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se dresse au-dessus de ses rives, et, frémissant, il félicite Rome qui triomphe. Sous les auspices de Léon, déjà des mauvais astres l'influence sur le monde a cessé, et Jupiter règne sur le globe joyeux : le ciel apaisé répand des clartés pures. Lui seul, ce pontife, après tant de calamités et de longs labeurs, a rappelé à leurs doux loisirs les Muses fugitives, il a restitué au Latium les lois antiques, le droit, la piété ; il a décidé, dans ses desseins, de prendre ses justes armes pour la chose romaine, pour la religion des Dieux. )

Parmi les remèdes prescrits par le poète, figurent, comme hygiène curative, les exercices violents, tels que la chasse.

« Point de repos. Poursuis sans relâche, intrépide chasseur, le sanglier, poursuis l'ours. Que ce ne soit pas une peine pour toi de gravir dans ta course l'escarpement des hautes montagnes, de pousser dans les vallons le cerf rapide, et sur une longue piste de courir les bois. J'ai vu souvent le mal disparaitre entièrement par les sueurs, et le virus se tarir dans les hautes forêts 1. »

Cette hygiène fut largement pratiquée par notre pape... Pour combattre les suites du mal qui l'accompagna au Conclave ?... On ne peut rien affirmer. Toujours est-il que, si saint Pierre était un pêcheur d'hommes, Léon fut un grand chasseur devant l'Éternel.

C'est dans ses domaines de la Magliana qu'il se livrait avec le plus de charme à ses goûts de vénerie. Au pied du couvent de Sainte-Cécile, le château, bâti par

1. Syphil., lib. II, v. 88-94.

Sixte IV, s'élevait dominant une vaste plaine entourée de coteaux boisés et giboyeux. Ce séjour à sa terre favorite terminait la série de ses villégiatures annuelles : aux bains de Viterbe, à Bolsène, où il pêchait dans le lac, à Cività-Vecchia; là, dans les maremmes bordant la plage, il se plaisait à forcer le gros gibier rabattu par ses piqueurs. Voici en quels termes, le 18 octobre 1518, il annonce sa venue au gouverneur de la citadelle de Cività-Vecchia :

« Mon cher châtelain, le 21 courant, j'arriverai avec une suite nombreuse. Je vous prie de m'avoir du bon poisson, et un repas complet pour moi et pour ma nombreuse compagnie. Faites-moi faire bonne figure avec ces gens des plus estimables : car ils sont tous, ou presque tous, lettrés ou artistes de haute considération. Tout ce que vous dépenserez vous sera immédiatement remboursé par moi. Je vous recommande que rien ne manque pour l'agrément de tels hommes, que je tiens en extrême affection. Vous préparerez le diner dans le fort, et nous serons cent quarante personnes. Que tout cela vous serve de règle, pour que rien ne manque sous prétexte d'ignorance. Je vous bénis, et suis votre affectionné souverain. )

Cette aimable épitre peint l'homme':

Dans ce cavalier botté, vêtu de court (au grand scandale du maître des cérémonies Paris de Gressis), on avait peine à reconnaître le pontife si majestueux dans les offices de l'Église sous la pompe des ornements sacrés. (- Nulle intempérie ne l'arrêtait, dit Paul Jove, mais il ne pardonnait aucune faute à ses compagnons de chasse... Malheur à eux, si, par leur précipitation ou leur maladresse, ils lui faisaient manquer la bête ! Ils n'osaient de longtemps lui demander les faveurs qu'il accordait si libéralement au retour d'une chasse heu

1. Conservée aux archives de Cività-Vecchia : citée par Audin, t. II, ch. XXV, p. 449.

reuse. D

Du reste, ami de l'intérieur, épris des aisances d'une vie élégante et commode, il s'abandonne paresseusement aux entourages domestiques. Pour de tels caractères, les facilités de l'habitude déterminent à la longue les affections. Sceptique, épicurienne comme leur esprit, la sensibilité de ces penseurs désabusés exhausse parfois dans leur sympathie la bête au-dessus de l'homme. J'aime les égards de Léon pour le cheval turc qu'il montait à la bataille de Ravenne quand il fut fait prisonnier, les soins particuliers que reçoit ce vaillant serviteur dans les écuries du Vatican, jusqu'à son extrême vieillesse.

