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Ma regalmente sua dura intenzione

Ad Innocenzio aperse, e da lui ebbe
Primo sigillo a sua religione.

Dans son admirable fresque de la Chapelle des Espagnolsà Florence, Simone Memmi célèbresymboliquement les enfants de Dominique. Tachetés de blanc et de noir, - couleurs de l'ordre, — ces chiens du Seigneur, Domini canes, dévorent à belles dents les loups hérétiques.

Saint François, lui, triomphe à Assise dans les trois églises étagées sur son tornbeau. Giotto y a peint la Pauvreté, la Chasteté, l'Obéissance, la Glorification,

j'allais dire l’Apothéose, – de ce quasi-Messie, arrêté par l'orthodoxie dans son éclosion légendaire.

Canonisé par l'Église, qu'il poussait dans une voie hardie, bien que soumise, saint François demeure, par opposition à saint Dominique, l'apôtre de l'amour libre, de l’effusion indépendante et mystique des âmes. En lui la religion du peuple se dresse contre celle du prêtre. Tout en respectant scrupuleusement l'autorité ecclésiastique, il tendait, à l'instar du bouddhisme, à transformer la société hiérarchisée par la féodalité et le catholicisme en une immense confrérie monastique. Ces aspirations offraient un double péril, temporel et spirituel, menace égale contre le trône et contre l'autel qui date des origines du christianisme.

Habilement détournée par la constitution monarchique de l'Église sous Constantin, l'utopie égalitaire a des points d'appui dans les anathèmes de l'Évangile et

des Pères contre la propriété, dans l'exemple séduisant pour les simples des primitives communautés chrétiennes. Au cinquième siècle, les circumcellions s'arment encore au nom de Jésus pour détruire sur la terre le tien et le mien.

II y a toute une histoire à faire des moines tribuns et socialistes de l'Italie : Jean de Vicence au douzième siècle, Jacob de Bussolari, libérateur et défenseur de Pavie, au quatorzième, et ce Fra Dolcino, cité par Dante', et qui prêcha le communisme dans les montagnes du Novarais.

François d'Assise est presque l'Homme-Dieu d'un second Évangile, le délicieux petit livre des Fioretti.

« D'abord faut considérer que le glorieux saint François en tous les actes de sa vie fut conforme à Christ béni; que, comme Christ, au commencement de sa prédication, élut douze apôtres pour déprécier toutes choses mondaines, pour le suivre dans la pauvreté et dans les autres vertus, ainsi saint François élut au commencement pour fondateurs de l'ordre douze compagnons possesseurs de la sublime pauvreté. Et, comme un des douze apolres de Christ, réprouvé de Dieu, finalement se pendit par la gorge, ainsi un des douze compagnons de saint François, qui cut nom frère Jean de la Chapelle, apostasia et finalement se pendit lui même par la gorge 2. »

La foule laïque, agrégée aux franciscains sous le nom de tiers-ordre, professait plus ou moins ouvertement la doctrine de l'inspiration directe du fidèle. En vertu de cette idée répandue d'une manière inconsciente parmi les plus simples, Jeanne d'Arc opposa devant ses juges l'autorité « de ses voix » à celle des Écritures et de l'Église. D'après leur maître, l'abbé Joachim de Flore, auteur de l'Évangile éternel, les frères du libre esprit ne croyaient pas à la Trinité ni aux récompenses célestes sur la foi des mystères, mais parce que le Christ leur enseignait, disaient-ils, directement ses dogmes. « La vérité, selon eux, n'est pas soumise aux mystères, mais les mystères à la vérité. »

1. DANTE, Divine Comédie, Enfer, ch. Xxviii, st. 19, 20. 2. Fiorelli, livre 1.

Cette croyance à l'inspiration personnelle, quand elle se rencontrait dans des esprits philosophiques (il y en avait dans l'ordre qui compta Roger Bacon parmi ses membres), s'accordait aisément avec une interprétation rationnelle du christianisme. Reprenant la thèse panthéiste de Jean Scot Érigène au neuvième siècle, Amaury de Bène ou de Chartres, au douzième, enseigne que Dieu et la matière ne sont qu'un. En conséquence, chacun doit se regarder comme un membre de JésusChrist, dont « le corps est en toutes choses, autant qu'au pain Eucharistique ».

