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Il faut joindre à ce spécimen de ses talents littéraires et quelques vers latins bien frappés, souvent composés in promptu, et les épitres, les brefs de lui recueillis entre ceux de ses secrétaires.

Mais on n'aurait ainsi que la moindre part de son œuvre dans le champ des lettres, où Léon X apparaît surtout comme instigateur. Il préside avec amour au travail de fouille et de récolement par lequel se reconstitua le trésor des productions antiques ensevelies dans les archives des couvents. Son activité réellement catholique, universelle sur ce point, rayonna du sud au nord comme celle d'un nouveau saint Grégoire. Mais ce n'est plus la foi qu'à l'instar des missionnaires de ce grand fondateur de la Catholicité, ses envoyés ont charge de répandre. Ces découvreurs, patients Colombs d'une autre Atlantide, à demi submergée, ils vont sondant, sous l'alluvion des âges, les mystères du palimpseste, les dépôts oubliés de l'érudition et de la poésie païennes. Aussi bien, pour compléter leur écrin littéraire, pour quelques pages de Cicéron ou de Quintilien, ils dispensent au besoin, avec une prodigalité grosse de périls prochains, les valeurs de la banque romaine, la grande et la petite monnaie des Indulgences.

Et ce n'est pas seulement sous la forme du Livre que

Lætentur, et viris mage ista gloria
Placere studeant, quam nitore et gratia?
Quin id probasse cæde vel mea gravi
Lubet, statim animum purum oportere extrahi
Ab inquinati corporis custodia.

ce

s'opère cette résurrection, sous le patronage de Jean de Médicis.

L'édifice antique sous son double aspect, l'austère majesté du peuple-roi, l'exquise sobriété de l'art grec,

ces colosses de pierre profilant sur le ciel bleu leurs sombres assises : thermes, arcs triomphaux, aqueducs, noires substructions des égouts marquées du cachet utilitaire et gigantesque d'une persévérante édilité, et, à côté, dans ce Vélabre, plein de terreurs nocturnes, sorte d'ossuaire architectural où la marée montante des siècles a stratifié ses couches, l'élégance hellénique de la rotonde de Vesta ou du temple de la Fortune Virile, tragique ensemble signalé par Pétrarque, et qui émouvait déjà la vague intuition de Rienzi, Rome païenne, soulevant avec la Grèce, son institutrice et sa captive, le couvercle de son sépulcre, Rome se révélait peu à peu à ses adorateurs.

Cependant, au-dessus de cette Josaphat d'un monde, émergeaient les Déités de la Fable, les types célèbres de la statuaire antique, l'Apollon du Belvédère, et l’æuvre, décrite par Pline, d'Agésander de Rhodes et de ses fils Athénodore et Polydore. Félix de Frédis, en 1506, a découvert dans sa vigne ce drame de marbre du Laocoon, et les poètes romains l'ont salué de leurs hymnes dans une fête solennelle.

«Que célébrerai-je d'abord par mes éloges, s'écrie Sadolet, le malheureux père ou sa double postérité, ou les serpents au terrible aspect, s'enroulant dans leurs replis ondulés, ou la LES MÉDICIS.

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queue et les fureurs de ces dragons, et les blessures qu'ils infligent, et ces douleurs, qui, dans un marbre mort, semblent vivre d'une aie vie ? »

Vulneraque et veros, saxo moriente, dolores !

Ce culte trouva son pontife. Par une association féconde, Léon X, au début de son règne, rencontrait, pour réaliser sa pensée rénovatrice, le génie synthétique et exquis du vrai représentant dans l'art de la seconde Renaissance à son zénith.

