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dans le premier chapitre de tout son ouvrage, que l'idée d'un objet était la même chose que la perception de cet objet, il nous en donne ici tout une autre notion. Car ce n'est plus la perception des corps qu'il en appelle l'idée; mais c'est un certain être représentatif des corps qu'il prétend être nécessaire pour suppléer à l'absence des corps qui ne se peuvent unir intimement à l'âme comme cet étre représentatif qui, pour cette raison, est l'objet immédiat et le plus proche de l'esprit quand il aperçoit quelque chose. Il ne dit pas qu'il est dans l'esprit, et qu'il en est une modification comme il devait dire s'il n'avait entendu par là que la perception de l'objet, mais seulement qu'il est le plus proche de l'esprit, parce qu'il regarde cet étre représentatif comme réellement distingué de notre esprit aussi bien que de l'objet.

Cela se voit encore en ce qu'il dit dans la parole suivante : que l'âme et tout ce qui est dans l'âme, comme ses pensées et ses manières de penser, se voit sans idées, ce qui serait une contradiction visible si, par l'idée d'un objet, on n'entendait autre chose que la perception de cet objet. Car ce serait dire que l'àme s'aperçoit sans s'apercevoir et qu'elle se connaît sans se connaître. Il est donc clair qu'il a voulu marquer par là qu'afin que l'âme se connaisse, elle n'a pas besoin d'un étre représentatif qui supplée à son absence, parce qu'elle est toujours présente à soi-même.

Enfin, ce qu'il dit à la fin du chapitre montre assez que ce qu'il entend par ce mot d'idée en cet endroit ne peut être la perception de l'objet, mais un étre représentatif qui tient la place de l'objet dans la connaissance des choses matérielles, à cause qu'elles sont absentes, et que l'âme ne peut voir que ce qui lui est présent.

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« Je parle principalement ici des choses matérielles, qui <«< certainement ne peuvent s'unir à notre âme de la façon qui « est nécessaire, afin qu'elle les aperçoive; parce qu'étant

'Liv. III, part. 11, chap. 1er, p. 150.

<«< étendues, et l'àme ne l'étant pas, il n'y a point de pro<< portion entre elles. Outre que nos âmes ne sortent point du <«< corps pour mesurer la grandeur des cieux, et par consé«<quent elles ne peuvent voir les corps de dehors que par <«< des idées qui les représentent ; c'est de quoi tout le monde « doit tomber d'accord. » On ne pourrait parler avec plus de confiance quand on n'aurait à proposer que des choses aussi claires que des axiomes de géométrie. Aussi, poursuit-il du même ton:

<«< Nous assurons donc qu'il est absolument nécessaire que « les idées que nous avons des corps et de tous les autres <«< objets que nous n'apercevons point par eux-mêmes, vien« nent de ces mêmes corps et de ces objets, ou bien que << notre âme ait la puissance de produire ces idées, ou que «< Dieu les ait produites avec elle en la créant, ou qu'il les << produise toutes les fois qu'on pense à quelque objet, ou « que l'âme ait en elle-même toutes les perfections qu'elle << voit dans ces corps, ou enfin qu'elle soit unie avec un ètre <«< tout parfait, et qui renferme généralement toutes les per«fections des êtres créés. »>

Si ces prétendus êtres représentatifs des corps n'étaient pas de pures chimères, j'avouerais sans peine qu'il faudrait qu'ils se trouvassent dans notre âme par quelqu'une de ces cinq manières. Mais comme je suis persuadé qu'il n'y a rien de plus chimérique, j'ai le dernier étonnement de ce que notre ami, qui a détruit tant d'autres chimères semblables, ait pu donner dans celle-ci.

La conclusion a le même air de confiance, mais accompagnée de quelques termes modestes, dont ne laissent pas de se servir ceux qui sont le plus persuadés qu'ils n'avancent rien qui ne soit de la dernière clarté.

<«< Nous ne saurions voir les objets qu'en l'une de ces « manières. Examinons quelle est celle qui semble la plus << vraisemblable de toutes, sans préoccupation et sans nous « effrayer de la difficulté de cette question; peut-être que

<< nous la résoudrons assez clairement, quoique nous ne << prétendions pas donner ici des démonstrations incon<< testables pour toutes sortes de personnes, mais seule«< ment des preuves très-convaincantes pour ceux au moins <«< qui les méditeront avec une attention sérieuse; car on « passerait peut-être pour téméraire si l'on parlait autre

<< ment. >>

Et moi, Monsieur, je ne crains point de passer pour téméraire en vous disant deux choses: l'une, que ces idées, prises pour des êtres représentatifs distingués des perceptions, n'étant point nécessaires à notre âme pour voir les corps, il n'est par conséquent nullement nécessaire qu'elles soient en elle par aucune de ces cinq manières; l'autre, que la moins vraisemblable de toutes ces manières, et par laquelle on peut le moins expliquer comment notre âme voit les corps, est celle que notre ami a préférée à toutes les autres.