L'idée d'une révélation spéciale, d'une économie de la grâce, distincte de l'ordre naturel et de l'histoire profane, s'évanouissant dans son système, Amaury ne craint pas d'affirmer que « Dieu avait parlé par Ovide aussi bien que par saint Augustin » 4.

Hist. litl, de

1. Hist. de l'Evang. élernel, par Xavier ROUSSELOT. France, t. XVI, art. Amaury de Chartres, par DaunOU.

La conscience populaire et la réflexion revenaient ainsi aux données de la sagesse grecque. Protestant contre la morale orthodoxe fondée sur l'égoïsme, l'instinct mystique s'élevait, par sa recherche désintéressée du bien, à la hauteur du Manuel d'Épictète et des Pensées de Marc-Aurèle.

Témoin cette femme dont parle Joinville, et qui courait les rues « portant en sa main dextre une écuelle » pleine de feu et en la main senestre une fiole pleine

d'eau ». Au religieux qui lui demande ce qu'elle veut faire de ce feu et de cette eau, elle répond que le feu est pour aviver les lumières du paradis, l'eau pour éteindre les flammes de l'enfer. « C'est que je ne > veulx mye, dit-elle, que nul face jamés bien en ce » monde pour en avoir paradis en guerdon, n'aussi que » nul ne se garde de pechier par la crainte du feu d'enfer. Mais bien le doit-on faire pour l'entière et parfaite » amour que nous devons avoir à noustre créateur Dieu, » qui est le bien souverain, et qui tant nous a aymés, » qu'il s'est soubmis à mort pour noustre redemption, » et qu'icelle mort a souffert pour le pechié de noustre ► premier père Adam, et pour nous saulver. »

Les dominicains, d'autre part, gardèrent scrupuleusement le dépôt de l'orthodoxie. Ils se coniinrent en cela plus que les franciscains dans les limites de leur institution.

Lorsque l'Église, au commencement du treizième siècle, opposa ces deux ordres à l'hérésie albigeoise, elle

LES MÉDICIS,

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entendit renouveler en eux ses grands organes de discipline et de propagande. C'est sa tactique habituelle de modifier, selon l'ennemi qui la menace, l'instrument de résistance et de combat. Après les Bénédictins, les Mendiants; après ceux-ci, les Jésuites.

Si les fils de Dominique furent les docteurs et les inquisiteurs par excellence, les enfants de saint François devaient, réalisant dans leur vie commune le type de la fraternité évangélique et de l'apostolat populaire, retenir les masses dans le sein de l'Église par l'attrait d'une mysticité plus familière, d'une charité plus accessible, qu'elles étaient tentées de chercher hors d'elle. Les deux ordres, en résultat, répondirent à ses espérances, bien que les franciscains aient fourni parfois à l'hétérodoxie un point d'appui redoutable.

Les dominicains, eux, donnèrent à l'Autorité sa double sanction, – pénale et intellectuelle, - le SaintOffice, la Somme de saint Thomas d'Aquin.

D'un côté, la terrestre gehenne des corps; de l'autre, la contrainte des esprits, au moyen du syllogisme aristotélique asservi à la thèse du catholicisme par un puissant et subtil génie.

Son æuvre répond bien à l'idée moyenne des siècles dont elle résume doctement les croyances. Elle offre à ces intelligences un de ces systèmes complets et bien clos où elles aiment à trouver au besoin l'explication de toutes choses et de quelques autres encore, comme l'exprime avec tant de finesse le vieux brocard scolastique :

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