Immagini della pagina
PDF
ePub

FESSENIO.

C'est la mort, qui était avec toi dans le panier.

[merged small][merged small][merged small][ocr errors][merged small][ocr errors][merged small]

Mon cher, tu ne vois pas aussi le sommeil quand tu dors, la soif quand tu bois, la faim quand tu manges, et encore, si tu veux me dire vrai, la vie, quand tu vis : pourtant, elle est avec toi!.

Bibbiena fut le fidèle compagnon de Jean de Médicis, qui le fit cardinal à son avènement. Comment croire qu'il mourut empoisonné par les ordres du Saint-Père (9 novembre 1520) ? La vie entière de celui-ci répugne à ce soupçon. Un écrivain qui ne se fait pas faute d'accueillir de semblables accusations, Paul Jove, dit seulement qu'il aspirait à succéder à Léon. Cette ambition contrariant les vues du pape, Bibbiena, dans sa dernière maladie, se persuada qu’un euf qu'il venait de manger contenait du poison. Il n'accusait pas le pape; la malignité de quelques-uns l'accusa pour lui. Il était né le 4 août 1470 à Bibbiena, dans le Casentin.

1. Calandria, acte III, sc. II.

Lettré moins assidu que Bembo, il fut plus que ce dernier mêlé aux affaires. On ne saurait les isoler tous deux de l'élégant secrétaire des brefs, Sadolet, évêque de Carpentras, le rédacteur des bulles contre les protestants.

Sadolet est auprès du pape ministre de la théologie, comme Bembo des lettres profanes, et Bibbiena de la politique temporelle.

Bembo, lui (il ne fut cardinal qu'en 1539), touche à tout, et dans ses attributions variées auprès du pape, et dans sa vaste correspondance avec les inaîtres de la terre et les princes de l'esprit.

Génie très libre, vrai type du dilettante, ce politique et ce penseur abonde en échappées où apparaissent la distinction de ses goûts, son culte désintéressé du beau dans la nature et dans l'art.

« Notre Seigneur (le pape) va très bien, écrit-il. Il est maintenant à la Magliana, on croit que demain il ira chasser trois ou quatre jours à Palo. Quant à moi, avec le Navagiero, avec le Beazzano, avec Messer.Baldassar Castiglione et Raphaël, j'irai demain revoir Tivoli que je vis déjà une autre fois, il y a vingtsept ans. Nous verrons le vieux et le neuf, et ce qu'il y a de beau dans cette contrée é. »

Ces quelques lignes révèlent l'homme de la seconde Renaissance, l'honnête homme selon la nature succédant au chrétien sincère ou hypocrite. On montre encore à l'Ambrosiana de Milan une mèche des cheveux de Lucrèce Borgia, duchesse de Ferrare, attachée à une lettre de Bembo. Cet amour, s'il fut réel, de l'auteur des Asolani pour la fille d'Alexandre VI, vaut plus à réhabiliter celle-ci que les arguments colligés par le candide Roscoë à la suite de son histoire de Léon X. Le plus élégant des humanistes du Vatican résume en lui tous les attraits de cette rapide et unique période, grand seigneur et poète, protecteur des arts et philosophe, amant heureux de la belle Morosina, sa compagne et sa muse.

1. Bembo, Lettres, liv. II: Au cardinal de Santa-Maria-in-Portico, à Fiesole.

Da que' bei crin, che tanto più sempre amo

Quanto maggior mio mal nasce da loro,
Sciolto era il nodo : che dal bel tesoro

M'asconde quel, ch' io veder temo e bramo.
El cor, ch' indarno or lasso a me richiamo,

Volò subitamente in quel dolce oro,
A se come augellin tra verde alloro,

Ch' a suo diletlo va di ramo in ramo;
Quando ecco due man belle oltra misura,

Raccogliendo le treccie al collo sparse,

Strinservi dentro lui, che v'era involto.
Gridai ben io : ma le voci scarse

Il sangue, che gelò per la paura :
Intanto il cor mi fu legato e tolto.

De ces beaux cheveux que tant plus j'aime
Que mon mal naît d'eux plus grand,
Le næud se défait : si bien que ce beau trésor
M'abscond ce que je désire, ce que je crains de voir.

Et mon cæur qu'en vain, hélas ! je réclame en moi,
Vola subitement dans ce doux or,
Et fit comme l'oiselet qui parmi le vert laurier
A son gré va de branche en branche;

Quand voici deux mains belles outre mesure,
Recueillant les tresses au col éparses,
Se serrèrent sur lui qui là était empêtré.

Et je criais bien, moi, mais la voix expira,
Par l'arrêt du sang gelé de peur :
En tant, mon cæur fut lié et ravi.

Cet esprit charmant fut un grand esprit. Formé par l'école platonicienne, Florentin d'adoption, ce patricien de Venise dépassa l'horizon de Ficin. Son nom se lie à l'avènement de l'aristotélisme renouvelé.

Il protégea les travaux de Pomponace ou Pomponat (Pomponatius), il défendit contre les persécutions ecclésiastiques ce philosophe dont l'ouvre est à étudier, si l'on veut connaître dans son expression la plus avancée la pensée de la seconde Renaissance.

Le point de vue où elle s'éleva laissait trop en arrière la conception moyenne du siècle pour que l'esprit politique et avisé de la cour de Rome eût à réprimer à son égard ses inclinations intellectuelles. D'accord avec les dispositions libérales de Léon X, cette confiance dans la solide assiette de la papauté explique la tolérance de celui-ci à l'endroit de la doctrine de Pomponace. « Cet » excellent Pape, dit très bien M. Ernest Renan, parlant » des discussions provoquées par cette doctrine, prenait

trop d'intérêt au débat pour songer à brûler les com» battants, et ce fut bien moins pour le clore que pour » le plaisir de le voir durer qu'il commanda une réfu» tation de Pomponat à son théologien de confiance, ► Augustin Niphus“. »

Léon X se montra tout à fait accommodant dans cette querelle. Tandis que le cinquième concile de Latran (VIII session, novembre 1513) anathématise les philosophes qui, à l'aide de la raison naturelle, essayent de démontrer la mortalité de l'âme humaine, le sage de Padoue répond à Niphus que ce dogme inattaquable aux yeux de la foi se prouve uniquement par la résurrection du Christ. « Si Jésus-Christ est ressuscité, nous ressus» citerons ; si nous ressuscitons, l'âme est immortelle. » D'ailleurs, l'ami du pontife, Bembo, l'universel Bembo, a lu le traité de Pomponace, De immortalitate animæ, il n'y a rien trouvé de répréhensible!

Après les persécutions du Moyen-Age, avant le réveil prochain de l'inquisition théologique par le protestantisme, les dépositaires de la tradition sacrée semblaient offrir à l'élite intellectuelle du monde quelques années de trêve, prélude d'un temps meilleur. Par une indulgence tacite, voisine de la complicité, ils permettaient à la seconde Renaissance de préciser, à l'encontre des vieilles doctrines, les formules d'une raison déjà virile. De Cosme l'Ancien, le bisaïeul, à Léon X, l'arrière-petit

1. E. RENAN, Averroès et l'Averroisme, 2° partie, ch. II, p. 366.

« IndietroContinua »