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saient des observations lumineuses, partout ils ouvraient de nouvelles perspectives, et donnaient de quoi penser à tous

à les siècles. C'était aussi la manière d'écrire des anciens. La moitié de Plutarque, la moitié de Xénophon, et Cicéron tout entier consistent en traités de ce genre. Ils ne faisaient point d'in-folios. L'écrivain le plus fécond de l'antiquité, Aristote, en a fait quatre, mais ils sont entièrement composés de petits écrits. On trouverait un grand nombre d'exemples pareils dans l'histoire du moyen âge. »

Il n'y a donc

pas

lieu de s'excuser de donner au public de petits écrits, kleine Schriften, comme disent les Allemands: la gravité du fond importe surtout. Le choix de la forme est abandonné à l'artiste et à l'écrivain dont le devoir est de discerner au milieu des circonstances qui les

pressent quelles issues plus heureuses peuvent trouver les idées. Tantôt il est opportun de descendre avec fermeté dans l'arène de la polémique; tantôt il est nécessaire de donner à la pensée une consistance synthétique, une physionomie calme, et de la poser sur sa base avec une confiance inaltérable dans le temps et l’avenir.

La manière dont un homme écrit ou parle, voilà son individualité, sa vie, son droit; le droit de la société commence au jugement du fond. Que dit cet homme? que veut-il? vient-il m'instruire et me consoler, m'abattre ou me corrompre? Sortirai-je de ses harangues plus fort et mieux trempé ? ou bien ses discours seront-ils pour moi comme la lyre perfide que les Perses vainqueurs mirent aux mains des Lydiens qu'ils désiraient amollir?

Le monde ne veut pas être flatté, mais il veut être compris; et c'est dans cette intelligence que les hommes et les nations puisent la vie.

Si l'humanité était sans passions, si elle ignorait l'empire des influences extérieures, elle n'aurait qu'à fournir une évolution directe, et il ne serait pas si difficile de reconnaître la loi de cette force simple et toujours constante.

Si au contraire elle n'avait que des instincts et des affections sensibles, des passions et point de principes, il serait inutile de chercher la loi de ses aventures et de ses accidents.

L'humanité n'a ni la marche toujours harmonique d'un astre, ni les fantaisies d'un enfant; elle a des passions, mais aussi des idées; elle est livrée aux emportements

a

de ses affections et des forces qui l'assiégent, mais elle reconnaît aussi les lois de

, la pensée et de la logique.

Ceux qui ne voient dans les affaires humaines que le jeu des passions et des circonstances extérieures tombent nécessairement dans le scepticisme : l'histoire les désespère ou les divertit. selon leur humeur; mais elle ne peut ni les convaincre, ni les exalter, ni les soutenir.

Ceux qui au contraire ne sont préoccupés que de la loi nécessaire et cherchent pour ainsi dire à deviner d'un seul coup le secret de la mécanique sociale, rompent violeminent avec le passé, car ils estiment que jusqu'à eux l'humanité s'est grossièrement abusée; pour eux l'histoire est un scandale, une folie.

L'idéalisme social que nous concevons

échappe à ces deux contresens; d'une part il reconnaît dans les choses humaines la présence d'une nécessité divine, et de l'autre il ne confond pas la vérité géométrique et la vérité morale.

L'opinion irréfléchie qui bannit de l'histoire les lois générales n'a guère besoin aujourd'hui de réfutation; mais la confusion de la vérité géométrique et de la vérité morale est plus dangereuse, car elle fausse et pervertit de nobles efforts.

Dans l'ordre géométrique tout se démontre, parce que tout se calcule et se mesure, et la science produit une certitude qui porte toujours avec elle sa démonstration.

Dans l'ordre moral l'esprit conçoit, il induit, il croit, et la science produit une

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