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Les fameuses thèses de Luther sont proches (1517). L'unité du développement social réalisé entre cette date et, — remontant en arrière, - l'adoption du christianisme comme la religion officielle de l'Empire, allait être avant peu détruite. La division des Occidentaux en catholiques romains et en réformés dissoudrait la fédération spirituelle, qui, sous le nom de chrétienté, unissait les Germains aux anciennes populations italiennes, celtiques, ibères, agrégées par les conquêtes de Rome païenne à la civilisation gréco-latine.

Cette prétention de retrouver en rétrogradant la pureté doctrinale est la commune illusion des sectes mystiques, — politiques ou religieuses, — révolutionnaires par essence, au lieu de l'être par occasion, comme la sagesse l'ordonne pour renverser un obstacle qui retarderait trop le cours d'un progrès normal.

Les protestants et les jacobins, nos pères, tombèrent dans la même erreur, croyant, les uns, revenir à la cité antique, les autres à l'église évangélique. Ils cédèrent, les uns et les autres, à un pareil entraînement, méconnaissant également la loi de croissance sociale.

Quand Saint-Just rêvait pour la France du dixhuitième siècle un code calqué sur les lois de Lycurgue ou de Minos, il ne tentait pas vers le passé une plus utopique rétrogradation que la révolution ou plutôt la réaction luthérienne. Malgré le succès des réformateurs dans une moitié de l'Europe, le christianisme primitif ne fut pas rétabli. Il n'y eut rien de commun entre les associations communistes des premiers fidèles et les églises protestantes. Le caractère de celles-ci fut la simplification du culte et l'intensité de l'individualisme religieux fondé sur la toute-puissance de la grâce divine s'exerçant sans intermédiaire sacerdotal.

En tant que contenue dans l'Église et parallèle à son développement hiérarchique, cette tendance eut toujours des représentants depuis saint Augustin. Elle s'appellera le Jansénisme au dix-septième siècle.

Deux autres tendances coexistent, répondant chacune à l'un des deux ordres mendiants : de saint Dominique et de saint François.

Rival de Dominique en théologie, le mystique d’Assise faillit devenir comme un autre Christ. Sa réforme s'étendit au delà des clergés séculier et régulier; car, sous le nom de tiers-ordre, elle leur affiliait des confréries de laïques : fraticelli, bégards, frères du libre esprit.

Cette dernière appellation indique la portée à la fois révolutionnaire et plus qu'hérétique d'une secte qui, dépassant la pensée toujours orthodoxe de saint François, aspirait à se constituer comme une grande communauté démocratique adverse aux hiérarchies artificielles.

En théorie, ce mouvement relevait de l'antique système de l'émanation panthéiste, de l'absorption en Dieu des âmes évoluant de l'essence suprême, opposé à la doctrine de la création et à celle de la perpétuité individuelle des esprits, et soutenu au neuvième siècle par Jean Scot Érigène. Confinant à la libre pensée aver

roïste, ce système inspira l'auteur de l'Évangile éternel. Celui-ci proclamait le règne prochain du Saint-Esprit, sous lequel les mystères de la foi seraient remplacés par la contemplation, sans intermédiaire sacramentel et sacerdotal, de l'Être infini et unique, en qui s'abîment, comme à leur source ineffable, toute intellection et tout amour.

Socialement, ce franciscanisme, — si l'on peut s'exprimer ainsi, – tendait à substituer à l'organisme féodal et clérical de la chrétienté un immense couvent laïque, une sorte de résurrection des associations évangéliques décrites dans les Actes et les Épîtres des Apôtres. On le comprend, - ces tentatives, souvent hardies, que renouvelérent avec certaines différences dogmatiques, Anabaptistes, Puritains anglais, frères Moraves et Quakers, eurent gravement à compter avec l'Inquisition, qui, finalement, les comprima. Elles contenaient en germe une espèce de bouddhisme, qui, pour incomplet et inconséquent qu'il soit, demeure le fond des idées de l'auteur du Télémaque, et de Mme Guyon, sa mystique amie. Ce quiétisme, qui n'est pas étranger au sage moderne le plus dégagé de superstition, n'est-il pas, après tout, l'aboutissant naturel de la contemplation de la nature et de l'histoire? « Celui, dit Çakyamouni, qui » cherche un refuge auprès du Bouddha, de la Loi et de » l'Assemblée, quand il voit, avec l'ail de la sagesse, i les quatre vérités sublimes, qui sont : la Douleur, la » Cause de la Douleur, l’Anéantissement de la Douleur,