Tout semble dit sur Raphaël, non moins grand, bien que d'une grandeur plus discrète, plus apaisée, que celle de Michel-Ange. Par là, sans doute, par ce côté plus discipliné, plus impersonnel, de sa nature, le peintre des Stanze se prêtait mieux que celui de la Sixtine à mener, en quelque sorte des hauteurs de son imcomparable esprit, le cheur triomphal des interprètes du Beau. « Il avait su, dit Vasari, établir une telle harmo> nie entre les artistes de son école, que jamais le » moindre démêlé, la moindre jalousie, ne vint troubler » la durée de cette union. Ce rare accord était produit » par son talent et son caractère... et par ces qua» lités heureuses qui lui gagnaient tous les cours, au » point que, non seulement les hommes, mais les ani.

maux eux-mêmes l'affectionnaient.)

Cette unité dans le caractère et dans le talent justifient la préférence qu'il obtint sur Michel-Ange de la part de Jean de Médicis.

Il s'offrait naturellement au choix spontané du pape comme artiste favori, comme instaurateur et guide de son @uvre de régénération plastique.

Les rapports de Léon et de l'Urbinate, sous ce double aspect, peuvent se résumer en deux dates.

La première, — 1513, — le montre saisi par la pensée du nouveau règne, prêtant l'essor de son génie à l'apothéose de son protecteur. Il peint dans une chambre du Vatican, en face de sa fresque : Héliodore chassé du temple,

Saint Léon arrêtant la marche d'Attila. Éblouis par le glaive flamboyant de l'Ange, le Fléau de Dieu et ses cavaliers, à l'armure d'écaille, reculent devant le saint pontife, qui n'est autre que le portrait équestre de Léon X. Il s'est placé lui-même derrière son maître, en porte-croix.

En 1516, un bref le nomme, sur la recommandation de Bramante mourant, architecte en chef de Saint-Pierre et surintendant des antiquités et des fouilles archéologiques de Rome. « Comme il m'a été rapporté, lit-on » dans ce document, que les marbriers emploient in» considérément et taillent des marbres antiques sans » égard aux inscriptions qui y sont gravées, et qui sont » des monuments importants à conserver pour l'étude » de l'érudition et de la langue latine, je fais défense... y de scier ou de tailler aucune pierre écrite sans votre » licence, sous peine d'une amende de cent à trois cents n écus d'or. »

Nous avons le rapport où Rappaël expose ses vues sur

sa mission. L'érudit apparaît en cette pièce, non moins que l'architecte-ingénieur (au sens le plus technique), et, par-dessus tout, l'adepte enthousiaste et hardi du culte professé par Léon X plus que le catholicisme rigide. Il s'y montre comme son coreligionnaire et, pour ainsi parler, son ministre au département du Beau.

C'est en dirigeant ces fouilles que le Sanzio vit un des premiers les peintures des thermes de Titus, dont il sut si bien s'inspirer.

« Il est beaucoup de gens, – dit-il, – Très Saint Père, qui mesurent à leur petit jugement les grandes choses écrites des Romains, touchant leurs armes, et de la cité de Rome, touchant l'art merveilleux, les riches ornements, et la grandeur de ses édifices, estimant ces choses plutôt fabuleuses que vraies. Il n'en est pas ainsi pour moi. Car, considérant d'après les restes qui se voient encore des ruines de Rome, la divivité de ces génies antiques, je n'estime pas hors de raison de croire que bien des choses nous paraissent impossibles, qui leur étaient très faciles. Aussi, ayant été fort studieus de ces antiquités, et n'ayant pas mis peu de soin à les rechercher minutieusement et à les mesurer avec diligence, et, lisant les bons auteurs, à confronter les œuvres et les écrils, je pense avoir obtenu quelque notion sur l'architecture antique. Ce qui, d'un côté, me procure un très grand plaisir à raison de la connaissance d'un objet si excellent, et, de l'autre, une très grande douleur, voyant, en quelque manière, le cadavre de cette noble patrie, qui a été la reine du monde, ainsi misérablement lacéré. C'est pourquoi, si pour chacun est un devoir la piélé envers les parents et la patrie, je me tiens obligé de consacrer toutes mes chétives forces, afin que, le plus qu'il se peut, reste vivant un peu de

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