Immagini della pagina
PDF
ePub

Laurent fut un véritable homme de lettres. On ne pourrait, malgré le mérite des quelques écrits qui nous sont restés de lui, accorder ce titre à son fils. Là, comme dans les arts plastiques, il demeure un grand amateur. Il est plus digne du nom de musicien par sa prédilection spéciale pour le chant et la composition. Peut-être sa participation, dès l'âge de treize ans, comme cardinal, aux cérémonies du culte le disposait à la pratique d'un art véritablement ecclésiastique par la mission longtemps prépondérante qu'il remplit.

N'oublions pas que la Musique est la plus haute des sciences mathématiques dans le programme des études avant et même quelque temps après la seconde Renaissance. Les gothiques universités d'Oxford et de Cambridge reçoivent encore des docteurs en musique. La science des sons constitue le couronnement du Quadrivium : elle vient dans l'ordre ascendant la dernière, après la Géométrie, l'Arithmétique et l'Astronomie,

Ce grand art, tout moderne en réalité, attendait Palestrina, qui, brisant les liens de cette captive du plain-chant, lui mit au dos les ailes qui devaient un jour la porter si haut, agrandies par les Pergolèse, les Mozart et les Beethoven.

Malgré sa monotonie, elle n'en exerçait pas moins dès lors, par sa majesté prosodique, semée de mélodies im

1. Le Trivium, on le sait, degré préliminaire de l'enseignement, comprend dans le même ordre la Grammaire, la Dialectique et la Rhétorique. LES MÉDICIS.

22

11.

mortelles dans leur simplicité attendrie ou terrible, un empire qui se prolonge encore dans les effets produits par la liturgie catholique.

L'influence de Léon X amena sous ce rapport all Vatican un changement sensible,

une vraie sécularisation de la musique sacrée. Effet naturel de la mélomanie d’un pape avide d'émotions nouvelles dans tous les arts. Il devait particulièrement s'inquiéter de celui dont son poste officiel lui imposait, pour ainsi parler, le commerce quotidien dans les longs offices de l'Église. Il le cultivait d'ailleurs assidûment et avec distinction. « Il disputait volontiers, dit Fabroni, les diverses questions de sons, d'accords et de tonalités. Et, dans sa chambre à coucher, il avait un luth dont il jouait et sur lequel il rendait, par expérience, raison de ses théories. »

Mieux que la virtuosité musicale, nul goût esthétique ne s'accordait avec la situation de ce curieux aux impressions raffinées.

Dans la confession dernière où Henri Heine nous a laissé comme le testament de son scepticisme fantaisiste et quelque peu malveillant, ce charmant esprit, en ses retours d'hypocondriaque sur son existence passée, sembla regretter que le sort ne l'eût pas investi d'une des grasses prélatures de la curie romaine. Comme, avec ses goûts d'artiste et de museur intellectuel, il eût coulé doucement sa vie, entre la perpétration d'un madrigal à l'objet de ses feux plus ou moins platoniques et la lecture à des confrères d'académies, portant des noms de bergers, d'une docte dissertation sur un vase antique trouvé dans les fouilles du Champ de Flore ou de l’Aquilin! Entre temps, à la suite d'un cardinal ou parmi les sigisbées d'une beauté à la mode, sous les grands pins d'une villa, au bruit des cascades et des jets d'eau, le monsignor eût prodigué les séductions de sa tournure, les fusées de ses concetti. Ou bien, devant un autel (le jour baisse, la tremblante lueur des cierges jette des miroitements subits sur les tons chauds d'une fresque, de béats et énervants aromes invitent à l'extase assoupie), le jeune prélat écoute, de sa stalle, les voix étranges des soprani tisser en complexes accords le thème savanment varié d'une fugue de sa composition... N'abusons pas de ce rêve hypothétiquement rétrospectif d'une imagination délicate et fatiguée. Mais cette fantaisie de Heine aide à comprendre l'atmosphère où il faut se tenir pour s'expliquer Léon X, et son attrait pour les fonctions du culte inséparables de la musique,

1. FABRONI, lib. I, p. 207.

ce catholi: cisme, en un mot, cadre et décor nécessaires de ces pompes et de ces délicatesses.

Le pape redoutait les longs sermons, il n'accordait pas plus d'un quart d'heure au chapelain qui prêchait chaque dimanche devant lui. En revanche, au lieu des vieux chants de Grégoire ou d'Ambroise, il se complaisait à ouïr, à composer au besoin la musique des hymnes exécutées dans sa chapelle avec des soins minutieux. Les premiers artistes du temps y figuraient, Gabriel Merino, depuis évêque de Bari; l'archidiacre Francesco Paolosa; Pierre Aaron de Florence, chevalier de SaintJean-de-Jérusalem, chanoine de Rimini, auteur du traité intitulé : Toscanella della Musica! Alexandre Mellini, Florentin, dirigea le cheur. Les lettrés les plus célèbres reconstituaient sur le mètre d'Horace ou de Catulle, et avec leurs expressions mythologiques, pour le rituel intime du pape, les proses de la Liturgie.

S'il ne pratiqua pas les arts du dessin, le fervent patronage que Léon étendit sur l'architecture, la statuaire et la peinture, fut autrement fécond que l'intérêt accordé par lui à la musique. Son genre de vie et, si je puis m'exprimer ainsi, l'éclat plastique dont s'entouraient la cour romaine et les classes élevées, leur goût croissant de représentations et de fêtes extérieures, partagé du reste par la foule, le disposaient merveilleusement à encourager tout ce qui enchante l'æil, tout ce qui favorise la perfection des formes. · Nous avons peut-être abusé des descriptions de cortèges et de fêtes. Ce côté extérieur de la vie sociale méritait pourtant d'être traité pour ce qu'il a de pittoresque et d'éloquent aux yeux. Léon X eut au plus haut point le culte de ces pompes où le sacré se mêle au profane sans répuguance, — ad majorem gloriam... dirai-je Dei ou

1. Impr. à Venise en 1523. Voy. Roscoe, Léon X, t. II, ch. XXIV, p. 393; · FABRONI, Vit. L. X, p. 205.

Deorum ? Si l'on n'appréhendait les redites, on suivrait sur les pas du médecin florentin Penni' la plus solennelle des théories pontificales, sous les arcs de triomphe, entre les riches tentures et les cartels mythologiques décorant les palais et les maisons. C'était le 11 avril 1513, fête de saint Léon le Grand, à l'occasion de la prise de possession de la basilique de Saint-Jean-de-Latran, métropole de toutes les églises du monde. Notre guide ne fait grâce de rien : ordre de la cavalcade, costumes, statues et bas-reliefs antiques et modernes, colonnes, chapiteaux et architraves des arcs de triomphe, tapis historiés de figures, étoffes de velours aux mille teintes, brocarts d'argent et d'or.

Ce ne sont que festons, ce ne sont qu'astragales.

Sous ces arcs élevés par de riches particuliers (le banquier Agostino Chigi entre autres), par des corporations de marchands (celui des Florentins est splendide), il y a des tableaux de maîtres représentant des actes de la vie de Léon ou des allégories à sa gloire, comme instaurateur de la paix, protecteur des études, régénérateur des arts. Toutes sortes d'allusions héraldiques, force lions variés de posture, unis aux palle, au lys, au joug, emblème choisi par le pape avec cette

1. Alla clarissima signora et madonna, madonna Contessina, del magnifico Piero Ridolfi consorte et del summo pontefice Leone X carnale germana, maestro Jo. Ja. PENNI, medico Florentino, S. P. D.

« IndietroContinua »