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çait l'artiste? à quel moment, comme sort du ver le papillon, le sculpteur émergeait-il de l'orfèvre?

L'instruction générale, étendue à tous, doit ramener de plus en plus des conditions analogues pour la masse des travailleurs.

En même temps que l'émancipation commune, le développement esthétique de tous doit gagner à ce que la foule des travailleurs industriels soit initiée à l'intelligence des notions d'ensemble présidant à l'exercice de l'activité humaine, en quelque branche que ce soit.

On a vu ce qu'une felle préparation faisait du bourgeois, de l'artisan, dans chaque commune du MoyenAge, particulièrement en Italie: — un citoyen informé des choses de sa corporation et, par elle, de la chose publique, et s'y intéressant. Pour être un organe de reconstruction sociale, la liberté doit rétablir cet esprit corporatif dans toutes les manifestations de l'activité, aussi bien en ce qui tient à la production industrielle qu'en ce qui regarde la commune propagation des jouissances de l'esprit.

Ce qui implique, avec des associations vouées à leur culture mutuelle, un système de fêtes, de spectacles, de commémorations, que l'Église a patronnées au MoyenAge.

Même en sa décadence, à l'époque qui nous occupe, elle exerça encore à cet égard une tutelle assez libérale sur celles de ces manifestations qui n'avaient pas rompu ouvertement avec la tradition catholique. Le platonisme régnant parmi les dignitaires, leur rigueur orthodoxe se tempérait d'une indulgence remarquable, quand elle ne s'élargissait pas à la mesure de l'horizon philosophique embrassé par leur pensée. Ce fut le christianisme de Savonarole qui réagit contre cet esprit de tolérance, en repoussant de la communion religieuse les confréries qui s'émancipaient par trop de la règle chrétienne.

Si, d'après le génie allégorique de cette époque, on symbolise la lutte de tendances qui aboutit à cette élimination, une image populaire s'offre à l'imagination: on voit divorcer Carême et Carnaval.

Jusqu'où s'étend le règne*de l'un, où s'arrête celui de l'autre, dans Içs Confréries d'art dont nous avons à parler, et qui jouèrent un rôle si important dans le mouvement esthétique florentin?

La confusion du profane et du sacré existe au plus haut point dans le théâtre du Moyen-Age.

Le drame moderne est sorti des mystères de la Passion, comme celui de l'antiquité des lûtes sacrées d'lacchus, le jeune Dieu, mort aussi et ressuscité.

u Heureux, fait dire au chœur de ses Bacchantes Eu» ripide rappelant une tradition déjà lointaine, celui » qui, connaissant les mystères des dieux, leur consacre » son cœur et sanctifie sa vie par les purifications sa» crées, en se mêlant sur les montagnes aux transports » des Bacchantes! »

Des confréries représentaient naïvement les souffrances et les triomphes de Bacchus; des confrères figurèrent de même les douleurs et la victoire de l'HommeDieu. Aux deux époques, la profession du comédien est issue, à l'abri d'un sanctuaire, de l'exercice d'une fonction agrégée au sacerdoce et remplie par des associations laïques, mais dépendantes du prêtre.

C'est ainsi que, dans les périodes appelées organiques par le grand penseur Saint-Simon, les manifestations de l'art, aussi bien que celles de la science, dérivaient de la religion, synthèse des esprits, ralliement des cœurs. Le théâtre fut religieux. Peut-être est-il appelé à le redevenir, si une doctrine générale, substituant à l'autorité de révélations chimériques la puissance des démonstrations, rattache un jour à une règle intellectuelle et morale la masse livrée à l'anarchie des croyances. L'art, sous ce régime, serait le lien religieux par excellence; car, — tout en laissant en dehors de son attache le monde transcendautal qu'il embrassa jadis avec celui-ci, — il continuerait à toucher, par des émotions communes, les hommes convaincus des mêmes vérités. Ainsi le. Théâtre pourrait rentrer dans le Temple. Au quinzième siècle, on le voit recommencer à en sortir.

L'Orphée de Politien fut joué en 1472, à Bologne, devant le cardinal François de Gonzague. La représentation de cette pastorale, plus lyrique que dramatique, est la date du théâtre émancipé. Ou pourrait y voir le premier opéra, à raison des chœurs chantés mêlés au dialogue. C'est sur la même fable que Peri, Corsi et

LES MKDICIS. H. _ 2

Caccini composèrent, en 1600, les airs de la première tragedia per musica, dont le libretto est de Rinuccini. S'il avait fallu plus de cent ans pour que le poème dramatico-lyrique se produisit dans toutes les conditions modernes, le germe en existait dès YOrphée de Politien. La brillante poésie du genre, si aplatie depuis Métastase par les librettistes devenus les humbles manœuvres du compositeur, déploie dans l'œuvre du Politien sa trame un peu clinquante et frivole, mais pleine de grâce et d'éclat. Sous le tissu souple et velouté d'une langue résonnante comme une mélodie, diaphane et colorée comme l'aube du printemps méridional, la strophe svelte serpente avec des enroulements de couleuvre allumant au soleil l'émail poli de sa robe. Oyez la plainte d'Aristée:

La bclla Ninfa è sorda al mio lamento.

Ben si cura l'anneulo del pastore,
La M nia non si cura dello amantc,
La bella Ninfa, che di sasso ha il core,
Anzi di ferro, anzi di diamante.
Ella fugge da me scmpre davante,
Come agnella dal lupo fuggir suole.
Udite, selve, mie dolci parole.

Portate, venti, quesli dulci versi
Dcntro ail' orecchie delia Ninfa mia:
Dite quant' io per Ici lacrime versi,
E lei pregate che crudel non sia:
Dite che la mia vita fugge via,

E si consuma come brina al sole.
Udite, selve, mie dolci parole,
Poi che la Ninfa mia udir non vole '.

Parmi ces bergeries, Orphée célèbre en stances latines le cardinal, patron de la pièce:

0 meus longum modulata lusus,
Quos Amor primam docuit juventam,
Flecte nunc mecum numeros, novumque

Die, lyra, curmen.
Non quod hirsutos agat hue leones;
Sed quod et frontem Domini serenet,
Et levet curas, penitusque doctas

Mulceat aures.
Vindicat nostros sibi jure cantus
Qui colit vates citharamque Princeps,
Ille cui sacro rutilus refulgct

Crine galerus2.

C'est le Paulo majora canamus obligé! Il fallait la langue et le mètre d'Horace pour célébrer un Prince, « dont le rouge chapeau orne la tête sacrée »...

a Nos chants sont à lui, nos chants enseignés par l'Amour à notre jeunesse, et qui modulèrent si longtemps nos jeux, nos chants qui ne mènent plus captifs les lions, mais rassérènent le front de notre maître. »

Voilà dans toute sa pompe la poésie d'apparat qui finira par figer dans ses glaces les littératures de cour.

1. Orfeo di Poliïiaso, Caraona, vers 56 et 63-69, 77-84. t, Orfeo, vers 138-U9.

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