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lu rapporte au livre II de Anima, croyait que la sensibilité ne différait pas de l'intelligence. Et qui ignore quelle était la dignité d'Homère? Hippocrate également, et Galien, hommes très doctes et excellents, professent la même opinion. Alexandre d'Aphrodisée, le grand Allarabe, Abou-Bakre, Avempace, et, parmi nos compatriotes, le second Pline, Sénèque, et un grand nombre d'autres, furent de cet avis. Sénèque en effet, au livre septième des Épitres à Lucilius, lettre 54e, qui commence ainsi: Longum mihi comitatum dederat mala valetudo, et plus ouvertement in De Consolatione ad Matiriam, affirme que l'âme est mortelle ; et il compte beaucoup d'autres hommes studieux et très doctes qui furent de cette opinion. Et cela, en vérité, parce qu'ils estimèrent que la vertu seule est la félicité, que le vice est proprement le malheur, et qu'ils négligèrent les autres biens, à moins qu'il ne servissent en quelque chose la vertu, rejetant loin d'eux tout ce qui s'oppose à la vertu. Il faut croire aussi que beaucoup d'hommes ont pensé que l'àme était mortelle, bien que cependant ils aient écrit qu'elle était immortelle. Mais ils ont fait cela à cause de l'inclination au mal des hommes qui ont peu ou point d'intelligence, et, ne connaissant point les biens de l'âme, ne les aimant pas, s'adonnent seulement aux plaisirs corporels. Aussi est-il nécessaire de les guérir de ces idées, de la même manière que se comportent le médecin à l'égard du malade, la nourrice à l'égard de l'enfant qui n'a pas encore sa raison. Par ce moyen, — je pense, — et d'autres, ils peuvent être soulagés. Quant à ce qu'on soutient communément, que, si l'âme est mortelle, l'homme devrait se livrer tout entier aux voluptés du corps, commettre toutes les mauvaises actions qui lui sont utiles, qu'en ce cas il serait vain d'adorer Dieu, d'honorer les choses divines,... et quant aux autres choses du même genre qui se peuvent ajouter, la réponse est assez claire dans ce qui a été dit ci-dessus. Car, comme naturellement on appète le bonheur et l'on fuit l'infortune, comme, en vertu de ce dont nous sommes convenus, le bonheur consiste dans l'acte vertueux, l'infortune dans l'acte vicieux, comme adorer Dieu de tout son cœur, honorer le» choses divines, répandre ses prières vers Dieu, sacrifier, sont les actes les plus vertueux, nous devons travailler de toutes nos forces à l'acquisition de ces biens véritables. Réciproquement, les larcins, les rapines, les homicides, sont des vices qui transforment l'homme en bâte. 11 faut donc s'en abstenir. Considère que celui qui agit avec un zèle honnête, et n'attend pas d'autre prix de sa vertu, parait agir plus vertueusement et plus généreusement (magis ingenue) que celui qui, outre la vertu, attend une autre récompense. Celui qui fuit le vice à cause de la honte du vice, non à cause de la crainte des peines dues pour le vice, parait plus louable que celui qui évite le vice par peur de la peine. D'après cela, les bons haïssent de pécher par amour de la vertu, les mauvais haïssent de pécher par appréhension de la peine. Aussi ceux qui, avec plus d'élévation, affirment l'âme mortelle, semblent mieux défendre la raison de la vertu que ceux qui affirment que l'âme est immortelle. Car l'espoir de la récompense et la crainte de la punition paraissent communiquer quelque servilité, qui est contraire à la raison de la vertu'. »

« Spes namqueprœmii, et pœnœ timor, videntur servilitatem quamdam importare, quœ rationi virtutis contrariatur*. s

« L'homme est le résumé du monde, — un Micro» cosme... » Touchant à la Bête pas ses passions, aux Dieux par sa raison, il n'est véritablement homme que par l'intellect et par la vertu.

