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appartiennent entiérement à la premiere époque, à celle de la vieille comédie. Eupolis, Cratinus et lui sont les trois auteurs les plus célebres qui aient travaillé dans ce genre. Leurs écrits furent connus des Romains, comme le prouve le témoignage d'Horace. ils ne sont pas venus jusqu'a nous, non plus que ceux des auteurs qui s'exercerent dans les deux autres genres : on sait seulement qu'ils furent en très-grand nombre. Le seul Aristophane est échappé, du moins en partie, à ce naufrage général. On ne sait rien de sa personne, si ce n'est qu'il n'était pas né à Athenes; ce qui releve chez lui le mérite de cet atticisme que les Anciens lui accordent généralement, c'est-à-dire, de cette pureté de diction, de cette élégance qui était particuliere aux Athéniens, et qui faisait que Platon même , le disciple de Socrate, trouvait tant de plaisir à la lecture d'Aristophane. Sans doute il en faut croire les Grecs sur ce point, et surtout Platon, si bon juge en cette matiere ., et si peu suspect de partialité en faveur de l'ennemi de son maître. Mais en mettant à part ce mérite à peu près perdu pour nous, parce que les grâces du langage familier sont les moins sensibles de toutes dans une langue morte, il est difficile d'ailleurs, eu lisant cet auteur, de n'être pas de l'avis de Plutarque, qui s'exprime ainsi dans un parallele de Ménandre et d'Aristophane.

<< Ménandre sait adapter son style et propor» tionner son ton à tous les rôles, sans négliger » le comique, mais sans l'outrer. Il ne perd ja» mais de vue la Nature, et la souplesse et la » flexibilité de son expression ne saurait être » surpassée. On peut dire qu'elle est toujours » égale à elle même, et toujours différente sui» vant le besoin; semblable a une eau limpide » qui, courant entre des rives inégales et torJi tueuses, en prend toutes les formes sans rien » perdre de sa pureté. Il écrit en homme d'es» prit, en homme de bonne société; il est fait » pour être lu, représenté, appris par cœur, » .pour plaire en tous lieux et en tous tems, et >* l'on n'est pas surpris, en lisant ces pieces, » qu'il ait passé pour l'homme de son siecle qui » s'exprimait avec le plus d'agrément, soit dans » la conversation, soit par écrit. »

Un pareil éloge doit augmenter nos regrets snr la perte totale des pieces de cet auteur; et ce qui confirme le jugement de Plutarque, c'est que tous ces caracteres sont précisément ceux de Térence, qui avait pris Méuandre pour son modele. Plutarque parle bien differemment d'A.-ristophane. « Il outre la Nature, et parle à la » populace plus qu'aux honnêtes gens: son style v est mêlé de disparates continuelles, élevé jus» qu'à l'enflure, familier jusqu'à la bassesse , » bouffon jusqu'à la puérilité. Chez lui l'on ne » peut distinguer le fils du pere, le citadin du » paysan, le guerrier du bourgeois, le dieu du » valet. Son impudence ne peut être supportée » que par le bas peuple; son sel est amer, acre, « cuisant; sa plaisanterie roule presque toujours » sur des jeux de mots, sur des équivoques gros» sieres, sur des allusions entortillées et licen» cieuses. Chez lui la finesse devient malignité, » la naïveté devient bêtise; ses railleries sont » plus dignes d'être sifOées, qu'elles ne sont ca3> pables de faire rire; sa gaîté n'est qu'effron» terre ; enfin, il n'écrit pas pour plaire aux gens » sensés et honnêtes, mais pour flatter l'envie, » la méchanceté et la débauche. »

