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diaire, entre la raison, dont il ne perd pas tout à fait l'usage, et les passions, auxquelles il ne s'abandonne pas tout à fait '.

De quelle façon l'Immortel et le Mortel, qui sont opposés et ne peuvent être affirmés du même, seraient-ils attribués à l'âme humaine ?

Comme spécimen de méthode, il est curieux de présenter avec toutes ses divisions et subdivisions la thèse du professeur de Padoue dans ce petit livre si curieux et si rare : De immortalitate animæ.

Ou bien il n'y a qu'une seule et même nature, mortelle et immortelle en même temps, ou bien il y a une nature mortelle et une autre immortelle. La première hypothèse s'entend de trois manières :

1° 0.1 la nature humaine est simplement immortelle, et en quelque chose (secundum quid) mortelle;

20 Ou vice versa elle est simplement mortelle, et en quelque chose (secundum quid) immortelle;

3o Ou, par participation, et secundum quid, mortelle d'un côté, immortelle de l'autre.

La seconde hypothèse se peut comprendre de trois façons :

1° Le nombre des natures mortelles et des immortelles sera égal au nombre des hommes existants: ainsi, il y aura dans Socrate une nature immortelle et une ou deux mortelles, et ainsi des autres hommes;

1. PETRI POMPONATII MANTUANII, Tractatus de immortalitale animæ; MDXXXIV, petit in-18; cap. 1, p. 5 et 6.

2° Il n'y aura pour tous les humains qu'une seule nature immortelle; mais, les natures mortelles étant afférentes à chaque homme en particulier, il y en a autant ou deux fois autant qu'il y a d'hommes;

3° Réciproquement, dans le troisième cas, il n'y aura pour tous qu'une seule nature mortelle, et autant d'immortelles qu'il est d'individus.

Deux hypothèses, présentant chacune trois cas, ou, en somme, — six explications, entre lesquelles il faut choisir 1.

De ces six explications, deux doivent être éliminées tout d'abord.

Nul, en effet, n'a jamais prétendu :

1° Que l'immatériel puisse être multiple, tandis que le matériel serait unique;

2° Qu'une même chose puisse être également mortelle et immortelle.

La première thèse est inadmissible, une chose corporelle unique ne pouvant se trouver en tant d'autres localement et subjectivement distinctes.

La seconde l’est pareillement; rien (Aristote le prouve *) ne pouvant être également constitué de deux contraires, il faut nécessairement que l'une prévale sur l'autre.

Distinguant l'âme intellective de l'âme corruptible,

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1. De Immortalitate animie, cap. II, p. 7 et 8. 2. De Cælo, tex. comm. 7 et 2; de Gener., 47 et 10; Metaph., 28. 3. PONPONAT., De Immort, anim., cap. II, p. 8 et 9.

Averroès, et Themistius avant lui, ont posé la première comme immortelle et unique en tous les hommes, la seconde comme périssable et multiple.

Telle est l'opinion des averroïstes, et Pomponace se déclare tout d'abord leur adversaire.

Il s'abrite sous l'autorité de Thomas d'Aquin.
Il tire à lui l'Ange de l'École.

C'est qu'il est bon d'avoir pour soi le grand ruminant de la Théologie, le bæuf muet de Sicile, — muet .... non de plume, du moins, — l'argumentateur formidable, le tisserand de syllogismes que Dante associe à Béatrix dans le ciel, pour symboliser la Dogmatique orthodoxe,

Qui va du centre au cercle, et du cercle au centre,

Dal centro al cerchio, e si dal cerchio al centro 1.

Ainsi se meut l'eau dans un vase rond,
Selon qu'elle est frappée en dehors ou en dedans.
Muovesi l'acqua in un ritondo vaso,
Secondo ch'è percossa fuori o dentro 2.

Il tire à lui l'Ange de l'École.
Que dit cet oracle?

Entre autres passages de la Somme auxquels Pomponace renvoie, citons ces arguments 3 :

1. DANTE, Divin. Com., Par., c. XIV, t. 1. 2. Ibidem.

3. « Quamvis hæc opinio tempestate nostra sit multum celebrata, et fere ab omnibus pro constanti babeatur eam esse Aristotelis, mihi tamen videtur quod nedum in se sit falsissima, verum inintelligibilis, et monstruosa, et ab Aristotele prorsus aliena... Et... de ejus falsitate nihil novi intendo adducere, sed tantum lectorem remittere ad ea quæ latinde rum decus Divus Thomas Aquinas... scribit; ctenim tam luculenter, tam subtiliter adversus hanc opinionem invehitur, ut... nullam... responsionem quam quis pro Averroe adducere potest impugnatam relinquat; totum enim impugnat, dissipat et annihilat, nullumque Averroistis refugium relictum est, nisi convitia et maledicta in Divinum et Sanctissimum virum. » - POMPONAT., De Immortalitate animæ, c. iv, p. 10-11. 1. De anima, lib. III, text. 52.

« Il est impossible qu'il n'y ait pour tous les hommes qu'un seul intellect.

» Cela est impossible, si, selon la théorie de Platon, l'homme est l'intellect lui-même.

» En ce cas, en effet, s'il n'y a pour Socrate et pour Platon qu'un seul intellect, Socrate et Platon sont un seul homme, et ils ne se distinguent l'un de l'autre que par ce qui est hors de l'essence de chacun d'eux. La distinction, qui est entre Socrate et Platon, sera dès lors la même que celle existant entre un homme vêtu d'une tunique et un homme habillé d'une cape. Ce qui est de la dernière absurdité.

» Même impossibilité si, d'après le système d’Aristote!, on pose l'intellect comme une partie ou une puissance de l'âme, qui est elle-même la forme de l'homme.

» Impossible, en ce cas, que, pour plusieurs êtres divers de nombre, il y ait une forme unique, puisqu'il est impossible que leur être soit unique, et que la forme est le principe de leur être.

» l'n seul intellect ne tire des diverses représentations (phantasmatibus) de la même espèce qu'une seule espèce intelligible.

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» Par exemple, de toutes les représentations d'une pierre, qui peuvent se trouver en lui, l'homme ne tire · qu'une seule espèce intelligible de pierre.

> Si donc il n'y avait pour tous les hommes qu'un seul intellect, la diversité des représentations (phantasmatum) qui sont dans tel homme et dans tel autre, ne pourrait causer de diversité dans l'opération intellectuelle de celui-ci et de celui-là, comme le commentateur l'imagine ^. »

Le commentateur, c'est Averroès.

Averrois, che 'l gran comento feo.

« Donc, conclut saint Thomas, il n'y a pas pour tous les hommes un intellect unique. »

Pomponace se borne à développer cette argumentation.

Il tient pour absurde « qu'un être unique ait simultanément à l'égard du même objet des opérations en nombre infini. Conséquence qui, cependant, résulterait de l'opinion par laquelle l'âme intellective, en vertu de son intellection première ou éternelle, comprend Dieu, et, en vertu de son intelligence seconde (nova), a, au sujet de Dieu, autant d'intellections qu'il y a d'hommes comprenant Dieu... )

La pensée est donc inséparable de l'organisme, qu'elle

1. Voy. Thomas D'Aquin, Summa Theol., t. II, p. 18, édit. Louis Guérin et Clo; Bar-le-Duc, 1866. 2. DANTE, Div. Com., Infern., c. IV, terz, 18. LES MÉDICIS.

11. -- 26

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