Immagini della pagina
PDF
ePub

le devoir de l'orateur est tout entier dans ces trois conditions, instruire, toucher, plaire; qu'on se sert de l'exposition, des preuves et des argumens, pour instruire; que c'est par les mouvemens de l'ame qu'on parvient à toucher, et que ces mouvemens doivent animer toute la cause, mais dominer particulièrement dans l'exorde et dans la péroraison; que la condition de plaire, quoique liée aux choses et aux mots, réside plus spécialement dans l'élocution; qu'il y a des questions indéfinies et des questions définies, ces dernières se rapportant à des personnes, à des lieux, à des temps déterminés; que dans toute controverse, il y a ce triple examen à faire si une chose est? ce qu'elle est? quelle elle est? J'ai ajouté que le genre démonstratif consiste à louer ou à blâmer, qu'il faut envisager dans son sujet ce qu'a fait celui dont on parle, et ce qui a été fait après lui; que ce genre s'exerce sur l'honnête et l'utile; qu'à cela se joint, dans le genre déliberatif, une troisième considération tirée de la conjecture, savoir si ce dont on délibère peut ou pourra se faire. J'ai fait remarquer, à propos de ce genre, qu'il importait surtout de savoir qui parlait, auprès de qui et de quoi on délibérait.

:

Venant au genre judiciaire, j'ai fait voir qu'il y avait des causes qui ne comportaient qu'un point litigieux, d'autres qui en comportaient plusieurs, et que dans quelquesunes on n'avait à examiner que le droit même d'intenter une action ou celui de la repousser. Tout accusé, ai-je dit, repousse une accusation, soit en niant le crime qu'on lui impute, soit en niant la qualification qu'on lui donne, ou bien il cherche à le justifier, ou bien il le rejette sur autrui. Toute question tombe sur le fait ou sur le droit; si c'est sur le fait, on s'attache à ses probabilités, à son

sarum, tum actionum inspici soleat, quæque aut scripti et voluntatis, aut ratiocinativæ, aut ambiguitatis, aut legum contrariarum specie continetur.

In omni porro causa judiciali quinque esse partes, quarum exordio conciliari audientem, narratione causam proponi, confirmatione roborari, refutatione dissolvi, peroratione aut memoriam refici, aut animos moveri. His argumentandi et afficiendi locos, et quibus generibus concitari, placari, resolvi judices oporteret, adjecimus: accessit ratio divisionis : credere modo qui discet, velit, certam quamdam viam esse, in qua multa etiam sine doctrina præstare debeat per se ipsa natura, ut hæc, de quibus dixi, non tam inventa a præceptoribus, quam, quum fierent, observata esse videantur.

Plus exigunt laboris et curæ, quæ sequuntur : hinc enim jam elocutionis rationem tractabimus, partem operis, ut inter omnes oratores convenit, difficillimam: nam et M. Antonius, cujus supra habuimus mentionem, quum ait a se disertos visos esse multos, eloquentem autem neminem, diserto satis putat dicere quæ opor

caractère, à sa qualité; si c'est sur le droit, on s'en tient aux termes de la loi, ou l'on en scrute l'intention : et c'est que réside la constitution réelle tant des causes oratoires que des actions judiciaires, c'est là que se développent les quatre états de questions légales, qui se tirent, de la lettre et de l'esprit d'une loi, de l'induction ou syllogisme, des termes ambigus ou amphibologie, de la contradiction des lois, ou antinomie.

J'ai divisé le plaidoyer en cinq parties : l'exorde pour se concilier l'auditoire, la narration pour exposer les faits de la cause, la confirmation pour corroborer ses preuves, la réfutation pour détruire celles de son adversaire, et enfin la péroraison pour soulager la mémoire du juge, ou pour l'émouvoir. Fai indiqué les lieux d'où nous devons tirer nos argumens et nos mouvemens oratoires; j'ai montré par quels moyens on peut passionner ses juges, les calmer, exciter même leur hilarité. Enfin, j'ai tracé des règles pour distribuer toutes les parties d'un plaidoyer. Puissent les étudians se persuader qu'on peut arriver à un certain point où la nature doit faire beaucoup d'elle-même et sans le secours de la science, ensorte que les préceptes que j'ai donnés ne paraissent pas tant avoir été imaginés par les maîtres, que constatés par eux, à mesure que l'application s'en offrait.

