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LES MÉDICIS

CHAPITRE XVIII.

LES ARTS. — LA PEINTURE.

Parmi les productions littéraires accumulées par la pléiade platonicienne, notre analyse a dû se choisir quelques modèles servant à caractériser une phase du génie florentin.

La claire perception d'une époque intellectuelle esta ce prix.

Pour n'omettre aucune œuvre, l'historien critique devrait se réduire à une sèche nomenclature : il se bornerait à énumérer des noms d'auteurs, des titres d'ouvrages.

Pareils labeurs ont l'incontestable utilité d'un catalogue, — dirai-je d'un herbier? Ils se recommanderaient eu vain par quelques vues d'ensemble, cousues, même heureusement, à de tels inventaires.

Pour précieuses qu'elles fussent, ces considérations manqueraient d'intérêt et d'autorité. -Car les faits de la pensée, comme les autres, ne valent que par le détail

LES MÉDICIS. II. — I

circonstanciel. Non moins que le défaut de toute philosophie générale, les vagues abstractions faussent, et, à la fois, désenchantent l'histoire.

Pour résumer le mouvement esthétique imprimé par le platonisme toscan, il reste à étudier, après celui des poètes, le groupe des peintres et des sculpteurs. Mais on n'aurait sous les yeux que la moitié du tableau, si le peuple n'était pas observé dans ses spectacles, dans ses jeux, directement liés au développement plastique, musical et poétique de ce temps.

En cette revue de l'art à Florence, et accessoirement dans les autres centres italiens, substituons comme point de départ une impression de visu à l'affirmation d'une thèse rationnelle sur l'esthétique de la Renaissance dans ses rapports avec les idées régnant à cette époque.

A Florence, après avoir admiré au couvent de SaintMarc les fresques de FAngelico, rendons-nous sans transition à l'église del Carmine, dans la chapelle décorée par le pinceau de Masaccio. A chacune de ces stations, une phase de l'art apparaît, représentée pur des chefsd'œuvre. Si l'on veut (le choix ici est arbitraire), l'une le sera par Y Annonciation, de l'Angelico, dans le cloître supérieur de Saint-Marc; l'autre, par le Saint Pierre baptisant, de Masaccio, à la chapelle des Brancacci. Comparons.

Dans la première œuvre, la grâce des physionomies et des attitudes, la pureté des contours, le charme séraphique, équivalent-ils, au point de vue du beau spécial, à l'attrait du baptisé frissonnant, la principale figure de Masaccio?

Cette seconde œuvre résume les qualités essentielles de ce beau spécial à l'art du peintre : modelé exact et puissant, couleur suffisante, mouvement. Pour sentir, au contraire, tout le mérite du peintre de Saint-Marc, ne faut-il pas avoir 1 unie chrétienne, ou du moins préparée par une certaine tradition à comprendre, à goûter un idéal étranger à la perfection des formes?

Bourgeois d'Athènes, qui admirais dans les palestres les corps nus des éphèbes, tu n'avais pas tant de conditions à remplir pour apprécier Apelles ou Phidias.

Ce qu'on nommait déjà l'idéal dans les arts, sous un culte qui n'était que la divinisation des forces naturelles; des vertus terrestres bien équilibrées, vigueur saine et adresse du corps, courage, bienveillance sociale, ne s'était pas compliqué de deux mille ans de sentimentalisme laborieux, à la rescousse d'un monde supérieur à ce monde et où tous les éléments de celui-ci ne sont pas reçus.

De là le divorce entre la chair et l'esprit, de là ces exténuations du corps, d'où surgit la beauté propre à l'art chrétien. Comme Nicolas de Pise en sculpture, Masaccio, sans éliminer L'expression, marqua le retour à la forme anatomique et vivante. A lui remonte l'école essentiellement florentine, — naturaliste, — avec ses qualités de dessin, mais avec son détachement de tout idéal autre que la pureté des lignes corporelles, la plastique beauté du nu. Admirez, dans le Jugement dernier de Bronzinoi, ces figures si froides, mais d'une si séduisante anatomie!

La grande inspiration qui guida les philosophes et les poètes du groupe platonicien à Florence, l'esprit de la Renaissance associant avec amour dans un concept supérieur le symbole chrétien et les mythes grecs, va produire en Ombrie Raphaël, que le Pérugin précède; en Toscane, L'onard de Vinci.

Il suffit ici d'indiquer le sens du mouvement artistique correspondant à la phase philosophique qui nous occupe, et dont l'étude détaillée dépasserait le plan et les bornes de cet ouvrage. On ne peut toutefois omettre les jalons principaux de ce développement, qui oppose d'abord au mysticisme vieilli la protestation des purs naturalistes. Puis, sous l'influence du platonisme, une conciliation s'opère dans les arts, comme dans les lettres, entre la tradition catholique et l'esprit nouveau.

Guidé par Brunelleschi, Paolo Uccello trouve les lois de la perspective, — Masaccio les applique : l'anatomie vraie s'introduit par lui, — et, parle Gliirlandajo, l'ordonnance, la composition, la magie des lointains.

Du reste, ce maître de haut style, joignant le scrupule du réel à la convenance de l'attitude et de l'expression, excelle dans les portraits historiques. Il les introduit dans leur costume florentin, comme personnages

1. A la galerie Pitti de Florence.

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