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devise scripturaire : Jugum meum suave est, et onus meum leve.

Ce tableau naïf est à lire dans sa teneur, et parce qu'il fait assister à la fête, et pour le sincère enthousiasme qu'il traduit et dont Penni n'est que l'interprète fidèle. Ces triomphes sont des æuvres d'art en action, une affirmation dans la vie extérieure de la synthèse du beau symbolisée dans un homme.

Tous les Dieux païens ont leur statue. Ils sont là comme en famille, côte à côte avec leurs successeurs, enveloppés, les uns et les autres, humbles pêcheurs galiléens, demi-Dieux de l'Olympe, dans les mêmes magnificences théâtrales. Vénus elle-même maintient ses droits. Sur la boutique de maître Antoine de San Marino ·, orfèvre, on remarquait une statue de cette déesse en marbre; au-dessous était écrit en lettres d'or ce vers :

Mars fuit, est Pallas, Cypria semper ero.

Mars fut, Pallas est; moi, Cypris, je serai toujours. »

Cette devise faisait allusion au distique suivant, placé sur l'arc dressé par Messire Chigi :

Olim habuit Cypris sua tempora, tempora Mavors

Olim habuit, sua nunc tempora Pallas habet.

« Cypris eut jadis son temps, Mars aussi, maintenant Pallas a le sien.

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1. J. Jacq. Penni.

On sourit, quand le bon Penni compare, un peu après, les splendeurs profanes de ce triomphe à l'entrée du Christ à Jérusalem le jour des Rameaux !

« Nombreuses étaient les statues de marbre, d'albâtre, de porphyre, qui valaient un trésor, et, comme elles sont antiques et belles, il m'a paru que je devais en parler quelque peu. D'abord je vis là une Diane d'albâtre qui semblait réellement vouloir parler, puis un Neptune avec le trident, un Apollon avec le cheval (Pégase) au côté, très gracieux, un Marsyas qui, joyeux, faisait retentir son harmonie, une Latone avec ses deux petits enfants dans ses bras, un Mercure plein de mouvement (con acto veloce), un fidèle Achate, un Bacchus joyeux, un admirable Phæbus, un charmant Narcisse, un Pluton et un Triptolème, avec deux autres statues sans nom, tout entières, très antiques et belles, avec douze têtes d'empereurs et d'autres, des antiques et fameux Romains. Il aurait été nécessaire de voler (più de uno corso volare) pour pouvoir contempler ces choses. Après qu'on eut passé en chevauchant de l'une à l'autre décoration, peinture ou tapisserie, chacun voulant montrer l'allégresse qu'il avait dans le caur, il me sembla que ce jour était celui où le Rédempteur de la nature humaine alla à Jérusalem, le jour des palmes, et, au lieu de dire : Hosanna, fili David ! ils criaient : Vive le Pape Léon! et Palle, Palle! et, au lieu de branches d'olivier et de palmier, on voyait par les rues des draperies et des tapis... )

Ce ton triomphal est la note dominante du règne : elle tourne à la monotonie sous la plume des panégyristes...

...Jam jam novus in terra descendit Olympo
Juppiter, et sancto lætatur Martia vultu
Roma, triumphales iterum ductura quadrigas.

Roma tuum meritis decimum venerare triumphis!
Felicem patriam ! felices principe tanto
Hunc populum ! hosque patres! felicia mænia Roma!

Roma tuum meritis decimum venerare triumphis!
Sancte pater, hominum reverentia, cura deorum,
Spes miserům, lux clara hominum, decus atque deorum,
Aspice nos, felixque pias ne desere Musas!.

