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ciale, est un signe des époques semblables à celle qui nous occupe. Nous le retrouverons à Rome au seizième siècle.

On connaît la belle Imperia, enterrée à l'église de Saint-Georges, avec cette inscription sur sa tombe:

Imperia, courtisane romaine, digne d'un si grand nom.

Elle offrit à funivers le modèle d'une rare beauté. Elle vécut vingt-six ans et douze jours, et mourut en 1511, le quinze du mois d'août.

Favorite du banquier-Mécène Agostino Chigi, nous la verrons protéger les artistes, conseiller les poètes, poète elle-même, et faire royalement les honneurs de la Farnésine, où Raphaël peignit le triomphe de Galatée, et Jules Romain le banquet des Dieux.

Ses émules abondaient à Rome. On sait le nom de ces dames par une série de petits livres à scandale, genre de littérature auquel le public s'affriandait comme aujourd'hui : Angitia cortigiana, de la natura del cortigiano1, et un autre livret très rare, la Tariffa delie puttane, où l'auteur marque le prix des faveurs de ces belles4 : La Fossitta, quatre écus; Bianzifwra Negro, trois; Lena Balbi, Giacomina Fassol, Polissena, deux écus; Laura Pesciotta et sa sœur Morgana, la moitié d'un écu seulement. Par malheur la photographie est trop tard venue pour laisser les portraits de ces célébrités galantes : Albina Gaetana et sa sœur Giustina, Laura de Florence, Leona la Napolitaine, Lucrecia Gambiera, Thadea et Aurelia, toutes deux de Ferrare, Camilla et Prudencia de Bologne, Caterina Albanese et sa fille, Maddalena di Rossi, la Grecque Angela.

1. Roma, A. Blado, 1540, in-4°.

2. Très rare. Voy. sur ces deux livres les noies de la comédie de la Talanta, dans la traduction des Comédies de l'Arètin publiée par le bibliophile Jacob, page 372, note 39; Paris, C.h. Gosselin, liUô.

J'en passe et des meilleures. La liste serait longue, s'il fallait pousser à bout ce dénombrement d'hétaïres: LionaFerrarese et Lucrecia Anconitana, AngelaTorrente, Caterina Spadarra, Giulia del Sole, et Chichina, le sorelle Diamante... Parfois, pour tout nom un sobriquet étrange... C'est ainsi qu'une Madrema non vuole (Maman ne veut pas) est citée, dans la Courtisane de l'Arétin ', dans une scène fort curieuse. Une entremetteuse, Alvigia, s'exprime ainsi:

« Maintenant, sachez-le bien, je veux me consacrer au salut de mon àme ; car vraiment je peux dire : Monde, adieu ! tant je me suis passé de petites fantaisies... Ni Lorenzina, ni Beatriccica, ni Angioletta de Naples, ni Madrema non vuole, ni cette grande Imperia, n'étaient faites pour me déchausser dansmon bon temps. Les modes, les masques, les belles maisons, les combats de taureaux, les cavalcades, les ceintures de martre zibeline à agrafe d'or, les perroquets, les singes, et des tas de chambrières et de servantes, c'était une bagatelle pour moi; et seigneurs, et messeigneurs, et ambassadeurs en foule. — Je ris de ce que je dépouillai un évêque et lui ôtai jusqu'àsa mitre, et jela mettais sur la tête d'une de mes servantes en me raillant du pauvre

1. Acte III, scène vi.

homme. — Et un marchand de sucre y laissa jusqu'à ses caisses, en sorte que, durant un certain temps dans ma maison, tout s'assaisonnait au sucre. Il me vint ensuite une maladie dont on ne sut jamais le nom. Cependant, nous la traitâmes comme mal français, et je devins vieille par l'effet de tant de drogues, et je commençai à tenir des chambres garnies, vendant d'abord anneaux, habits, et tous lesaffiquets de la jeunesse ; après cela.je me vis réduite à laver des chemises plissées. Et puis je me suis adonnée à conseiller les jeunes filles... »

