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soumission commode aux exigences rituelles et à la direction sacerdotale, le clergé s'assura contre les révoltés de la conscience active et personnelle. Mais il ne faut dater que de la réaction antiprotestante du seizième siècle cette conduite persévérante et habile qui fonda le vrai catholicisme romain en Italie et en Espagne. Les jésuites en trouvèrent la formule savante ; ils assirent définitivement cette religion de l'autorité par excellence, dont Stendhal, dans sa Chartreuse de Parme, a mis à nu les bases savantes et les infaillibles combinaisons : — soustraire à l'examen personnel toute question de morale et de doctrine. Ce qui, par une contrainte logique, exclut toute appréciation d'un point de morale envisagé d'ensemble.

La conscience pénitente ne doit s'inquiéter que du cas particulier dans lequel rentre l'espèce qui l'embarrasse et pour laquelle elle attend une solution du confesseur, ou, à défaut, la trouve étiquetée à son rang dans les recueils des casuistes. Toute autre méthode est déjà du protestantisme, comme le profond auteur de la Chartreuse de Parme le remarque à propos du vœu singulier de son héroïne : i Dans les longues heures de chaque i journée, où la marquise ne pouvait voir son ami, la » présence de Sandrino la consolait; car nous avons à » avouer une chose qui semblera bizarre au nord des i Alpes : malgré ses erreurs, elle était restée fidèle à D son vœu ; elle avait promis à la Madone... de ne jamais » voir Fabrice; telles avaient été ses paroles précises; » en conséquence, elle ne le recevait que de nuit, et » jamais il n'y avait de la lumière dans l'appartement '. », Si j'insiste sur ce contraste de l'esprit développe par le cléricalisme postérieur avec les tendances du catholicisme primitif sur lesquelles s'appuiera Savonarole, c'est que cette opposition explique un mouvement qu'on verra se produire, et dont le point de départ actif est dans les confréries dévotes et laïques des Florentins. Ces corporations eurent sur la politique l'influence qui appartient toujours dans cet ordre aux institutions réellement sociales. Sans les habitudes de discussion et d'enseignement communs, sans les rapports qui s'établissent entre les citoyens par la gestion d'intérêts collectifs, il n'est pas en effet de démocratie véritable. Il n'y a, sous une autorité centrale, que des individus sans cohésion, émiettés comme les grains d'une poussière impalpable. Le citoyen n'existe que de nom. Aussi, dans la constitution particulière de Florence, et sous le régime intellectuel y régnant, le catholicisme, s'explique-t-on l'importance attachée à la vie corporative par les hommes d'État. Qu'ils pensassent, comme les Médicis, à assujettir la République à leur patronage absolu, ou que, comme plus tard Machiavel, ils aient travaillé à garantir l'institution républicaine compromise, ils ne négligèrent pas ce ressort de la vie publique, l'association libre : les premiers pour le fausser à leur profit, Machiavel et ses

I. Chartreuse (le Parme, ch. xxvm.

émules pour le conserver ou lui rendre son élasticité affaiblie. C'est ainsi que les fils du Magnifique s'inscrirent par ordre de leur père sur le rôle de ces corporations, et que l'auteur des Décades prononça dans les assemblées de doctrine des allocutions dont nous avons quelques spécimens dans ses œuvres.

Au détour d'une rue, le voyageur qui parcourt Florence la nuit se heurte parfois à un cortège lugubre: c'est la Miséricorde portant un malade à l'hôpital, un cadavre au cimetière. Sous leur sac noir de pénitent, leur cagoule baissée, fantômes d'un autre âge, ces confrères se recommandent encore par des services, malgré les formes surannées de leur institution et l'esprit de mort auquel elle obéit, comme toutes les créations d'un culte désormais incompatible avec la civilisation.

