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soit le sujet ou l'objet de celui-ci. «Selon Aristote, comprendre est comme sentir. L'intellect possible est une vertu passive. Son motif est la représentation (phantasma). Or ce qui a besoin de représentation est inséparable de la matière !. )

Igitur illa ratio magis probat ipsum esse materialem quam immaterialem.

Mais, dira-t-on peut-être, l'intellect est immatériel simplement en ceci, qu'il n'a pas besoin de l'organisme comme sujet.

Cette objection, fût-elle fondée, laisserait subsister l'autre cause de matérialité, à savoir, que l'intellect est mu par l'organisme corporel.

En somme, de quelque façon que l'on comprenne la dépendance de l'intellect à l'égard de l'organisme matériel du corps, dès qu’on admet que, sans la représentation sensible (phantasia), il n'y a pas d'intelligence, cette représentation étant requise en toute opération intellectuelle, l'intellect ne peut en être séparé. Et c'est, au fond, ce qui importe ici.

Quand quelque chose a deux causes de vérité, si l'on ôte l'une d'elles, et si on laisse l'autre, ce quelque chose n'en demeure pas moins, comme il paraît de soi, puisqu'il suffit pour la vérité qu'une partie de la disjonctive soit vraie. Ainsi l'on vérifie que l'intellect est inséparable de la matière parce qu'il est la représentation (phantasia) ou qu'il n'est pas sans la représentation. Écartant donc qu'il est la représentation, on ne vérifiera pas moins qu'il est matériel pourvu qu'il ne soit pas sans la représentation... Quand deux modes sous disjonction sont assignés à quelque chose, cette chose peut indifféremment être séparée de l'un ou de l'autre, ou du moins de l'un d'eux, elle-même demeurant.

1. De Immort. animæ, cap. IV, p. 17-18, et cap. ix, p. 50-57.

En résumé : Averroès se trompe en posant l'unité de l'âme intellective.

Il a beau mettre « la félicité humaine dans l'union de l'intellect actif avec l'intellect possible », cette unité, qu'il cherche dans la participation de chaque homme à une raison commune, n'existe pas. Autrement, la fin de l'homme serait vaine, puisqu'elle ne serait atteinte par personne, et, bien plus, ne pourrait l'être, les moyens ordonnés à cette fin étant irréalisables : il est impossible à un homme de savoir toutes choses.

« Et sic finis hominis irritus est, cum a nullo attingatur, imo a nullo attingi potest, cum media ordinata ad illum finem haberi non possint : impossibile est enim aliquem hominem scire omnia, ut dicit Plato, lib. 10 (de Republica), neque etiam speculabilia, imo nulla scientia perfecte habita est usque ad præsentem diem, ut experimento patet 4. »

Philosophiquement, l'existence du principe intellectuel est liée à la représentation sensible; par suite, à l'existence du corps.

Ainsi, l'unité humaine individuelle est affirmée. Pour bien éclaircir sa thèse, Pomponace revient sur les preuves qu'il a données; il insiste particulièrement sur la non-distinction de l'intellect et de l'âme sensitive.

1. De Immort. animæ, cap. iv, p. 25-26.

Il n'y a pas deux âmes, mais seulement deux aspects d'une même âme. Forme de la matière humaine, cette âme n'est pas, à l'égard du corps, comme un moteur à l'égard de ce qu'il meut. « Autrement, l'âme et le corps n'auraient pas entre eux plus d'unité que n'en ont ensemble un char et les bæufs qui y sont attelés. ) Quant à l'unité du principe sensible et du principe intellectuel, notre auteur se prend pour exemple...

« Je souffre, dit-il, de grandes douleurs, et cependant je m'é. tudie à combattre ces douleurs par des moyens médicaux. Si donc autre était l'essence par laquelle je sens, autre celle par laquelle je comprends, comment, moi qui sens, pourrais-je être le même moi qui comprend? - Sic etenim dicere possemus quod duo homines simul conjuncti sic mutuas habent cognitiones, quod ridiculum est'.»