Ce qui va suivre exige plus de travail et plus de soin, car nous allons traiter de ce qui a rapport à l'élocution la partie de l'art la plus difficile, au jugement de tous les orateurs. En effet, lorsque M. Antonius, dont nous avons déjà fait mention, dit qu'il a vu beaucoup d'hommes diserts, mais qu'il n'en a jamais connu un seul véritablement éloquent, c'est qu'il pense qu'il suffit, pour être disert, de s'exprimer comme il faut, mais qu'il n'est

teat; ornate autem dicere, proprium esse eloquentissimi. Quæ virtus si usque ad eum in nullo reperta est, ac ne in ipso quidem, aut L. Crasso; certum est et his et prioribus eam desideratam, quia difficillima fuit et Marcus Tullius inventionem quidem ac dispositionem prudentis hominis putat, eloquentiam oratoris. Ideoque præcipue circa præcepta partis hujus laboravit : quod eum merito fecisse, etiam ipso rei, de qua loquimur nomine, palam declaratur : eloqui enim hoc est, omnia quæ mente conceperis, promere, atque ad audientes perferre; sine quo supervacua sunt priora, et similia gladio condito, atque intra vaginam suam hærenti.

Hoc itaque maxime docetur; hoc nullus nisi arte assequi potest; huc studium adhibendum; hoc exercitatio petit, hoc imitatio; hic omnis ætas consumitur; hoc maxime orator oratore præstantior: hoc genera ipsa dicendi aliis alia potiora. Neque enim Asiani, aut quocunque alio genere corrupti, res non viderunt, aut eas non collocaverunt; neque, quos aridos vocamus, stulti, aut in causis cæci fuerunt; sed his judicium in eloquendo ac modus, illis vires defuerunt; ut appareat in hoc et vitium et virtutem esse dicendi.

Non ideo tamen sola est agenda cura verborum; oc

réservé qu'à l'homme doué de la véritable éloquence d'embellir et d'orner tout ce qu'il dit. Que si cette qualité ne s'est rencontrée jusqu'à lui chez personne, si luimême ne l'avait pas, ni Crassus non plus, on en doit conclure qu'on ne la regrette en eux et en ceux qui les ont précédés, que parce qu'elle est d'une extrême difficulté à acquérir. Cicéron estime aussi que l'invention et la disposition décèlent l'homme habile, mais que l'éloquence seule constitue l'orateur. Aussi s'est-il particulièrement appliqué aux préceptes qui concernent l'élocution, et ce nom nous dit assez qu'il a eu raison de le faire, car qu'est-ce que parler? c'est produire au dehors ce qu'on a conçu dans sa pensée, pour le communiquer à des auditeurs, et sans cette faculté, toute opération antérieure de l'esprit serait superflue et ressemblerait à un glaive soigneusement renfermé dans son fourreau.

Or c'est là surtout ce qui s'apprend et ce que l'art seul peut donner; c'est là que doivent se diriger toutes nos études, que doivent tendre l'exercice et l'imitation; voilà où se consume toute notre vie, voilà par où un orateur l'emporte sur ses rivaux et par où tel où tel genre d'éloquence se fait préférer à tel autre. Il ne faut pas croire que les Asiatiques ou ceux qui appartenaient à une mauvaise école, quelle qu'elle fût, n'aient pas su se rendre maîtres de leur sujet et en bien disposer toutes les parties; il ne faut pas croire que ceux que nous traitons d'orateurs froids et secs, aient été ineptes ou aveugles dans les affaires; non: mais les premiers ont été dépourvus de jugement et de mesure, les autres ont manqué de vigueur : ce qui prouve que c'est dans l'élocution que réside le défaut ou le mérite d'un orateur.

Qu'on se garde bien d'en inférer qu'on doive s'occu

« IndietroContinua »