Quoi qu'en dise Brumoi, qui trouve ce jugement trop sévere, on ne peut nier que la lecture d'Aristophane ne justifie Plutarque dans tous les points. Le seul reproche qu'on puisse lui faire, c'est de n'avoir pas marqué l'espece de mérite qui se fait sentir à travers tant de défauts, et qui peut faire concevoir pourquoi cet auteur plaisait tant aux Athéniens^ J'avoue qu'il est extrêmement difficile d'en donner une idée; car, pour saisir l'esprit d'Aristophane, il faudrait avoir dans sa mémoire tous les faits, tous les détails de l'histoire de son tems, et connaître les principaux personnages d'Athenes, comme nous connaissons ceux de nos jours. Cette connaissance ne pouvant jamais être qu'imparfaite, à cause de l'éloignement des tems, il y a nécessairement une foule de traits dont l'a-propos doit nous échapper. Cependant ceux qui ont assez étudié la langue des Grecs et leur histoire pour lire Aristophane, en savent du moins assez pour en comprendre une bonne partie, et pour voir en quoi consistait son talent. Mais cette difficulté même en fait voir le faible, et nous apprend ce qui lui a manqué; car pourquoi est-il si mal-aisé de l'entendre, tandis que nous lisons avec délices les pieces de Térence, quoique nous n'ayions pas une connaissance plus particuliere deRomequed'Athenes? C'est qu'Aristophane n'a peint que des individus, et que Térence a peint l'homme; c'est que les pieces de l'un ne sont que des satyres personnelles ou politiques, des parodies, des allégories, toutes choses dont l'à-propos et l'intérêt tiennent au moment; celles de l'autre sont des comédies faites pour peindre des caracteres, des vices, des ridicules, des passions, qui varient à un certain point dans les formes extérieures, mais dont le fonds est le même dans tous les tems; c'est qu'en un mot Aristophane n'était qu'un satyrique, et que Térence, ainsi que Méuandre , était véritablement un comique. 11 y a entre eux la même différence qu'entre un mime et un eomédien, entre celui qui ne sait que contrefaire, et celui qui a le talent d'imiter. Et quelle distance il y a entre ces deux arts? Celui qui contrefait prend un masque; il ne peut vous amuser qu autant que vous connaissez le modele, encore ne vous amuse-t-il pas Iong-tems : celui qui sait imiter, vous présente un tableau qui peut plaire toujours, parce que le modele est là Rature, et que tout le monde en est juge. Allons plus loin, et comparons celui qui contrefait à

'«elui qui trace un portrait; c'est accorder beaucoup, car il y a encore bien loin de l'un à l'autre. Regarderai-je long-tems le portrait d'un homme que je n'ai jamais connu, d'un homme mort il y a cent ans, surtout si ce portrait n'est qu'une caricature,une fantaisie, un grotesque? Non, assurément; mais une peinture où je verrai des caracteres, des situations, del'ame, aura toujours de quoi m'attacher, quand même je n'aurais jamais connu un seul des personnages. Voilà le principe des beaux-arts. Je me suppose dans l'ancienne Rome , assistant à une piece de Térence. Dès l'ouverture je vois arriver un jeune homme agité, hors de lui, se promenant à grands pas: « Quel parti prendre? Irai-je ou n'irai-je » pas? Quoi ! je n'aurai jamais le cceurdepren3i dre une bonne fois ma résolution, de ne plus » souffrir les affronts, les caprices, les rebuts! » Elle m'a chassé, elle me rappelle, et j'irais! 3i Non, non, quand elle viendrait elle-même 3> m'en prier. » Je ne sais encore qui est-ce qui parle, mais je dis en moi-même : Voilà un jeune homme bien amoureux; je suis déjà intéressé et attentif, et j'entends, avec autant de facilité que de plaisir, le reste de la piece, qui est dans le même goût.

Je me transporte maintenant dans Athenes, et je me suppose, non pas un Français d'aujourd'hui , mais un habitant de quelque colonie grecque de l'Asie mineure , du tems de Périclès. Je suis venu pour la premiere fois, comme bien d'autres curieux, aux Panathenées, aux fêtes de Minerve, qui se célebrent tous les cinq ans. Je sais qu'on y donne des spectacles qui attirent toute la Grece, des tragédies de Sophocle et d'Euripide, des comédies d'Aristophane et d'Eupolis. Je me promets un grand plaisir; car les Athéniens passent pour de fins connaisseurs, et leurs poëtes ont une réputation prodigieuse. J'arrive justement pour voir VIphigénie d'Euripide. Je pleure, je suis enchanté, et je dis : Que les A théniens sont heureux d'avoir ce grand-homme! On annonce ensuite une piece d'Aristophane, qu'on appelle les Chevaliers, et je m'attends à bien rire. Je vois paraître deux esclaves , et j'entends dire : Ah ! voilà Démosthene, voilà Nicias. — Que dites-vous donc? Ce sont deux esclaves; ils en ont l'habit, et Démosthene et Nicias sont deux de vos généraux, de braves gens dont j'ai beaucoup entendu parler. — Oui, mais voyez ces masques : c'est la figure de Nicias et de Démosthene. — Mais pourquoi ces figures de généraux d'armée avec ces habits d'esclaves ? — C'est une allégorie. Vous allez voir. — Ah ! fort bien j mais j'étais venu voir une comédie , et je ne croyais pas avoir,à deviner des énigmes. La piece commence. Écoutons. ( Je traduis exactement , et non pas avec la réserve trompeuse de Brumoi, qui couvre une partie des turpitudes de son auteur.) « Démosthene. (ce n'est pasl'ora» teur. ) Hélas! hélas! malheureux que nous i> sommes! que le ciel confonde ce misérable » paphlagonienque notre maître a acheté depuis » peu, si mal-à-propos pour nous. ( A ce mot » depaphlagonien , de grands éclats de rire.) » Depuis que ce fléau est dans la maison, nous

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