« Le fogge, k maschere, le belle case, l'ammazzar de' tori, il cavaleur i cavalli, i zibellini col capo d'oro, i pappagalli, le scimie, e le decinede lecamerieree de le fantoche erano unaciancia alfatto mio; e signori, e monsignori, e imbasciadori a josa, ah! nhl... E poi mi son data a consigliar le giovane accio chc non sien si pazze... »

Le critique de mœurs doit tout lire de ce qui les regarde, et citer tout ce qui se peut, même des œuvres qu'il ne peut nommer. Un dialogue obscène de l'Arétin est, sur la vie des courtisanes, une monographie rédigée avec une compétence spéciale. Pour toute époque il doit faire autorité, particulièrement pour la période qui nous occupe, si voisine de celle dont le cynique écrivain peignait avec amour les débauches.

Deux filles de Rome, Julie et Madeleine, s'entretiennent d'une de leurs compagnes:

MADELEINE.

As-tu vu, Julie, ce matin la Tortora, comme elle était richement vêtue? Certes, quand elle est entrée à Saint-Augustin, je ne l'ai pas reconnue ; je croyais que c'était quelque baronne, car elle avait devant deux laquais, un page, et un jeune homme habillé de velours qui l'accompagnait en causant.

JUUE.

Je l'ai bien vue, Madeleine, et juste au pied de l'escalier je la rencontrai et la saluai, età peine si elle daigna me regarder.

MADELEINE.

As-tu vu quelle bernia' elle avait sur le dos, d'or frisé sur frisé(tfororicciosopra riccio)1 Et cette simarre de velours noir avec or tailladé sur le velours, et le velours sur l'or,... que la seule façon doit coûter un monde?

Peut-être sur ces indications une lectrice reconstruira le costume envié par cette pécheresse. Avec un fémur ou un tibia, Cuvier ne rétablit-il pas un type d'animal disparu? Le seul document trouvé par moi pour aider à une enquête plus difficile que celle de la paléontologie, e le dois au peintre Cesare Veccellio dans ses Habiti antichi e moderni di tutto il mondo. C'est une figure gravée de courtisane romaine portant effectivement une simarre et une sorte de manteau qui rappelle assez la bernia décrite par Madeleine.

< Les modernes courtisunes, dit la légende, s'habillent avec tant d'élégance que peu de personnes les distinguent dos nobles dames de Rome. Par-dessus leurs robes de satin ou de moire, longues jusqu'à terre, elles portent des simarres de velours tout ornées de boutons, et si décolletées qu'elles laissent voir toute la poitrine. Leur cou est orné de belles perles, de colliers d'or, et de belles fraises à tuyaux en toile blanche. Le vêtement de

I. Venta da donna a foggia di mantello, habillement de femme en manière de manteau (Dictionnaire d'ALHERTi).

dessus a des manches étroites et longues, mais ouvertes; par cette ouverture sortent les bras avec les manches de la robe. Elles ont coutume de donner à leurs cheveux une teinte blonde artificielle, de les boucler et de les enfermer, attachés avec des cordonnets en soie, dans un filet d'or orné de perles et de bijoux '. Usano farsi i capegli biondi artificialmente, e ricci. »

Les deux ribaudes continuent à inventorier les splendeurs de leur camarade,— une étoile... arrivée au zénith et qui fait bien des jalouses.

J'observai toute chose attentivement, et, tandis que je la vis venir, je m'arrêtai, et je ne levai plus les yeux de derriere elle jusqu'à ce que son entrée à l'église l'enlevât à ma vue.

MADELEINE.

Que te semble ensuite de la bague, des perles, du collier et des autres belles choses qu'elle avait V

JLLIE.

Chaque chose était très belle, et en moi-même je m'émerveillais beaucoup de tant de fortune, parce que je me rappelle l'avoir vue à Venise avec une vilaine robe de toile à sac sur le dos et sans souliers aux pieds, et les mains sales et fendillées, et qu'elle n'avait quasiment pas de quoi vivre.

MADELEINE.

Tu t'émerveillerais bien plus si tu l'avais vue quand elle vint à Home.

1. C. Veccellio, trad. de M. Lacombe.

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