« Ainsi, — bien que l'âme soit mortelle, — nul ne doit, méprisant la vertu, suivre les voluptés, à moins qu'il ne préfère la folie à la raison, la Béte à l'Homme3. »

1. De Immùrt. animai, cap. xiv, p. 137, 138, 139.

2. De Immort, animœ, cap. xiv, p. 130.

3. De Immort, aniime, cap. Xiy, p. 141.

« Nullœ rationes naturales adduci possunt cogentes animam esse immortalem, minusque probantes animam esse mortalem, sicut quamplures Uoctores (enentes eam immortalem declarant'. »

En concluant avec cette audace, Pomponace renouvelle sa distinction entre le vrai selon la foi et le vrai selon la philosophie.

Par une prosternation finale, il s'humilie prudemment devant la Révélation. A Aristote, à Alexandre d'Aphrodisée, ses instituteurs profanes, il oppose ses maîtres dans la science de Dieu : Paul, Denys l'Aréopagite, Basile, Athanase, Origène, les deux Grégoire, de Nazianze et de Nysse, le pape saint Grégoire, Augustin, Jérôme, Ambroise. La sagesse humaine, qui est folie, s'abîme devant la folie de Dieu, qui est sagesse. Soumis au siège Apostolique ', il termine son traité à la louange de la Trinité Très Sainte et Indivisible 3.

Marsile Ficin, comme Pomponace, combattit Averroès.

Tous les deux ont traité de Y Immortalité de rame, — le premier, pour l'affirmer au nom de la raison et de la foi, le second, pour ne l'admettre qu'en vertu des lumières supérieures de la Révélation.

1. Ot Immort, ammœ, cap. x\, p. 142.

2. /V I m mort, «mmtr, cap. xv, p. 147.

3. • H»v iUiluo Minlqu.v nuhi in hac materia dicenda videntur. Sentir Unton ot ni hoc, ot in aliis subjiciondo sodi Apostolictr. Quare, etc.

• Fint* int|v»itirc o*l luuo tr.v-Mtui per mo Pelrum filium Joannis Nicolai rAiu«|vnaiii do X.tntu.i. «lie 24 mensis septemb., anno Christi 1516. Bonom*\*iuio 4 l\Miuiicaius Leonis X, ad laudem indmdue TriniUtis, etc. •

Le parallèle est complet entre les deux hommes et les deux systèmes, entre le Platonisme idéaliste et le sensualiste Aristotélisme.

Quant à l'œuvre qui semble leur être commune, — la réiutation du Commentateur, — le but contraire, dans lequel chacun la poursuit, fait mieux ressortir encore leur opposition.

Au fond, quelque insistance qu'il mette à distinguer de celle d'Averroès sa doctrine, Pomponace aboutit à des conclusions analogues à celles du philosophe arabe. Il n'y a entre eux qu'une pure différence théorique. L'un admet l'immortelle existence d'une intelligence unique pour tous les hommes, l'autre un intellect distinct pour chacun d'eux. Mais, que cette intelligence commune dure éternellement ou que ces intellects séparés périssent avec le corps auquel ils sont attachés, le résultat pratique est le même. Ce qui importe, en effet, c'est la persistance après la mort de la conscience individuelle; elle disparaît dans les deux systèmes.

Marsile Ficin l'a bien vu ; il combat d'avance, en même temps qu'Averroès, Alexandre d'Aphrodisée, dont Pomponace devait développer la théorie.

t Nous tenons, dit-il, d'Averroès que l'intellect capable est immortel. Nous tenons d'Alexandre que les intellects capables sont certaines forces naturellement implantées (imitas) dans nos âmes, en un nombre égal au nombre de ces Ames. Et nous

LES MÉDiCIS. ii. — -28

concluons que les âmes des hommes sont immortelles. C'est la conclusion des Platoniciens, des Chrétiens et des Théologiens arabes; c'est celle qui découle le plus légitimement de l'opinion des antiques Péripatéticiensi. »

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