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» nation, la Transsubstantiation, la Résurrection, et » tous les dogmes, en général, dont on ne tire les » preuves que de la Révélation, sans qu'on prétende que » les lumières naturelles nous les puissent découvrir ? » Quoi! l'Écriture Sainte, reçue une fois fermement » comme la parole de Dieu, n'est-elle pas aussi capable » qu’une Démonstration géométrique de nous persuader » l'immortalité de l'âme 12 >>

Les temps sont périlleux. A nous qui doutons ou nions tout haut, sans autre risque matériel à courir que quelques mois de prison ou quelques centaines de francs d'amende, l'héroïsme de la propagande est aisé. L'apostolat de la raison avait d'autres dangers sous le règne incontesté de la théologie. La Métaphysique poursuivait son @uvre d'émancipation, substituant de pures entités aux symboles réalisés par la Légende, anticipant quelquefois par la déduction logique les conclusions où devait atteindre l'observation positive. Germes d'avenir, qu'il fallait passer en contrebande, sous l'eil d'une douane intellectuelle savamment organisée, servie par la politique et par le fanatisme.

Pour ces soldats de l'Idée, que de gênes à côté des périls! Outre les pièges qui la sèment, que d'embarras obstruent leur voie! Que de puissances à ménager, à côté de l'Autorité sacro-sainte imposant les actes de foi !

1. BAYLE, Dict. histor., art. Pomponace, note B.

« Comme en vérité l'autorité d'un si grand docteur est immense auprès de moi, non-seulement dans les choses divines, mais encore dans l'interprétation d'Aristote, je n'oserais rien affirmer contre lui; mais j'avancerai mes dires sous forme de doute, et non d'assertion, et peut-être que la vérité sera découverte alors par ses très doctes sectateurs 4. »

« Si nous considérons dans l'homme le nombre de ses puissances, nous en trouvons seulement deux qui témoignent pour son immortalité, savoir, l'intelligence et la volonté; mais nous en trouvons d'innombrables, tant sensitives que végétatives, qui, toutes, témoignent pour sa mortalité. Bien plus : si nous considérons les climats habitables, nous trouverons là beaucoup plus d'hommes à assimiler aux betes qu'aux hommes; et, sous les climats habitables, tu en trouveras très peu qui soient raisonnables. Entre ces hommes raisonnables, si nous y regardons de prés, ceux-ci pourront être appelés particulièrement raisonnables; mais ils ne seront désignés ainsi qu'en comparaison des autres qui sont très brutes, ainsi qu'on fait pour les femmes, dont nulle n'est traitée de sage que par comparaison avec les autres qui sont très folles. De plus, si tu regardes à l'intellection elle-même, surtout à celle qui s'exerce sur les Dieux, que dis-je? sur les Dieux! - si seulement tu regardes à l'intellection qui s'exerce sur les choses naturelles et soumises aux sens, tu la trouveras si obscure, si débile, que tu devras plutot l'appeler ignorance... que connaissance. Ajoute combien peu de temps les hommes consacrent à l'exercice de l'intelligence, et combien ils en donnent à l'exercice des autres puissances !... Si bien qu'en vérité cette essence devient corporelle et corruptible et est à peine une ombre d'intellect?. »

Il revient toujours à la nécessité des représentations ou images (phantasmata), qui, altérées ou détruites par

1. De Immort. animæ, cap. viii, p. 35. 2. De Immort. animae, cap. viii, p. 37 et 38.

la lésion des organes, amènent l'altération ou l'anéantissement de la pensée '.

Saint Thomas conclut à cette même nécessité, en s'appuyant sur le même argument de la perturbation ou de la destruction de l'intelligence par une lésion organique.

Il réserve seulement, au nom de la foi, la vie éternelle, où l'intelligence humaine échappe totalement aux conditions de l'existence terrestre.

Dès qu'on sort des conditions de l'intelligence en soi, on est ramené forcément à celles de la vie pour chacun des individus de chaque espèce. Les premières donnent l'unité, les secondes la multiplicité. Combinant ces deux points de vue, de l'Idéal et du Réel, Pomponace conçoit indivises et individualisées les virtualités pensante et sentante de tout homme; il conçoit généralisées, partant éternelles, les conditions de vie en vertu desquelles le monde et l'humanité se développent. En ce sens l'homme est immortel, puisque toujours le soleil et l'homme engendrent l'homme. Autrement, ou bien l'infini serait donné par lui en acte, – ce qu'Aristote nie partout ouvertement, ou bien il faudrait recourir aux vaines hypothèses de la Métempsycose ou de la Résurrection'.