C'est une interminable litanie, une amplification sur ce thème pareil au motif d'un concours de peinture historique :

« Pompe des enfants de Romulus accueillant leurs pères de Toscane. Ils reconnaissent leur race, et, parmi ces honneurs antiques, ceux dont l'accession accrut la cité, leurs ancêtres et la gent qui porte la toge. )

... Patriis assurgit Romula Thuscis Pompa : genusque suum, et veteres agnoscit honores, Unde urbem, proceresque auxit, gentemque togatam

Ce penchant aux représentations extérieures se retrouvait dans les amusements du pape : il faut bien en convenir, pas plus que ses plaisanteries, ce n'est point par le bon goût qu'ils se distinguent toujours. Ces facéties jureraient avec sa nature attique, si l'atticisme lui-même, à sa source, n'offrait pas de ces contrastes. Témoin la farce d'Aristophane, parfois si grossière. Mais j'avoue goûter peu les anecdotes des biographes du pontife touchant la pléiade des mauvais versificateurs, bouffons ou sottement vaniteux, qui servaient de passe-temps à Jean de Médicis. A leur tête s'avance le glouton Camille Querno, revêtu par le pape lui-même du titre d'archipoète. Pendant qu'elle dine, Sa Sainteté fait passer quelques morceaux de sa table à ce malheureux assis près d'une fenêtre de la salle. A sa suite, on remarque, avec Tarasconi, le musicien ridicule, Jean Gazoldo, Jérôme Britonnio, et le fils dégradé du célèbre historien Poggio,

1. JANUS VITALIS Castalius Leonem X, pont. maximum, Lateranen. episcopatum ingredientem lætabundus admiratur. Roscoe, II, Append., p. 385 et seq.

2. JAN. Vit. CAST., etc., st. 1.

- cynique, celui-là, non dupe, une manière de Neveu de Rameau, compensant ses déboires par une large consommation de boudins de paon !... Mais le poète des poètes, sérieux entre les sérieux, convaincu de sa gloire et de la sincérité des hommages qu'elle reçoit, c'est Baraballo, gentilhomme de Gaète, imposant sexagénaire aux nobles traits, à la belle chevelure d'argent.

Ce niais solennel prudhommesque vaut à lui seul les autres grotesques réunis. Aussi le pape eut-il l'idée de renouveler pour lui le triomphe de Pétrarque.

Le roi de Portugal Emmanuel venait justement de lui envoyer un superbe éléphant, le premier mené à Rome depuis les Césars. Il servira de monture au Lauréat.

Après que l'imperturbable Baraballo a récité devant la cour assemblée ses plus exhilarantes insanités, il est huché sur l’animal, dans la cour du Vatican, pour être conduit au Capitole. Le pape regardait d'une fenêtre.

Un nombreux cortège, écrivains, artistes, accourus pour la cérémonie, y figuraient bizarrement accoutrés autour du triomphateur, drapé d'un manteau de pourpre brodé de palmes d'or. Par malheur, il ne put aller plus loin que l'entrée du Pont Saint-Ange. Effrayé du bruit de la foule et des détonations d'artillerie, le pachyderme secouait étrangement le nouveau Pétrarque, et refusait d'avancer.

Un portrait est tenu de reproduire les défauts du modèle. Il garde, s'il l'a fait, une autorité documentaire assurée, malgré le sentiment de l'interprète, inévitablement personnel, quelque soin qu'il ait pris de traduire avec scrupule. Selon que cet instinct serre d'une approximation plus exacte, et sans en omettre aucun aspect, la réalité vivante, on réussit mieux à la reproduire, également éloigné de la caricature et de l'idéalisation. A des physionomies ondoyantes et diverses, comme celle de notre héros, cette règle s'applique surtout. Dénuées de ce que la langue spéciale de l'art nomme parti-pris, composées de lignes brisées et enchevētrées, elles ne présentent aucun de ces traits qui, isolés, par là même outrés, permettent de retrouver le modèle. Le caractère de Jean de Médicis n'offre pas cette facilité : il n'a rien d'énergiquement accusé; nulle face ne ressort, ne s'impose. Il ne vaut, si je puis dire, que par l'ordonnance de détails intéressants, mais tous, ou à peu près, d'une même importance relative : nulle

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