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quences, c'est que chassé, privé de ses États par le pape et forcé de se soumettre, il n'eut plus qu'une pensée : la levée de l'excommunication lancée de Rome contre lui. Car, outre les griefs de Léon, à raison du refus de ce duc de remplir ses engagements comme vassal de l'Eglise dans la guerre avec la France, des offres de service faites en son nom par le comte Baldessar Castiglione à François Ie", le saint-père reprochait à ce La Rovère, si atterré des coups de la foudre ecclésiastique, d'avoir tué de sa main dans une rue de Ravenne le cardinal de Pavie '.

Målgré la mort prématurée de Jean des Bandes Noires (1526), les faveurs de la fortune s'étaient définis tivement portées sur le rameau puîné de la famille, aux dépens des descendants du Père de la Patrie. Laurent II succomba dès 1519 aux atteintes du mal de Naples. Le fils du Grand Diable, Cosme Ier, montera sur le trône grand-ducal de Toscane. Issu, il est vrai, du mariage du Diavolo avec Maria Salviati, née de Lucrezia, fille du Magnifique, il réunira dans sa personne les droits des deux branches rivales. Mais cette seconde maison des Médicis ne rappelle que de loin le génie et les traditions de la première. Le dernier et le plus illustre représentant de celle-ci compromit vainement, pour en maintenir l'éclat, sa dignité morale et son pouvoir spirituel. Son neveu Laurent le précédait au tombeau, ne laissant qu'une fille, Catherine de Médicis. Dès 1522, quelques mois après la mort du pontife, François-Marie de la Rovère reconquérait pour sa dynastie le duché d'Urbin.

1. GUICHARDIN, Hist. d'Italie, liv. XII, ch. VI.

La politique de famille si obstinément suivie par Léon échouait ainsi, entravant le progrès de l'État temporel, que la force des choses favorisait trop, du reste, pour qu'il pût être sérieusement arrêté.

Dans son palais du Vatican, la royauté du successeur de saint Pierre revêt des aspects toujours plus profanes. - Est-ce un roi ? C'est presque un sultan, trônant entouré, comme les Aroun-al-Raschid et les Saladin, des élus du savoir, des apôtres de la culture intellectuelle. Composé d'hommes graves, d'humeur adoucie, mais mondaine, et aussi d'un escadron volant de jeunes porporati aux mours élégantes et faciles, livrés à l'intrigue, aux arts et au plaisir, le Sacré Collège est une façon de divan, la cour un sérail (je ne dis pas un harem), où couvent les complots sous le rire et les fêtes ; où, affectant l'allure orientale, la justice du Maître (on est loin des crimes des Borgia) se défend comme elle peut, s'armant parfois du cordon contre les plus hautes têtes.

Le cardinal Alphonse Petrucci n'avait pas trente ans. Fils de Pandolphe et frère de Borghèse Petrucci, il avait été chassé et privé du gouvernement de Sienne par Léon X, malgré les services rendus aux Médicis par sa famille. D'accord avec un autre membre du Sacré Collège, le Génois Bandinello de Sauli, il s'était adressé au chirurgien Battista de Vercegli pour empoisonner le saint-père. Vantant l'habileté de ce célèbre opérateur, il avait engagé le pape à lui confier le traitement de l'ulcère dont il souffrait. Léon, soupçonneux, refusa de se laisser panser par Battista.

Il faut lire dans les auteurs du temps? le récit de cette conspiration, dans le secret, sinon dans la complicité de laquelle se trouvaient deux autres cardinaux, Adrien de Cornetto et François Soderini, de Volterre, les longs détours par où la vérité fut connue, la pathétique allocution du pape en consistoire, adjurant les conjurés au repentir, l'aveu des coupables terrifiés, la sentence de mort lue à Petrucci par le débonnaire Bembo.

La nuit suivante, 23 juin 1517, l'exécuteur de l'arrêt étranglait le jeune cardinal dans sa prison.

