet amas d'erreurs, comme un arbre vigoureux croît au milieu des ruines. C'est mal connaître l'histoire de la pensée, que de croire que Platon, Aristote, Descartes, Leibnitz, ont laissé en mourant la philosophie au point où ils l'avaient prise. La religion naturelle n'est pas un système; elle n'est attachée à aucune école; elle se compose de deux ou trois dogmes aussi simples que sublimes, légués au sens commun par la science de tous les siècles.

On a fait un grand nombre de démonstrations de l'existence de Dieu, la plupart irréfutables. Sont-elles utiles ? On peut en douter. Dans le fond, il y a bien peu d'athées, si même il y en a. On oublie Dieu, on se fait de lui des idées fausses, mais on ne peut le nier. Il suffit d'ouvrir les yeux; le monde parle, ou mieux encore, il suffit de penser; car notre raison, en se développant, s'élève vers Dieu comme par une force invincible. A défaut de ma raison, mon cæur est tout plein de lui. Je ne puis souffrir, je ne puis être heureux, sans retrouver en moi le sentiment de sa présence. Il est mon soutien et mon espoir, le fondement de ma raison, l'étoile de mon amour et de ma volonté. Mais si je le connais par ses bienfaits, et par ses promesses, je ne puis le connaître dans son essence même. La nature de l'infini échappe à mon intelligence impar

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