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aux traditions des aïeux, si la scène n'eût pas été envahie d'un côté par le drame pastoral, père de l'opéra, de l'autre par les imitations de Plaute et de Térence?

La Flore esthétique, —si je puis ainsi parler,— a, elle aussi, ses familles naturelles, tranchées, exactement définies par des caractères spéciaux, et ses familles artificielles, produit des sélections de l'art collaborant avec la nature, ou résultat des combinaisons hybrides réalisées parfois par celle-ci.

N'en fut-il pas ainsi du gothique dans l'Italie du MoyenAge, où l'ogive, — comme imprégnée de plein-cintre, — s'arrondit, comprimant son essor dans le ciel? Et, quand le Tasse dira le poème catholique et chevaleresque des Croisades, ses héros n'offriront-ils pas le premier modèle de ce passé de convention qu'a peint Chateaubriand, par exemple, dans le Dernier des Abencéragcs?

Galants et romanesques, ces preux ne rappellent-ils pas le Cortegiano de Castiglione, élevé au palais de Ferrare entre les grandes dames et les beaux esprits? Fidèle miroir d'un siècle d'élégance, l'imagination du chanlre d'Aimide reflétait, —tradition récente, —les souvenirs de fête de ces petites cours, de ces cités, où le banquier Laurent paradait en chevalier du Moyen-Age.

Bel esprit sceptique, et de rime légère, pour célébrer les exploits de ce vainqueur, Luca Pulci enfle à son tour ses pipeaux.

...In sul campo I.orenzo giugnca
Sopra un caval che tremar fa il terreno;

E nel suo bel vessillo si vedea

Di sopra un sole, e poi l'arco baleno,

Dove a Iettere d'oro si leggea:

Le temps revient (sic), che puô interpretarsi,

Tornare il tempo, e 'l secolrinnovarsi'.

«...Au champ Laurent venait — sur un cheval qui fait trembler la terre, — et sur sa belle enseigne se voyait — en haut un soleil, et puis l'arc-en-ciel, — où en lettres d'or on lisait : — Le temps revient, ce qui peut se traduire : — le temps retourne, et le siècle se renouvelle. »

Tornare il tempo, e'1 secol rinnovarsi.

C'est le mot de la Renaissance, le vers, de Virgile, si souvent rappelé!

Novus nb integro seclorum nascitur ordo.

La devise est en français : Le temps revient. Par octroi de Louis XI, les Médicis n'ont-ils point trois fleurs de lys dans leurs armes? Ne sont-ils pas les bons amis de la France, et, en cette occasion, — faiblesse de parvenus, — les imitateurs de sa noblesse qui donnait toujours le ton en matière de chevalerie?

Au début, à l'honneur de Laurent, ce Laurier, favori d'Apollon, le poète prodigue ses réserves d'allusions mythologiques... « S'il chante, c'est que le destin le pousse... »

I. Per la Giostra del Magnifico Loremo de' Medici, lutta in Firenze, l'anno li68, stanz. fi1; dans le recunil intitule : liisnrgimenlo delia poenia italiana dopo il F'elrarca, etc. ; Londra, 1813, per Giovanni BretTeix, in—i°.

u Je dis avec ceux qui sont avisés que les choses du monde sont guidées par le cours des étoiles et des planètes, — et elles n'en sont pas moins fixées par le destin, quand même leurs effets soient encore secrets, et ce qu'elles accomplissent découle de la nécessité. Toutes nos conceptions, toute autre œuvre s'inspirent et proviennent des vertus d'en hauti. »

On le voit bien, Luca, comme son frère Luigi, appartient à la pléiade!

« On faisait à Florence, — quand il plut au ciel, — les noces de Braccio Martello, jeune homme orné d'une telle excellence, que je ne saurais qui lui comparer ; il y eut dans le banquet une telle magnificence, que Jupiter n'en ferait pas un plus beau avec Diane et Pallas et Vesta; et toute la cité s'en festoyait.

» Progné était revenue tout allègre, bien qu'elle pleurât sa Philomène. Amour préparait ses ceps, liens, jougs et lacs, et toutes ses chaînes; et Pan oyait résonner mille chalumeaux: toute campagne était pleine de fleurs; on voyait Satyres doucement suivre Déesses dans les bois, et Dryades et Napées.