Près du terme de ces études, — dirai-je de cette fresque littéraire? — avons-nous bien compris le type autour duquel se groupèrent les hommes de la seconde Renaissance, et qui, par sa situation spéciale, résume en lui les phases diverses de ce grand mouvement?

La figure de Léon X s'est offerte à nous sous ses traits onduleux et divers. Elle n'est pas de celles qu’un peintre enlève en quelques touches, s'il en a la puissance. Pour tenter de la rendre (aurons-nous réussi ?), cette audace était hors de propos. Elle n'eût su où se prendre devant l'indécision du modèle et ce qu'il a de flottant, de tout en nuances.

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1. Voy. Guich., liv. XIII, ch. ii.

La physionomie devait se composer en quelque sorte d'elle-même; elle se formait patiemment par la convergence des détails intellectuels et moraux, des développements du caractère expliqués en partie par les milieux ambiants qu'il fallait décrire et objectiver autour de cette intéressante, mais fugitive personnalité.

Telle semblait s'imposer la méthode. Pour justifier le résultat qu'elle atteint, à égale distance de l'admiration optimiste et du dénigrement systématique, cédons la parole à Pasquin, l'impitoyable satiriste de la tiare. Dans la partialité si inique, si envenimée, de sa sentence, on retrouve les traits principaux de Léon X, tels qu'ils nous sont apparus.

Charge et portrait reposent sur les mêmes données :

« Comme le pasteur Protée se fait reconnaitre à son langage ambigu et qu'il erre insaisissable dans les eaux de la mer, ainsi, o Léon, il n'y a nulle foi en toi, nulle constance en tes actes, et tes promesses sont toujours démenties par ta conduite. Le bien, le mal sont également imputables à l'équivoque Léon, et dans son indifférence il croit à peine au vrai“. »

« Il pouvait emprunter aux ours (Orsini) ses titres, par le droit maternel, mais notre myope aima mieux être Lion (Leo). Qu'y a-t-il en toi de commun, 0 taupe, avec le lion ?? »

Pastor ut ambiguo Proteus dignoscitur ore

Et dubius liquidis sæpe vagatur aquis,
Sic, Leo, nulla fides tibi, nec constantia rebus,

Factaque promissis sunt odiosa tuis.
Nec bona nec mala, sunt dubio credenda Leoni.

Est etiam in verum ut vix adhibenda fides.

Sumere maternos titulos cum posset ab ursis,

Mais de ses deux amis, de ses deux grands compagnons d'auvre, comment le séparer! Il ne serait pas connu tout à fait; le politique, le lettré, le philosophe, n'apparaîtraient pas en lui dans tout leur jour, si on ne le suivait pas dans ses intimités avec Bibbiena et Bembo. Sans cet accompagnement nécessaire, pour scrupuleusement fouillé qu'il semble, ce portrait, pivot de ces études, resterait inachevé.

Dès les débuts du règne (1514), une grande fête littéraire eut lieu au Vatican, la représentation de cette Calandria, qui, sans valoir la Mandragore de Machiavel, inaugura toutefois si dignement la comédie moderne. Le célèbre architecte Baldassare Peruzzi fut le machiniste et le décorateur de la scène. La pièce a pour auteur le favori de Léon, Bernardo Dovizi da Bibbiena. L'æuvre est leste, mais des mieux troussées: elle roule sur une perpétuelle confusion de sexe entre deux Ménechmes d'une ressemblance parfaite, un frère et une seur, Lidio et Santilla.

L'intrigue se déroule dextrement à travers des complexités où les quiproquos foisonnent. Le comique, en ses écarts, sans outrepasser de beaucoup les limites de la bouffonnerie, se mêle à l'observation piquante, à une profonde entente du caur humain, du monde en général,

Cæculus hic noster maluit esse Leo.
Quid tibi cum magno commune est, talpa, Leone ?

(Pasquin et Marforio. Histoire satirique

des Papes, par MARY-LAFON.)

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