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qu'elle a besoin du corps en tant que sujet, puisqu'elle ne peut s'acquitter de son office que dans un organe, et parce qu'elle a besoin du corps en tant qu'objet. Mais l'âme intermédiaire, qui est l'intellect humain, n'est en aucune de ses cuvres totalement affranchie du corps, et elle n'y est pas non plus totalement immergée. C'est pourquoi elle n'aura pas besoin du corps en tant que sujet, mais elle en aura besoin en tant qu'objet. Ainsi, placée en un mode moyen entre l'abstrait et le concret (INTER ABSTRACTA ET NON ABSTRACTA), elle sera l'acte d'un corps organique. Car les intelligences (supérieures), en tant qu'elles sont des intelligences, ne sont pas des âmes, en ce que d'aucune façon elles ne dépendent ainsi d'un corps; mais elles le sont en ce qu'elles meuvent les corps célestes. Mais l'intellect humain, dans toute son quvre, est acte du corps organique, puisqu'il dépend toujours du corps en tant que celui-ci est son objet. La différence entre l'intelligence (supérieure) et l'intellect humain tient à la dépendance de l'organe, parce que l'intellect humain reçoit et s'accomplit par l'objet corporel, quand il est mu par lui. Mais l'intelligence ne reçoit rien du corps céleste, elle lui prête seulement. Enfin l'intellect humain diffère de la vertu sensitive par la dépendance du corps, parce que la vertu sensitive en dépend subjectivement et objectivement, et que l'intellect humain en dépend seulement objectivement. Et ainsi, en un mode mitoyen, entre les choses matérielles et les choses immatérielles, l'humain intellect est l'acte d'un corps organique. C'est pourquoi ce n'est pas d'une seule et même manière que les Corps célestes, les Hommes et les Bétes sont des Animaux, puisque ce n'est pas d'une seule et même manière que leurs âmes sont les actes d'un corps physique organisé -..... Hoc... totum consonat naturæ quæ gradatim procedit. »

C'est presque la formule de Linné : Natura non facit saltus.

2. Ibid.,

1. De Immort. animæ, cap. ix, p. 51-55.

p. 64.

Au-dessous de l'animal, la série se continue par le végétal : « Vegetabilia enim aliquid animæ habent, cum in seipsis operentur 1. » Mais cette opération est toute matérielle (multum materialiter); car ils ne s'acquittent de leurs fonctions qu'au moyen des qualités premières; ces opérations se terminent à l'être réel 2.

Puis on distingue deux genres d'animaux. Les premiers n'ont que le tact et le goût, et une imagination indéterminée (indeterminatam). Les seconds semblent avoir quelque intellect, mécanique dans le castor, politique dans l'abeille; beaucoup, comme tant de récits en témoignent, montrent presque des vertus morales. Que d'hommes semblent même inférieurs en intelligence à certaines bêtes ! En celles-ci, parini les forces de la sensibilité, une force cogitative se produit, amenant quelques notions générales, quelque distinction d'individus et d'espèces. Au-dessus de cette virtualité cogitative et immédiatement au-dessous du dernier être immatériel, il faut placer l'intellect humain. Participant des deux termes qu'il sépare, s'il n'a pas besoin du corps comme sujet, il en a besoin comme objet : le corps est son mode essentiel et inséparable. Aussi doit-on ranger absolument cet intellect parmi les formes matérielles 3.

L'analyse est rigoureuse, la conséquence aussi :

1. De Immort. animæ, cap. IX, p. 64. 2. De Immort. animæ, cap. ix, p. 64. 3. De Immort. animæ, cap. ix, p. 64.

« Tantum cum mortalibus conversatur (intellectus humanus) '. »

Ses conditions, ses fins, sont mortelles, ou il faut dire avec les anciens que les hommes deviennent des Dieux, sont ravis au ciel, fable qui ne se justifie que par son utilité !

