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qualité n'y exerce une suprématie absorbante et complètement attractive; nulle faiblesse n'y provoque de violente répulsion. On peut, jusqu'à un certain point, comme Montaigne aima Paris, l'aimer en seş verrues.

Cette figure, avec toutes ses ondulations, attire le curieux en quête du dessous des choses plus que de leurs apparences bruyantes, car, comme ces choses mêmes, vues au fond, sous leurs fluctuations inconsistantes, elle ne rebute par aucun angle l'observateur désintéressé.

Tandis qu'elles vont, ces apparences, à grand fracas, à coups d'État et d'éclat, semblant apporter des solutions nouvelles (et elles en apportent à certains égards, au point de vue de l'assiette matérielle des sociétés), la culture raffinée de l'esprit et de l'imagination, l'étude sagace, l'aperçu sans illusion des réalités d'un monde à jamais livré à l'à-peu-près brutal des forces, la contemplation supérieure, ce pourchas du savoir pour le savoir, de l'art pour l'art, de la pensée pour la pensée, se continuent sous les évolutions de l'histoire en des centres d'élite, transportés çà et là, développés plus ou moins selon la clémence variable des milieux. Féconds pour amplifier et transmettre le trésor intellectuel de l'humanité, seraient-ils stériles, ces centres où s'élaborent et les théories dont l'application centuple la puissance productive du travail, et les œuvres esthétiques d'où le type humain, éternel modèle de l'individu concret et borné, s'élève par une abstraction sublime en grandeur, en sympathie, en beauté ? La part de Marthe n'est pas mauvaise. Loin de nous tout mysticisme énervant, comme toute infatuation aristocratique et pédante ! Mais Marie aussi a la bonne part : elle doit la garder.

La lueur morale éclairant désormais les penseurs amants de la forme, les plus étrangers aux appréciations de la pratique sociale étaient au-dessous des horizons du seizième siecle. Mais l'adage de la sagesse polythéiste (contrarié ou étouffé chez certains par l'homo homini lupus), - l'homo sum, humani nihil a me alienum puto, constituait-il le plus souvent leur credo, vague encore, mais conscient en quelque mesure ? — Il serait téméraire de l'affirmer.

Dans l'hypothèse la plus favorable, on ne saurait s'étonner qu'il ne pût conduire et féconder la pratique. Quelle transition d'une élite numériquement si faible aux classes réellement dirigeantes : princes, seigneurs, juristes ! Celles-ci se trouvaient, sous l'aspect intellectuel et moral, presque au niveau de la masse. La théologie chrétienne était encore pour longtemps le régime spirituel ou l'attache d'habitude du grand nombre.

L'oligarchie placée à la tête du clergé n'avait prise sur les faits, elle ne pouvait exercer d'influence politique et sociale que sous le couvert d'un culte qu'elle dut bientôt défendre contre une forme rivale du christianisme. A ces efforts, au recrutement nouveau qu'ils exigèrent, elle gagna un regain de foi qui coupa court, en apparence pour quelques-uns, réellement pour la majorité de ses peu d'an

membres, aux tendances sceptiques de la seconde Renaissance platonicienne et aristotélique.

Au moment où nous sommes, avec les convenances indispensables à son rôle officiel, Léon X, nées avant le coup de foudre de Luther, semble porté par ces aspirations à la limite extrême des licences compatibles avec son poste dans l'Église. Est-ce à dire qu'il pouvait lui permettre des propos comme celui-ci, au fort de la vente des Indulgences : ( - Admire, cher Bembo, combien cette fable du Christ nous rapporte ?» Je crois plutôt le nouvelliste Bandello, quand il assure qu'en apprenant les premières thèses soutenues par Luther sur ce sujet, le spirituel Médicis, l'amateur des joutes de l'esprit, ait pu s'échapper à dire au Maître du Sacré Palais, Silvestre Pierio : « – C'est un beau génie » que cet augustin, et les plaintes contre lui sont jalou» sies de moines (invidie fratesche) ! »

