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ESTHER,

TRAGÉDIE,

Composée en 1689 , et représentée sur le Théâtre Français en 17ai.

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PRÉFACE

DE L'AUTEUR.

La célèbre maison de Saint-Cyr ayant été principalement établie pour élever dans la piété un fortgrand nombre de jeunes demoiselles rassemblées de tous les endroits du royaume , on n'y a rien oublié de tout ce qui pouvait contribuer à les rendre capables de servir Dieu dans les difïérens états où il lui plaira de les appeler. Mais en leur montrant les choses essentielles et nécessaires, on ne néglige pas de leur apprendre celles qui peuvent servir à leur polir l'esprit et à leur former le jugement. On a imaginé pour cela plusieurs moyens qui, sans les détourner de leur travail et de leurs exercices ordinaires, les instruisent en les divertissant. On leur met pour ainsi dire à profit leurs heures de récréation; on leur fait faire entre elles, sur leurs principaux devoirs, des conversations ingénieuses qu'on leur a compose'es exprès, ou qu'ellesmêmes composent sur-le-champ. On les fait parler sur les histoires qu'on leur a lues, ou sur les importantes vérités qu'on leur a enseignées. On leur fait réciter par cœur, et déclamer les plus beaux endroits des meilleurs poetes ; et cela sert sur-tout à les défaire de quantité de mauvaises prononciations qu'elles pourraient avoir apportées de leurs provinces. On a soin aussi de faire apprendre à chanter à celles qui ont de la voix, et on ne leur laisse pas perdre un talent qui les peut amuser innocemment, et qu'elles peuvent employer un jour â chanter les louanges de Dieu.

Mais la plupart des plus excellens vers de notre langue ayant été composés sur des matières fort profanes, et nos plus beaux airs étant sûr des paroles extrêmement molles et efféminées, capables de faire des impressions dangereuses sur de jeunes esprits , les personnes illustres qui ontbien voulu prendre la principale direction de cette maison, ont souhaité qu'il y eût quelque ouvrage qui, sans avoir tous ces défauts, pût produire une partie de ces bons effets. Elles me firent l'honneur de me communiquer leur dessein, et même de me demander si je ne pourrais pas faire, sur quelque sujet de piété et de morale, une espèce de poëme où le chant fût mêlé avec le récit; le tout lié par une action qui rendit la chose plus vive et moins capable d'ennuyer.

Je leur proposai le sujet d'Esther, qui le» frappa d'abord, cette histoire leur paraissant pleine de grandes leçons d'amour de Dieu et de détachement du monde au milieu du monda même ; et je crus, de mon côté, que je trouverais asseï de facilité à traiter ce sujet, d'au

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