« Ici commence la représentation des SS. Jean et Paul. »

C'est l'ange qui l'annonce en trois huitains à rimes croisées:

«. Silence, 6 vous qui êtes réunis : — vous verrez une histoire nouvelle et sainte, — choses diverses et dévotes verrez, — exemples de Fortune tant variée. — Sans tumulte que vos bouches se tiennent coites, — surtout quand ensuite on va chanter; —à nous fatigue, à vous plaisir reste : — donc, ne nous gâtez pas cette fête.

» Sainte Constance de la lèpre nettoyée — avec dévotion verrez convertir ; — dans la bataille très-furibonde — vous verrez faire prisonnier et tuer du monde, — changer l'empire la seconde fois; —et le martyre de Jean et de Paul; — et puis mourir l'apostat Julien, — pour l'expiation du sang chrétien.

» La compagnie de noire saint Jean — fait cette fâte ; et pourtant nous sommes tous jeunes; — aussi excusez nos tendres années, — si les vers ne sont pas bons ou bien dits, — et si nous ne savons pas l'accoutrement et les apprêts des seigneurs, — ou, jeunes gars, nous exprimer comme vieillards ou dames ; — nous ferons purement et avec amour ; — passez à notre âge quelques erreurs. »

Cet inventaire préalable dispensera de détailler le scénario naïf de ce drame.

Il suffit de savoir que Gallicanus, revenu vainqueur de la Perse, demande en récompense la main de la fille de l'empereur. Mais celle-ci, qui vient d'être guérie miraculeusement de la lèpre par l'apparition de sainte Agnès, fait (elle est déjà chrétienne) le vœu de chasteté. Elle éloigne le péril de refuser la main de Gallicanus, en le faisant envoyer contre les Daces par Constantin.

Le général part pour la guerre, accompagné, en garantie de la promesse de l'empereur, de deux otages: Paul et Jean.

Constantin garde en retour auprès de lui les filles du général : Attica et Artemia. Dès que leur père s'est éloigné, ces jeunes filles, entraînées par Constance, vouent pareillement leur virginité au Seigneur.

Le Magnifique maintient sa muse, — pensée, simplicité d'action et naïveté de procédés, — dans les conditions du genre populaire qu'il traite. Le style seul, dans sa candeur voulue, est d'une précision gracieuse et tout à fait littéraire. Le spectacle est d'ailleurs très soigné, les intermèdes abondent, triomphes, défilés d'armées,

LES MÉD1CIS. II. — 3

ballets et batailles, et tout cet appareil de machines dont nous avons suivi les perfectionnements.

Gallicanus, d'abord vaincu par les Daces, demeure seul sur le champ de bataille avec Jean et Paul.

Il y a naturellement, ou plutôt surnaturellement, dans cette situation, une occasion de convertir le général au vrai Dieu. Les jeunes gens lui promettent la victoire à ce prix. Gallicanus répond d'abord assez finement:

lo non so come a Gesù fia accetto,
Se a lui me umilio, come m' è proposto;
Che da necessita paio constretlo
Per questo miser stato, in che m' ha posto1.

L'objection a son prix et problablement sa malice, sans que le narquois Laurent ait l'air d'y toucher. Elle ne tient pas longtemps devant l'argument connu, donné par Jean:

« Le pure de famille doux et pieux — à qui vient tard donne encore son denier2.

» 0 Dieu, — s'écrie Jean, — qui donnas à Josué l'audace, — et la grâce que le soleil s'arrêtât, — et qui fis qu'un seul hamme en fit fuir mille, — et que deux missent dix mille en déroute, et qui fis sortir de la fronde — le fatal caillou qui tua Goliath, — octroie maintenant force et faveur à cette main — de ton humilié Gallicanus3. »

1. St. 65. « Je ne sais comment Jésus m'acceptera, si je m'humilie! devant lui, comme on me le propose. Car je paraîtrai contraint par hi nécessité du misérable état dans lequel il m'a placé. »

a. St. 66.

[i St. 68.

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