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Un ange rassure le nouveau converti et lui annonce la victoire.

Du reste, comme Shakespeare dans quelques-uns de ses drames, Laurent n'épargne pas les anachronismes. Il prête aux légionnaires passe-volants, arquebuses, espingards, bombardes, toutes les sortes, tous les calibres d'armes à feu en usage de son temps.

Gallicanus recommande à ses cavaliers de veiller à ce que les bombardes ne soient pas enclouées par l'ennemi'. Il s'empare de la ville assiégée, et fait grâce au roi des Daces et à ses fils. Dépêché à Constantin, un envoyé lui annonce cette conquête, dès la stance suivante, et lui demande un bon pourboire.

Dammi un buon beveraggio, ch'io lo merto.

Le roi vaincu parait devant l'empereur, qui l'accueille généreusement :

« L'âme qui aspire aux choses dignes, tant qu'elle peut, cherche à ressembler à Dieu; elle s'efforce de vaincre, et désire l'emporter, – jusqu'à ce qu'elle ait contenté son haut désir; – mais, ensuite, l'indignation conçue et l'ire, -l'offense, sont mises par elle aussitôt en oubli. Je te pardonne et j'ai déjà déposé ma colère : - je ne veux pas le sang, mais la gloire et le règne 3. »

Tous ces personnages sont des saints. Ce tortueux Constantin de l'histoire, si audacieusement béatifié, malgré ses vices et ses crimes, par la politique de l'Église, apprend avec édification la conversion de Gallicanus; il raconte à cet heureux père que Constance, la promise du général, vient d'amener au vrai Dieu les âmes d'Attica et d'Artemia.

1. St. 79.

St. 72-80. 3. St. 85.

Le vieil Auguste abdique pour se donner tout entier au Seigneur. Son fils Constantin lui succède avec l'assentiment de ses frères Constant et Constance, qui ne réclament que le devoir de le servir du conseil et de l'épée'.

Une révolte éclate, Constance et Constant marchent contre les rebelles et sont tués.

L'Empereur découvre vite la cause de ces désordres : Jupiter se venge de la tolérance dont les chrétiens sont l'objet.

« Je sais que cette persécution sur moi provient toute d'une erreur que j'ai commise; — car je supporte sous ma juridiction -- cette gent vile qui croit au Christ. -- Je veux y remédier, si c'en est la raison, - en persécutant cette vaine foi. »

On voit avec quel sans-façon l'histoire est traitée. Le neveu de Constantin le Grand est mandé pour défendre l'empire qu'il héritera. L'Apostat arrive, déplorant la décadence romaine, attribuée par lui aux chrétiens.

Da quella parte là, donde il sol muove,

In fin dove poi stracco si ripone,

1. St. 103. 2. St. 113.

Eron temute le Romane pruove;
Or siam del Mondo una derisione :
Poichè fur tolti e sacrifici a Giove,
A Marte, a Febo, a Minerva, a Giunone,
E tolto è 'l Simulacro alla Vittoria,
Non ebbe questo Imperio alcuna Gloria.

« Qu'on restaure l'autel de la Victoire, qu'on rouvre tous les temples, qu'on Ote aux chrétiens leurs biens périssables... Le Nazaréen n'a-t-il pas ordonné à ses fidèles de briser à ces viles attaches ? »

Ad ogni Cristian sia tolta tosto
La roba, acciocchè libero contempli :
Che Cristo disse a chi vuol la sua Fede,
Renunzi a ogni cosa ch' e' possiede,

Paul et Jean sont amenés devant Julien. - Qu'ils renoncent à leurs biens, ou adorent Jupiter. Sur leur refus, l'empereur leur donne dix jours pour se décider; passé ce terme, le dernier supplice punira leur résistance. Les deux chrétiens persistent dans leur refus; le monarque bel-esprit leur répond par une citation de l'Évangile :

« Dans la loi du Christ on trouve ce dire, que Dieu ne te sauve pas, sans toi-même; - et cette parole est vraie et naturelle – (quoique je n'accorde pas la vérité de cette foio). )

Les deux chrétiens sont inébranlables. En vain le bourreau les veut faire adorer une statuette en or de Jupiter.

1. St. 118. 9. St. 128.

« Jupiter, dit Paul, est une planète qui meut son ciel (on reconnaît là Laurent, le disciple, le fils en Platon de Marsile), - mais une plus haute puissance meut Jupiter lui-même 1. )

Julien, du reste, est peint avec toutes les vertus d'homme et d'empereur. Il résume, dans une allocution, les devoirs du prince envers le peuple :

La Signoria, la roba dello Impero,

Già non è sua, anzi del popol tutto?.

Il en est « le distributeur, non le propriétaire ni l'usufruitier ». Il vengera les outrages que le Parthe fit au nom romain. Aussitôt l'empereur se met en marche avec son armée.

Cependant saint Basile, à Césarée, implore la justice du ciel contre l'Apostat. La Sainte Vierge apparait sur le tombeau de saint Mercure, martyr. Elle ordonne à ce bienheureux de frapper de son épée Julien « en pleine poitrine » .

Le persécuteur de l'Église meurt frappé miraculeusement, en poussant le cri légendaire : « Galiléen, tu as vaincu'! »

1. St. 130. . St. 135. 3. St. 112. i St. 116.

CHAPITRE XX.

LA GIOSTRA DI LORENZO.

Curieux moment! toutes les formes de la littérature se produisent dans une pittoresque confusion. Ici, l'épître latine et la satire, et l'ode, restaurées sur le type exact d’Horace. Là, l'élégie appropriant dans le mètre classique les mythes grecs de l'Amour aux histoires amoureuses des belles Florentines. Elles peuplent, celles-ci, — les bords de l'Arno, les coteaux ombreux de l'Étrurie, sous les noms consacrés des Nymphes et des Déesses. Politien raffine l'épigramme dans l'idiome d'Archiloque et de Sapho.

En même temps, les genres créés sous l'influence du catholicisme et de la chevalerie sont cultivés avec ardeur. Il n'y eut pas, comme cela se passa chez nous après Rabelais, - de rupture violente avec les imaginations et la langue du Moyen-Age, avec ses féeries et ses superstitions. L'ironie, souvent mal voilée, dont leurs derniers interprètes les accompagnent, ne parvient pas à en détruire l'attrait. On l'a vu dans Pulci: il annonce l'Arioste. Et qui sait ce que fût devenu le mystère, traité par le sceptique et attique Laurent avec tant de fidélité

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