Je ne m'étonne pas davantage d'un troisième ana, non moins rebatiu que les deux précédents. Les paroles qu'on prête à Léon sont au moins dans la donnée de son caractère et de son temperament, dans la mesure qu'il pouvait se permettre sans trop de péril. Je ne saurais partager en ce point l'opinion de Bayle : la narquoise bonhomie de l'illustre critique s'y fait trop beau jeu. « On rapporte, assure-t-il, un autre conte, qui est exposé » à la même batterie que le premier. On a dit que » Léon, ayant ouï disputer deux hommes, dont l'un » niait et l'autre affirmait l'immortalité de l'âme, pro

» nonça que l'affirmative lui semblait vraie, mais que » la négative était plus propre à donner de l'embon» point. »

Cette pointe voltairienne ne paraît pas hors de place dans l'âge de ce mi-Arouet d'Érasme. Elle s'accorde d'ailleurs parfaitement avec la situation tenue par l'école d'Aristote dans ce débat qui va occuper la prochaine session du concile de Latran. Ne verrons-nous pas bientôt Pomponace, le plus éminent des théoriciens de Padoue, soutenir que l'âme est mortelle d'après les données de la raison, immortelle de par l'autorité souveraine de la Révélation ?

Assurément, les penseurs qui soutenaient cette thèse dualiste penchaient au moins, s'ils ne s'y arrêtaient pas tout à fait, pour la mortalité de l'essence intellective de l'homme. Affirmerait-on que certains ne la soutinssent pas comme un pur jeu d'esprit compatible avec l'orthodoxie la plus sincère ? La raison humaine, même aujourd'hui, a de ces abîmes d'équivoques et de contradictions.

Venons au protecteur des arts plastiques, à l'ami de Sanzio, sans oublier le poète. Latiniste accompli, et dont les lettres ne déparent pas les recueils épistolaires de Sadolet et de Bembo, il a peu cultivé la Muse, — adorée (c'était de famille). On cite de lui des impromptus improvisés à table, et ces iambes d'un style ferme et précis, inscrits à Florence sur le socle d'une statue de Lucrèce :

In Lucretiæ statuam.

« Je succombe de mon gré, ayant ce fer fixé dans mon sein : il me plait d'avoir fait cela de ma main; nulle héroïne n'accomplit cette action plus promplement pour l'honneur de sa virginité. Il me plait de regarder mon propre sang et de l'invoquer par ces âpres exécrations.

» 0 sang plus corrosif en moi que le venin colchique, par lequel le chien du Styx ou l'hydre féroce semblent lorturer mes membres par une atroce peine, coule, peste, et retourne en vieux poison : sors, amer virus, à moi odieux et funeste, parce que tu as fait ce corps élégant et aimable.,

» Et cependant, Lucrèce n'avertit-elle point ses concitoyennes d’être toujours douées de pudeur et de chasteté, et de garder leur foi entière à leurs maris ? Car c'est la grande louange du peuple de Mavors, que les femmes se réjouissent de leur chasteté, et s'étudient à plaire aux hommes plutôt par cette gloire que par la beauté et la grâce. Ainsi il m'a plu de confirmer ceci par ma mort, même cruelle : - L'âme pure doit être aussitôt arrachée à la garde d'un corps 'souillé !. »

1.

Libenter occumbo, mea in præcordia
Adactum habens ferrum; juvat mea manu
Id præstitisse, quod viraginum prius
Nulla ob pudicitiam peregit promptius ;
Juvat cruorem contueri proprium
Mlumque verbis execrari asperrimis.

Sanguen mi, acerbius veneno Colchico,
Ex quo canis us, vel Hydra pr crox
Artus meos compegit in pænam asperam,
Lues flue, ac vetus reverte in toxicum;
Tabes amara, exi, mihi invisa et gravis,
Quod feceris corpus nitidum et amabile.

Nec interim suas monet Lucretia
Civeis, pudore et castitate semper ut
Sint præditæ, fidemque servent integram
Suis maritis, cum sit hæc Mavortii
Laus magna populi, ut castitate feminæ

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