Il faut bien saisir ce que Pomponace entend, quand il dit l'âme humaine immortelle secundum quid. Il tient, du reste, à dissiper toute équivoque : – L'âme est improprement appelée immortelle : elle est réellement mortelle. Son immortalité ne saurait s'entendre que de sa participation aux propriétés de l'immortalité par une connaissance, d'ailleurs très faible et très obscure, de l'universel. Les animaux supérieurs n'ont pas cette notion, et c'est leur seule différence avec l'homme.

« Etsi improprie dicatur immortalis, quia vere mortalis est, participat tamen de proprietatibus immortalitatis, cum universale cognoscat, tametsi ejusmodi cognitio valde tenuis et obscura sit; non sic autem est de cane et lepore quantum ad istam operationem.

« Comparé aux intelligences (supérieures), notre intellect n'est qu'une ombre.... On ne l'appelle pas avec vérité intellectuel, on doit plutôt le dire rationnel ; car l'intellect simple saisit tout par intuition, mais le raisonnement (ratiocinatio) comprend par déduction, composition, et avec le temps : toutes choses attestant son imperfection et sa matérialité, car elles sont les conditions de la matière 1. )

1. De Immort. animæ. cap. IX, p. 65. 2. De Immort. anima, cap. IX, p. 65. 3. De Immort, animæ, cap. XII, p. 90. 4. De Immort. animæ, cap. XII, p. 90.

Pomponace déplore l'infériorité de l'organisme humain par rapport à celui d'un grand nombre d'animaux. Seulement, de par sa doctrine, il méconnaît que cette infériorité d'organisme est bien rachetée par une supériorité, organique également : celle de notre appareil cérébronerveux ?

La suprématie d'intelligence qu'il constate en l'homme tenant comme son infériorité musculaire à une même unité organique, il n'est pas vrai que notre corps soit si imparfait (imbecillissimum) comparativement à celui de presque toutes bêtes. Mais Pomponace, qui ne croit pas à la personnalité de l'âme humaine distincte du corps, croit cependant à son existence en tant qu'entité. Erreur impliquée par sa métaphysique, mais qui n'altère pas à d'autres égards la profonde vérité de son observation pessimiste.

« L'homme est sujet ou maitre. Si sujet, qu'il considère son funeste lot (pessimam suam sortem). De mille gouvernants, il s'en trouve à peine un de vertu médiocre. Le pouvoir est d'ordinaire aux ignorants et aux fous... Si l'homme est maître,... sa condition de tyran est pire que celle de sujet. - Quicunque igitur tantum magnifacit hominem, non consideret ea quæ non experitur, sed ea quæ scit et ante oculos habet 3. )

1. De Immort. animæ, cap. XII, p. 90.
2. De Immort. animæ, cap. xii, p. 90.
3. De Immort. animæ, cap. XII, p. 90-91.

Cependant ce pessimiste, ce sensualiste obstiné, connaît la vraie grandeur de l'homme. Il la met dans une région supérieure aux vulgaires instincts, dans le contentement désintéressé de la conscience, dans ce sentiment de résignation aux choses, d'harmonie avec elles et avec soi, qui mène à accomplir le Bien pour lui-même, sans désir d'une récompense, sans appréhension d'une peine extérieure.

« Sive animus mortalis sit, sive immortalis, nihilominus contemnenda est mors : neque aliquo pacto declinandum est a virtute quicquid accidat post mortem ^. »

La conclusion du livre atteint des hauteurs morales et rationnelles que la conscience moderne n'a pas dépassées.

Notre auteur énumère les huit objections qui peuvent être opposées à la mortalité de l'âme. Avant de les réfuter successivement, il ne se dissimule pas le péril qu'il encourt.

« Il me parait ardu et dangereux (onerosum) de répondre à ces divers arguments. Et cela surtout parce que c'est une opinion commune que l'âme demeure après la mort. Or, comme il est écrit au second livre de la Métaphysique, il est difficile de parler contre la coutume... Je tenterai pourtant de le faire, selon mes forces 2.)

Première objection. - « Si l'âme humaine est mortelle, il n'y a point pour l'homme de terme final par

1. De Immort. animæ, cap. xiv, p. 119. % De Immort. animæ, cap. xiv, p. 104.

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