CHAPITRE V.

Que l'on peut prouver géométriquement la fausseté des idées, prises pour des êtres représentatifs. Définitions, axiomes, demandes pour servir de principes à ces démonstrations.

Je crois, Monsieur, pouvoir démontrer à notre ami la fausseté de ces étres représentatifs, pourvu qu'il se veuille rendre de bonne foi à ce qu'il a lui-même dit tant de fois, que l'on devait observer, pour trouver la vérité de la métaphysique, aussi bien que dans les autres sciences naturelles, qui est de ne recevoir pour vrai que ce qui est clair et évident, et de ne se point servir de prétendues entités, dont nous n'avons point d'idées claires, pour expliquer les effets de la nature, soit corporelle, soit spirituelle. Je tenterai même de le prouver par la méthode des géomètres :

DÉFINITIONS.

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4. J'appelle áme ou esprit la substance qui pense; 2. Penser, connaître, apercevoir, sont la même chose. 3. Je prends aussi pour la même chose l'idée d'un objet et la perception d'un objet. Je laisse à part s'il y a d'autres choses à qui on puisse donner le nom d'idée. Mais il est certain qu'il y a des idées prises en ce sens, et que ces idées sont ou des attributs ou des modifications de notre âme.

4. Je dis qu'un objet est présent à notre esprit quand notre esprit l'aperçoit et le connaît. Je laisse encore à examiner s'il y a une autre présence de l'objet préalable à la connaissance et qui soit nécessaire, afin qu'il soit en état d'être connu. Mais il est certain que la manière dont je dis qu'un objet est présent à l'esprit, quand il en est connu, est incontestable, et que c'est ce qui fait dire qu'une personne que nous aimons nous est souvent présente à l'esprit, parce que nous y pensons souvent.

5. Je dis qu'une chose est objectivement dans mon esprit quand je la conçois. Quand je conçois le soleil, un carré, un son le soleil, le carré, ce son, sont objectivement dans mon esprit, soit qu'ils soient ou qu'ils ne soient hors de mon esprit.

6. J'ai dit que je prenais pour la même chose la perception et l'idée. Il faut néanmoins remarquer que cette chose, quoique unique, a deux rapports: l'un à l'âme qu'elle modifie, l'autre à la chose aperçue, en tant qu'elle est objectivement dans l'âme, et que le mot de perception marque plus directement le premier rapport, et celui d'idée le dernier. Ainsi la perception d'un carré marque plus directement mon âme comme apercevant un carré; et l'idée d'un carré marque plus directement le carré, en tant qu'il est objectivement dans mon esprit. Cette remarque est très-importante pour résoudre beaucoup de difficultés, qui ne sont fondées que sur ce qu'on ne comprend pas assez que ce ne sont point

deux entités différentes, mais une même modification de notre âme qui enferme essentiellement ces deux rapports, puisque je ne puis avoir de perception qui ne soit tout ensemble la perception de mon esprit comme apercevant, et la perception de quelque chose comme aperçue; et que rien aussi ne peut être objectivement dans mon esprit (qui est ce que j'appelle idée) que mon esprit ne l'aperçoive.

7. Ce que j'entends par les étres représentatifs, en tant que je les combats comme des entités superflues, ne sont que ceux que l'on s'imagine être réellement distingués des idées prises pour des perceptions; car je n'ai garde de combattre toutes sortes d'êtres ou de modalités représentatives; puisque je soutiens qu'il est clair, à quiconque fait réflexion sur ce qui se passe dans son esprit, que toutes nos perceptions sont des modalités essentiellement représentatives.

8. Quand on dit que nos idées et nos perceptions (car je prends cela pour la même chose) nous représentent les choses que nous concevons et en sont les images, c'est dans un tout autre sens que lorsqu'on dit que les tableaux représentent leurs originaux et en sont les images, ou que les paroles prononcées ou écrites sont les images de nos pensées ; car au regard des idées cela veut dire que les choses que nous concevons sont objectivement dans notre esprit et dans notre pensée. Or cette manière d'être objectivement dans l'esprit est si particulière à l'esprit et à la pensée, comme étant ce qui en fait particulièrement la nature, qu'en vain on chercherait rien de semblable en tout ce qui n'est pas esprit et pensée. Et c'est, comme j'ai déjà remarqué, ce qui a brouillé toute cette matière des idées, de ce qu'on a voulu expliquer, par des comparaisons prises des choses corporelles, la manière dont les objets sont représentés par nos idées, quoiqu'il ne puisse y avoir sur cela aucun vrai rapport entre les corps et les esprits.

9. Quand je dis que l'idée est la même chose que la perception, j'entends par la perception tout ce que mon esprit conçoit, soit par la première appréhension qu'il a des choses,

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