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Les rochers en sont teints , les ronces dégouttantes
Portent de ses cheveux les dépouilles sanglantes.
J'arrive, je l'appelle ; et me tendant la main ,
Il ouvre un œil mourant qu'il referme soudain:
« Le ciel, dit-il, m'arrache une innocente vie.
« Prends soin, après ma mort, de la triste Aricie.
« Cher ami , si mon père, un jour désabusé,
M Plaint le malheur d'un fils faussement accusé ,
« Pour apaiser mon sang et mon ombre plaintive,
te Dis-lui qu'avec douceur il traite sa captive,
« Qu'il lui rende... » A ces mots, ce héros expira
Ti'a laissé dans mes bras qu'un corps défiguré;
Triste objet où des dieux triomphe la colère ,
£t que méconnaîtrait l'œil même de son père.

T H É s ÉE.
O mon fils! cher espoir que je me suis ravi t
Inexorables dieux qui m'avez trop servi!
A quels mortels regrets ma vie est réservée!

THÉRAMÈft'E.

La timide Aricie est alors arrivée.

Elle venait, Seigneur, fuyant votre courroux,

A la face des dieux l'accepter pour époux.

Elle approche; elle voit l'herbe rouge et fumante;

Elle voit ( quel objet pour les yeux d'une amante ! )

Hippolyte étendu, sans forme et sans couleur.

Elle veut quelque temps douter de son malheur;

Et ne connaissant plus ce héros qu'elle adore,

Êlle voit Hippolyte , et le demande encore.
Mais , trop sûre à la fin qu'il est devant ses yeux,
Par un triste regard elle accuse les dieux-;
Et froide, gémissante, et presqu'inanimée,
Aux pieds de son amant elle tombe pâmée.
Ismène est auprès d'elle ; Ismène, toute en pleurs,
La rappelle a la vie f ou plutôt aux douleurs.
Et moi, je suis venu, détestant la lumière,
Vous dire d'un héros la volonté dernière,
Et m'acquitter, Seigneur, du malheureux emploi
Dont son cœur expirant s'est reposé sur moi.
Mais j'aperçoi& venir sa mortelle ennemie.

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THÉ SÉE.

Hé bien! Tous triomphez, et mon fils est sans vie.
Ah! que j'ai lieu <Je craindre! et qu'un cruel soupçon
L'excusant dans mon cœur, m'alarme avec raison!
Mais, Madame, il est mort ; prenez voire victime:
Jouissez de sa perte, injuste ou légitime.
Je consens que mes yeux soient toujours abusés:
Jn le crois criminel, puisque vous l'acculez.

g.

Son trépas a mes pleurs offre assez de matières j
Sans que j'aille chercher d'odieuses lumières
Qui, ne pouvant le rendre à ma juste douleur,
Peut-être ne feraient qu'accroître mon malheur.
Laissez-moi , loin de vous et loin de ce rivage,
De mon fils déchiré fuir la sanglante image.
Confus, persécuté d'un mortel souvenir,
De l'univers entier je voudrais me bannir.
Tout semble s'élever contre mon injustice.
L'éclat de mon nom même augmente mon supplice:
Moins connu des mortels, je me cacherais mieux.
Je hais jusques aux soins dont m'honorent les dieu;
Et je m'en vais pleurer leurs faveurs meurtrières,
Sans plus les fatiguer d'inutiles prières.
Quoi qu'ils fissent pour moi, leur funeste bonté
Ne me saurait payer de ce qu'ils m'ont ôté.

P H È DRE.

Non, Thésée ; il faut rompre un injuste silence.
Il faut a votre fils rendre son innocence;
Il n'était point coupable.

THESE É.

Ah, père infortuné! Êt c'est sur votre foi que je l'ai condamné! Cruelle! pensez-vous être assez excusée

PHÈDRE.

Mes momens me sont chers : écoutez-moi, Thésée. C'est moi qui, sur ce fils chaste et respectueux.

Osai jeter un œil profane, incestueux.
Le ciel mit dans mon sein une flamme funeste:
La détestable OEnone a conduit tout le reste.
Elle a craint qu'Hippolyte, instruit de ma fureur,
Ne découvrît un feu qui lui faisait horreur.
La perfide , abusant de ma faiblesse extrême ,
S'est hâtée a vos yeux de l'accuser lui-même.
Elle s'en est punie ; et fuyant mon courroux ,
A cherché dans les flots un supplice trop doux.
Le fer aurait déja tranché ma destinée;
Mais je laissais gémir la vertu soupçonnée.
J'ai voulu, devant vous exposant mes remords,
Par un chemin plus lent descendre chez les morts.
J'ai pris , j'ai fait couler dans mes brûlantes veines
Un poison que Médée apporta dans Athènes.
Déja jusqu'a mon cœur le venin parvenu ,
Dans ce cœur expirant jette un froid inconnu.
Déja je ne vois plus qu'a travers un nuage ,
Et le ciel et l'époux que ma présence outrage;
Et la mort, a mes yeux dérobant la clarté ,
Rend au jour qu'ils souillaient toute sa pureté.

PAIÏOPE.
Elle expire, Seigneur!

THÉSÉE.

D'une action si noife, Qne ne peut avec elle expirer la mémoire! Allons, de mon erreur, hélas! trop éclaircis,

Mêler nos pleurs au sang de mon malheureux fils.
Allons de ce cher fils embrasser ce qui reste ,
Expier la fureur cfun vœu que je déteste.
Rendons-lui les honneurs qu'il a trop mérités;
Et, pour mieux apaiser ses mânes irrités ,
Que, malgré les complots d'une injuste famille ,
Son amante aujourd'hui me tienne lieu de fille.

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