» Oh! noces saintes, 0 joyeuse alliance, où une autre fois que Vénus se contente! Hyménée était déjà en exercice, et Junon tout occupée et attentive pour orner si dignes épousailles. Il paraît que la joie céleste se sent là, avec paix, avec amour, et avec concorde, tant que la Déesse de la Discorde ne peut y jeter le trouble.

» Il y eut là toutes les Nymphes les plus belles; aussi y vint tout amant, toute dame, entre autres deux gentilles sœurs. L'une a seule toute renommée pour la constance, et l'autre est le soleil parmi les plus brillantes étoiles, celle que le Laurier, son jouvenceau, aime, de toute grâce du ciel seule couronnée, et née du noble sang de Piccarda.

» Vénus fit faire une guirlande de violettes pour cette gra

I. Lica Pi'i.r.i, Giontrn île] Mngnificn l.nrfmn, si. !!.

cieuse nymphei, et donna occasion à son amant de la lui demander. Elle répondit avec paroles adroites, et le pria, — mais sa prière commande, — qu'il lui promit, s'il voulait l'obtenir, qu'au champ il viendrait bientôt armé en selle, et que pour amour d'elle il la porterait.

a Et elle la lui mit sur la tête en souriant, avec paroles modestes et si suaves, qu'on croyait voir le Paradis, et entendre Gabriel quand il dit : Ave -. »

Après la mythologie, la légende chrétienne, comme toujours, reprend ses droits : elle s'encadre, — pour ainsi dire, — d'un nimbe de mysticité, réminiscence de l'âge antérieur, où l'imitation dantesque apparaîtra directe. Par cet archaïsme, Luca est bien le frère de l'auteur du Morgante.

« Celui-ci qui jamais d'elle ne sera divisé et de son cœur lui .1 donné laclé, acceplale don si gracieux et digne, signe d'heureux destins et de victoires3. »

COSTUI CHE MAI DA LEI NON- FIA DIVIS0,

E del suocorgli ha donata la chiave,
Accettô il dono si grazioso e degno
Di prosper fati edi vittoria segno.

A la quarante-cinquième stance du cinquième chant de Y Enfer, l'Alighieri met dans la bouche de Francesca de Rimini ce vers:

Questi, che mai <la me non fia diviso,

I- 11 s'.igit probablement de Luorezia Donnli, célébrée par Laurent dan» »os sonnets, el par l'olition dans sn Giostra di Giuliuno. -• Stances i-9. ;l Slanre il.

presque identique à celui du Pulci:

Costui che mai da lei non fia diviso.

V. si dolea, ma con parole oneste,
Poi cominciô a tentar nuove arti e ingcgni,
Ed or cavalli, or fantasia, or veste
Mutar, nuovi pensier, divise e segni,
Ëd or far balli, ed or notturne feste;
Ë che cosa è che questo Amor.no insegni1?

Credo che ancora sul bel fiume d'Arno
Rimbomba il suon tra le fresche onde e rive
De' dolci versi, ehe J'Amor cantarno
Le Ninfe spesso alle dolci ombre estive2.

Quelle musique de vers 1 Je ne sais pourquoi ce charmant poème de Luca Pulci est resté dans l'ombre, à côté de celui de Politien : La Giostra di Giuliano fratello di Lorenzo il Magnifico.

Ce dernier ouvrage est bien conçu : nous le mentionnons seulement, nous attachant à mettre en lumière les stances de Luca trop dédaignées par les historiens critiques \ A demi naïves, tenant du poème classique et de la chronique rimée, elles représentent le moment de la Renaissance qu'on voudrait peindre ici, la transition

1. « Et il se lamentait, mais avec paroles honnêtes, puis commença a tenter nouveaux arts et inventions, et tantôt chevaux, tantôt fantaisies, tantôt hahits changer, nouveaux pensers, devises et signes, et tantôt à mener hals, et tantôt nocturnes fêtes. Quelle chose est que cet Amour n'enseigne? » (Giostra di Lorenw, st. 17.)

2. Stance 19.

3. Voy. entre autres Roscoe, Vie de Laurent de Médias, t. I, chap. Ii, p. 117, trad. Thurot, Paris, an VII.

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