A la Magliana, fidèle aux traditions bourgeoises de sa race, il arrêtait les paysans sur la route pour causer avec eux, non sans leur laisser quelques marques de sa libéralité familière.

Ces traits attachent : ils sont de l'homme d'esprit, et du Florentin. On retrouvera chez Machiavel cet abord facile, cette bonhomie d'allures sucée avec le lait dans un milieu républicain où toutes les classes, malgré les hiérarchies, sont en contact permanent. Elles traitent l'une avec l'autre sur les bases d'une égalité civique favorable à l'équilibre des rapports sociaux. Issu du comptoir, ne reniant pas sa noblesse marchande et les Palle de son blason roturier, Léon X demeure un vrai Médicis.

1. P. J., Vita L. X.

Nous touchons à la partie scabreuse de ce portrait, si ondoyant, si complexe, mais dont les détails intimes sont malaisés à détacher d'un ensemble de documents incomplets, tronqués, contradictoires.

Appelons les témoins. Bayle les interroge avec une impartiale sagacité. Mais il ne saurait partager l'optimisme de quelques-uns'. A ce point de vue des mœurs, toutefois, à part certaine déviation qui, étant donnée l'opinion des contemporains, a droit à plus d'indulgence que la moralité moderne n'en accorde en pareils cas, la conduite du Pape ne semble pas avoir dépassé les limites d'une facilité qui ne scandalisait guère alors dans un ministre de l'Église. Roscoë, toujours candide, Audin, dans sa naïveté plus contestable, nous paraissent un peu osés de surmonter, à la suite d'André Fulvio et de Mathæus Herculanus *, le triple diadème de Léon X de la couronne d'innocence.

1. « On ne peut pas accuser Paul Jove d'avoir épargné l'encens à Léon dixième; mais, d'un autre côté, on doit convenir qu'il s'explique assez nettement sur les vices de ce pape pour ne laisser pas en peine un lecteur intelligent. Les plaisirs, dit-il, où il se plongeait trop souvent, et les impudicités qu'on lui objectail, ternirent l'éclat de ses vertus. Il ajoute qu'un naturel plus facile et plus complaisant que corrompu le fit tomber dans ce précipice, n'ayant eu auprès de lui que des gens qui, au lieu de l'avertir de son devoir, ne lui parlaient que de parties de plaisir.

» L'original est plus nerveux que l'abrégé que j'en donne. » (Jov., in Vit. L. X.)

Paul Jove ne participe point à cette glorification. Il accorde la chasteté de Léon cardinal. Mais, tout en objectant les calomnies dont les mœurs des grands sont trop souvent l'objet, il ne craint pas d'avancer que « Léon, pape, n'échappa point au reproche infamant d'un amour déshonnête pour quelques-uns de ses nobles camériers italiens).

Ici, - incedo per ignes — se pose une question délicate. — Entre ces hommes et dans ce milieu, des Grecs de la belle époque eussent trouvé pour leurs mæurs et leurs goûts de toute nature plus que de la tolérance. Tout, sensations, habitudes, raffinements individuels et sociaux, rapproche le lettre de la Renaissance de l'Hellène des gymnases et des académies. Aux lignes pures de la Vénus idéale, aux charnelles splendeurs de la

1. Quid referam castos vitæ sine crimine mores?

2. «Equidem cum multa et maxima et admiratione summa dignissima libenter commemorarim et meminerim, super omnia tamen est cæteris eximiis virtutibus adjecta vis, quæ adeo circumfusas undique sensibus voluptates perdomuit, perfregitque, ut non extra libidinem modo, sed, et quod raro ulli contigit, extra famam libidinis, tam in pontificatu, quam in omni ante acta vita se conservarit, jugiterque conservet. »

(Math. HERCULAN., ap. Fabronium, in Vita Leonis decimi,

in adnotationibus, p. 81.) 3. « Non caruit etiam infamia, quod parum honeste non nullos e cubiculariis (erant enim e tota Italia nobilissimi) adamare, et cum his tenerius atque libere jocari videretur. Sed quis, vel optimus atque sanctissimus princeps, in hac maledicentissima aula lividorum aculeos vitavit? et quis ex adverso tam maligne improbus ac invidiæ tabe consumptus, ut vera demum posset objectare, noctium secreta scrutatus est? »

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