Après avoir réfuté, comme nous venons de le voir, l'interprétation d’Aristote par Averroès, notre philosophe expose comment il entend la pensée du Maître.

Pomponace, tout d'abord, se couvre :

« La vérité de l'immortalité de l'ame ne souffre de ma part aucun doute, puisque les Écritures canoniques, qui doivent être préférées à toute raison et à toute expérience humaines, étant données de Dieu, confirment cette thèse. Mais, ce qui est l'objet de mon doute, c'est de savoir si cette thèse n'excède pas

1. De Immort. animæ, cap. VI, p. 29.

les limites de la raison naturelle. De veritate quidem hujus positionis apud me nulla prorsus est ambiguitas, cum Scriptura canonica, quæ cuilibet rationi et experimento humano præferenda est, cum a Deo data sit, hanc positionem sanciat : sed quod apud me vertitur in dubium est, an ista dicta excedant limites naturales'. »

Des déclarations analogues reviennent chaque fois que l'auteur produit à l'appui de son système une de ces preuves tirées de la raison naturelle.

Distinction sincère ou précaution de leur prudence, cette attitude distingua dès le Moyen-Age les penseurs qui formulaient des enseignements contraires à ceux de l'Église.

« L'opposition de l'ordre de la foi et de l'ordre philo» sophique, que nous avons trouvée... comme le trait » distinctif des averroïstes, est aussi la base du système » de Pomponat. Pomponat, philosophe, ne croit pas

à » l'immortalité, mais Pomponat, chrétien, y croit. Cer» taines choses sont vraies théologiquement, qui ne » sont pas vraies philosophiquement ? »

Et Bayle ne procède pas autrement sous les ondulations de sa glose narquoise. Entre le doute et le respect, il chemine ainsi, sapant le vieux dogme, opposant les contradictoires, et ne se prononçant pas.

1. De Immort. animæ, cap. viii, p. 35. 2. Averroès et l'Averroisme, par E. RENAN, 2° partie, ch. III, % vi,

p. 359.

Tactique persistante!... Le dix-huitième siècle en use, mais avec quelle transparence d'ironie!

a Rome s'est toujours décidée pour l'opinion qui soumettait le plus l'esprit humain, et qui anéantissait le plus le raisonnement : je ne parle ici que de l'historique ; je mets à part l'inspiration de l'Eglise et son infaillibilité qui ne sont pas du ressort de l'histoire. »

(VOLTAIRE, Essai sur les maurs, etc., chap. xlv.)

Aussi défend-il vivement la distinction de Pomponace: « Paul Jove ... dit non-seulement que Pomponace, » ayant tâché de prouver que, selon le sentiment d'Aris» tote, l'âme de l'homme n'est pas immortelle, s'exposa » aux persécutions de la Moinerie, mais aussi que c'est o la doctrine la plus pernicieuse qui se puisse voir, et la » plus capable de corrompre la jeunesse et la Morale » chrétienne. Il a sans doute infiniment plus de raison » lorsqu'il rapporte que lorsqu'il se mêle de juger; car » il n'est d'aucune importance qu'Aristote ait cru la ► mortalité de l'âme, ou qu'il ait posé des principes selon » lesquels il n'est pas possible de bien soutenir qu'elle » ne soit pas mortelle. Si donc Pomponace a soutenu > seulement qu'en se tenant aux principes d'Aristote, on » ne saurait s'empêcher de dire qu'elle meurt avec le o corps, son opinion n'est point pernicieuse, pourvu que » d'ailleurs il reconnaisse l'immortalité de l'âme. Or, » c'est ce qu'il reconnaît expressément et formellement... » En conscience, peut-on accuser d'impiété un homme » qui règle ainsi ses sentiments ? Peut-on l'accuser de » ne pas croire l'immortalité de l'âme? Sur le même » fondement ne pourrait-on pas soutenir que tous les » théologiens révoquent en doute la Trinité, l'Incar

1. Jovius, in Elog., cap. Lxxi, p. 164.

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