, et le Chemin qui y conduit, la voie formée de huit > parties, sublime, salutaire, qui mène au Nirvana, » celui-là connaît le plus certain des asiles, le plus as» suré des refuges ! Dès qu'il y est parvenu, il est dé» livré de toutes les douleurs. »

Unis dans les mêmes gloires paradisiaques, Dominique et François apparaissent à Dante.

Domenico fu detto : ed io ne parlo

Sì come dell'agricola, che Cristo
Elesse all'orto suo, per aiutarlo 4.

Mais le poète exalte surtout l'apôtre d’Assise et sa religion, qui répond si bien aux larges aspirations de son cæur.

... Nacque al mondo un Sole ?,
Come fa questo talvola di Gange.
. . . . . . . . . . . . .
Non era ancor molto lontan dall'orto,

Ch' ei cominciò a far sentir la terra

Della sua gran virtude alcun conforto.
Chè per tal donna giovinetto in guerra

1. « Dominique il fut appelé; et de lui je parle comme du cultivateur que le Christ élut pour l'aider à son jardin.» (DANTE, Divine Comédie, Paradis, ch. XII, st. 24, trad. Lamennais.)

2. « Il surgit au monde un soleil, comme celui-ci parfois surgit du Gange.....

Il n'était pas encore loin de son lever, qu'il commença de faire sentir à la terre quelque confort de sa grande vertu.

Ayant tout jeune encore encouru la colère de son père, pour une dame à qui nul, pas plus qu'à la mort, n'ouvre la porte du plaisir,

» Et devant la cour spirituelle et coram patre, il s'unit à elle, et de our en jour l'aima plus fortement.

u Privée de son premier époux, mille et cent ans et plus, méprisée

Del padre corse, a cui, com' alla morte,

La porta del piacer nessun disserra :
E dinanzi alla sua spirital corte,

Et coram patre, le si fece unito;

Poscia di dì in dì l'amò più forte.
Questa, privata del primo marito,

Mille e cent'anni e più dispetta e scura,

Fino a costui si stette senza invito.
. . . . . . . . . . . . . . .
Ma perch' io non proceda troppo chiuso,

Francesco e Povertà per questi amanti

Prendi oramai nel mio parlar diffuso.
. . . . . . . . . . . . . . .

... Il venerabile Bernardo
Si scalzò primo, e dietro a tanta pace

Corse, e correndo gli parvesser tardo.
Oh ignota ricchezza, oh ben verace!

Scalzasi Egidio, e scalzasi Silvestro

Dietro allo sposo; sì la sposa piace.
Indi sen va quel padre e quel maestro

Con la sua donna e con quella famiglia,

Che già legava l'umile capestro.
. . . . . . . . . . . . . . .

et obscure, elle demeura sans être recherchée jusqu'à celui-ci.....

Et, pour ne pas procéder trop obscurément, par ces amants entends désormais, dans mon parler diffus, François et la Pauvreté.....

.... Le vénérable Bernard, le premier, se déchaussa, et courut à une si grande paix, et, courant, il lui semblait être lent.

0 richesse inconnue, ô véritable bien! Se déchausse Egidio, et se déchausse Silvestre, à la suite de l'époux, tant plaît l'épouse.

» Puis s'en va ce père et ce maître avec sa dame, et avec cette famille que déjà liait l'humble cordon. ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

» Et royalement à Innocent il expose son austère dessein, et de lui il obtient pour sa religion le premier sceau. »

(DANTE, Paradis, chant XI.)

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