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En cela Pérugin n'appartient pas an platonisme, mais se rattache aux sentiments de lecole aristotélique de Padoue, qui exerce dans la seconde période dela Renaissance italienne une influence au moins égale au crédit obtenu dans la première par les idées de Pléthon et de Ficin.

Toujours orthodoxe dans son œuvre, Pérugin aurait une fois trahi sur la toile le secret de son incrédulité. En son tableau de la Résurrection, au musée du Vatican , parmi les quatre soldats qui gardent le Saint Sépulcre, un seul n'est pas endormi. Il fixe sur le Christ ses yeux éblouis à moitié par la lumière. « Ce guerrier > debout n'est autre que Pérugin lui-même; et, pour Ti peu qu'on étudie sa physionomie inquiète et contrac» tée, on y lira sans peine une expression de tristesse et ï de doute et comme l'interrogation désespérée d'une » âme sceptique, qui semble demander au Christ s'il est » bien réellement le fils de Dieu '. »

Quoi qu'il en soit de cette interprétation, trèsplausible d'ailleurs, les sentiments philosophiques du peintre, si fidèle aux catholiques traditions de l'école ombrienne, du maître de Raphaël, éclatèrent à sa mort. Comme on lui demandait de remplir ses derniers devoirs de chrétien : « Je veux voir, répon» dit-il, ce que deviendra là-bas une âme qui ne » se sera pas confessée '. » Et il finit en libre penseur. Michel-Ange, lui, eut toujours des tendances au mysticisme. Savonarole s'attacha bientôt son âme concentrée : l'austère tendresse de Vittoria Colonna devait le fixer sans retour à la croix, dont il chanta dans ses sonnets les affres et les grâces. Mais son imagination d'arti.«te et de poète put s'épanouir un instant aux vagues enchantements du platonisme. Expliqués par Marsile, célébrés par Politien, ces mystères, qu'égayait Pulci, étaient discutés par les sages dans les jardins de Laurent à Saint-Marc. Bien jeune encore, le futur peintre de la Sixtine venait d'être admis dans ces jardins par le Magnifique, son protecteur, pour y étudier les statues antiques rassemblées lu, grâce aux soins du patron de la- Pléiade. Son bas-relief des Centaures date de cette époque. C'est à ce moment aussi que se rapporte l'anecdote si plaisamment racontée par Benvenuto Cellini dans ses amusants Mémoires.

1. Voy. De l'Art chrétien, par A.-F. Rio; Paris, Hachette, 1861, t. I, p. 258.

« Un jour, lui dit Torrigiani, que ce Ruonarroti m'ennuyait de ses plaisanteries, je devins furieux, et je lui appliquai un si terrible coup de poing sur le nez que je sentis l'os et les cartilages se briser sous ma main comme une oublie, de sorte que toute sa vie il en portera la marque. » — « Ces paroles, ajoute Benvenuto, soulevèrent tant de haine chez moi, qui chaque jour admirais les chefs-d'œuvre du divin Michel-Ange, que, loin

I. Cité d'après le même ouvrage, et selon un exemplaire île Vasaiii (I" édition), où ce fait est relate dans une note écrite en marge par (\:vspare Celio, peintre romain du seizième siècle.

d'avoir le désir (le suivre Tomgiani en Angleterre, je no pouvais plus souflïir sa présence '. »

Le calme des horizons platoniques pouvait-il convenir longtemps à Michel-Ange, peintre de la Bible plus que de l'Évangile, à ce Jud.-eo-Grec de l'art, enivré des visions d'un illuminisme tropique, — Grec, mais de la Grèce primitive des Cyclopes et des Titans, de la Grèce d'Eschyle, plus que de celle de Sophocle ou de Phidias?

I. Mémoires de Bf.nvemto Cf.m.im, traduction l.éopold Lerlanché, 2' édition; Paris. Paulin, 1847, t. I, liv. I, en. m, p. 37.

CHAPITRE XIX.

CORPORATIONS ET SPECTACLES.

Il importait, en montrant l'unité de tendance qui reliait alors toutes les manifestations de l'esprit, de dégager en chacune le degré atteint par les intelligences d'élite. Évidemment, dans la masse des artistes surtout, plus que dans celle des lettrés et des penseurs, la tradition sacrée, bien qu'affaiblie, dominait encore de toute l'autorité de l'accoutumance héréditaire. Mais quelle influence puissante, bien qu'indirecte, un état intellectuel supérieur suffisamment établi dans une élite exerce sur la moyenne des esprits parmi les diverses conditions sociales 1 Cette transmission avait alors des facilités spéciales tenant à un ordre hiérarchique de développement intellectuel, qui n'est pas encore remplacé.

Pour descendre jusqu'à la foule, les directions précisées en haut passaient par des intermédiaires manquant trop souvent à la civilisation moderne. Là est son écueil.

J'entends cette absence de notions générales et communes, que le principe trop radicalement appliqué de la division du travail impose forcément aux masses actuelles dans les fonctions variées entre lesquelles leur activité se partage. La séparation absolue de l'art et du métier manuel est à la fois la conséquence et la cause seconde de cet état d'infériorité relative. La classe des artisans a presque disparu.

Mais, entre l'artiste proprement dit et le dernier travailleur manuel, que d'intermédiaires jadis dans une industrie, où chaque ouvrier, au lieu d'être l'instrument fragmentaire ou mécanisé d'une simple opération de détail, concevait pour chaque produit un ensemble d'opérations, qu'il exécutait d'après son plan! L'entailleur ciselant le bois ou la pierre, le potier imaginant le moule de son vase, étaient bien supérieurs en intelligence et en généralité de vues à chacun des membres subalternes de l'atelier actuel. Occupé d'une opération morcelée, dont le raccord à d'autres, afin de produire un ensemble, dépend d'une direction étrangère, l'ouvrier n'a qu'à s'inquiéter de produire sa tête de clou. Des économistes ont découvert le bon côté de ce régime. Plus, dans leur théorie, le travail est mécanisé, plus il est le résultat d'un entraînement devenu inconscient par la* répétition des mêmes actes; plus par suite, s'accélérant et se précisant, il répond aux exigences croissantes d'une sûre et rapide exécution.

Il n'en était pas ainsi à Florence. Où, — dans ce peuple voué au beau, — fmissait l'ouvrier? où commen

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