1. « ... Necesse est intelligentem phantasma aliquod speculari : et experimur quoniam semper indigemus phantasmatibus, ut unusquisque experitur in seipso, et læsio organorum demonstrat. » De Immort. animæ, cap. VIII, p. 39,

2. (Voy. Summa, prim. part., quæst. LXXXII, art. yir; édit. de Bar-leDuc, t. II, p. 107.)

Intellectus conjunctus corpori passibili non potest intelligerc nisi convertendo se ad phantasmasta...

... Impossibile est intellectum nostrum, secundum præsentis vitæ statum quo passibili corpori conjungitur, aliquid intelligere in actu, nisi convertendo se ad phantasmata... Primo quidem, cum intellectus sit vis quædam non utens corporali organo, nullo modo impediretur in suo actu per læsionem alicujus corporalis organi, si non requireretur ad ejus actum actus alicujus potentiæ utentis organo corporali... Videmus enim quod, impedito actu virtutis imaginativæ per læsionem organi, ut in phreneticis, et similiter impedito actu memorativæ virtutis, ut in lethargicis, impeditur homo ab intelligendo in actu etiam ea quorum scientiam præaccepit. »

Repoussant philosophiquement la solution catholique de la Résurrection et la solution pythagoricienne de la Métempsycose, comment, placé au point de vue d'Aristote, Pomponace accorderait-il la vie à l'âme séparée du corps ?- L'âme est la forme du corps, l'intellect humain a besoin du corps comme de son objet. Notre auteur retourne sous toutes ses faces l'argument déjà développé : Toute pensée de l'homme dépend de l'image ou représentation (a phantasmate).

1. C'est ainsi qu'après s'être couvert de l'autorité de saint Thomas, grâce à sa distinction entre les vérités théologique et métaphysique, notre philosophe en vient à nier philosophiquement la résurrection de la chair. Mais, ici encore, il peut s’abriter sous l'égide de l'orthodoxie. Le Docteur Angélique n'a-t-il pas soutenu, contre saint Jean Damascène et saint Grégoire, que la résurrection n'est pas un phénomène naturel, qu'au sens théologique, du moins, elle est l'effet d'un pur miracle?

« Nullum... principium activum resurrectionis est in natura, neque respectu conjunctionis animæ ad corpus, nec respectu dispositionis, quæ est necessitas ad talem conjunctionem ; quia talis dispositio non potest a natura induci, nisi determinato modo per viam generationis ex semine. Unde etsi ponatur esse aliqua potentia passiva ex parte corporis, seu etiam inclinatio quæcumque ad animæ conjunctionem, non est talis quod sufficiat ad rationem motus naturalis. Unde resurrectio, simpliciter loquendo, est miraculosa, non naturalis, nisi secundum quid, ut ex dictis patet. »

(S. THOMÆ AQUINATIS, edit. cit., t. VII, tertiæ partis Summ. theologie., supplement, quæst. Lxxv, art. III, p. 681.)

Il admet d'ailleurs, comme Marsile, une chaîne continue d'esprits descendant du Premier Moteur au dernier animal. Il y a seulement entre eux cette différence essentielle, que la série des âmes indépendantes de leur corps, partant immortelles, étendue par le néo-platonisme jusqu'à l'homme inclusivement, s'arrête, selon l'autre théorie, après la dernière des intelligences sphériques. Qu'est-ce qui, en ce système aristotélicien, distingue donc l'homme de l'animal ? Pomponace le sait au juste.

Il pose d'abord ce principe : - « Quodlibet cognoscens est actus corporis physici organici. Tout connaissant est l'acte d'un corps physique organisé; mais, ajoute-t-il, il l'est, tantôt d'une manière, tantôt d'une autre, aliter et aliter 1.)

« Dans les intelligents (supérieurs), il n'est pas d'acte corporel par quoi ils soient intelligences, parce que, pour comprendre ou désirer, ils n'ont aucunement besoin de corps ; mais, en ce qu'ils font agir et meuvent les corps célestes, ils sont des âmes, ils sont les actes d'un corps physique organisé. Car une étoile est l'organe d'un ciel : tout orbe céleste est par son éloile. C'est pourquoi ces intelligents font agir un corps physique organique, et, bien qu'ainsi ils aient besoin d'un corps en tant qu'objet, en faisant agir et en mouvant, ainsi ils ne reçoivent rien du corps, ils lui donnent seulement. Mais l'âme sensitive est simplement l'acte du corps physique organique, et parce

1. De Immort. animæ, cap. IX, p. 54.

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