Immagini della pagina
PDF
ePub

moment défini du temps, dans un coin limité de l'espace.

Théologiens ou poètes, avec plus ou moins de sincérité, traduisent dans une incarnation, métaphysiciens, avec plus ou moins de profondeur, expriment par une abstraction les mêmes hypothèses.

La monade de Leibniz est un Dieu (polythéisme).

Le Dieu-Tout de Spinoza n'est que le Svayambou de l'Inde (monothéisme panthéistique).

Le Dieu de Socrate, c'est Jéhova (monothéisme pur).

Le Logos idéal de Platon devient le Verbe incarné de saint Jean.

Ce que Pomponace appelle « intellect séparé », est-il ce qu'Homère nomme daiyova, Deóv, ce que saint Paul invoque sous le terme d'Ange et de Chérubin, ou dont, sous celui de diables, il reconnaît l'existence malfaisante?

S'il admet dans le ciel des entités métaphysiques influant sur les phénomènes généraux de l'Univers, le livre de Pomponace, qu'il nous reste à analyser, refuse à ces intelligences toute action individuelle analogue à celle des esprits de lumière ou de ténèbres.

Sa pensée critique s'accentuera dans ce traité: De Incantationibus. Aussi se précautionne-t-il dès la première page : « Il se soumet en tout à l'autorité des Écri» tures canoniques, au jugement des saints docteurs. »

Génuflexion de mauvais augure pour le dogme qui la provoque et sur la vérité duquel il s'expliquera, mais avec circonspection!

Le secret du sage est dangereux.

« Il ne doit pas être livré au vulgaire, car celui-ci n'est pas capable de comprendre ces arcanes. Il ne croit que ce qu'il voit, ou ce qu'il est accoutumé à voir. Il faut se garder aussi de parler de ces secrets avec les prêtres ignorants. Le motif patent en est, que bien souvent des philosophes furent expulsés des villes, emprisonnés, lapidés et livrés au dernier supplice, et, de la sorte, pour leurs bienfaits, endurèrent un pareil traitement !. ,

Ainsi, dès le début du seizième siècle, le Miracle est en butte, soit à la raillerie (témoin les jovialités antibibliques de notre Rabelais “), soit à l'explication rationaliste.

Je dis rationaliste, mais en principe seulement, par opposition aux théories de l'arbitraire divin; car l'explication de Pomponace, par exemple, repose sur la prétendue loi naturelle exploitée par les charlatans modernes sous le nom de magnétisme animal.

Un médecin, ami de notre auteur, raconte trois guérisons extraordinaires, et un prodige non moins étonnant: - deux enfants, qu'il soignait, guéris, l'un, d'un érysipèle, l'autre, d'une grave brûlure, une pointe de fer arrachée d'une plaie, un tamis auquel le mouvement est imprimé, — tout cela par les chants et les paroles d'un individu.

On demande si de tels faits sont surnaturels (præter naturæ ordinem). Quelle est leur nature véritable? Mais le but de ce traité est moins de répondre à cette question qu'à celle-ci : — Quelle est sur ce point l'opinion probable des péripatéticiens? - Sans doute, au point de vue de la loi chrétienne, base de la vérité religieuse, il faut croire à l'action miraculeuse des démons. La loi de Moïse et celle de Mahomet l'admettent également. Avicenne, d'un autre côté, estime que toute chose matérielle obéit à l'intelligence bien disposée. Pluie, grêle et autres phénomènes peuvent être produits par une âme d'homme. Mais Aristote n'admet ni l'une ni l'autre de ces solutions.

1. P. POMPONAT., De Incantat., cap. XII, p. 243.

2. Voy. entre autres passages : RABELAIS, Pantagruel, liv. I, ch. 1, et passim.

Contre les trois religions, il nie qu'il y ait des démons.

Contre la thèse d'Avicenne, il ne pense pas qu'aucun agent puisse agir sans contact".

« Il semble, dit-il, nécessaire de poser l'existence des démons, non-seulement à raison des décisions de l'Église, mais encore pour maintenir beaucoup d'expériences (ut salvemus multa experimenta) ».

L'expérience prêterait ainsi un appui subsidiaire à la foi. — Cette affirmation est-elle sincère ? N'est-elle qu'une précaution de plus ?

Quoi qu'il en soit, comme disciple d'Aristote, Pomponace repousse l'intervention des démons, par trois raisons principales.

1. POMPONAT., De Incantationibus; Épit. dédicat., p. 2; Bologne, 24 juillet 1520.

2. De Incantat., cap. I, p. 6.

Voici la première et la plus grare:

« Si les démons opéraient des choses telles que celles qu'on leur attribue, cela aurait lieu en comprenant et en voulant; car l'artisan comprend et veut l'effet qu'il produit par lui-même. Mais il ne parait y avoir aucun mode convenable, par lequel le démon puisse comprendre et vouloir de telles choses.

» Soit le démon A, et un homme, Socrate par exemple, à qui ce démon entende extraire une flèche fixée en un point du corps et qui n'a pu en être arrachée par l'art du médecin.

» Il faudra pour cela que ce démon comprenne et Socrate, et cette flèche, et toutes les choses requises pour la cure, choses qui sont particulières; car, selon le premier livre de la Métaphysique, les actes et les opérations s'exercent sur les choses particulières (actus et operationes sunt ipsorum singularium).

» Comment donc le démon connaitra-t-il ces choses particulières (talia singularia) * ? »

Trois hypothèses: il faut choisir.

1° Ou cette connaissance se produira par l'essence du démon lui-même;

2o Ou par l'essence d'un autre que le démon; 3° Ou elle aura lieu au moyen des espèces.

1. — Ce qui comprend en vertu de son essence est : - ou la cause de la chose comprise, – ou son effet.

Au premier cas, on a Dieu, cause de tout, comprenant tout;

Au second, on a toute intelligence inférieure, qui, par essence, comprend la supérieure, en comparant la

1. P. POMPONAT, De Incantat., cap. 1, p. 7.

chose comprise à ses effets. « Quoniam effectus est superioris. »

Mais ni l'un ni l'autre de ces cas n'est celui de l'intelligence-démon.

Elle n'est pas l'effet d'intelligences inférieures;

Elle n'est pas, quant à ces intelligences, dans le rapport de cause à effet. – Ceux qui affirment l'existence des démons les conçoivent comme appliquant des activités à des passivités (activa passivis), et non comme créant les choses elle-mêmes.

II. – Dira-t-on : Le démon comprend en vertu d'une essence distincte de lui-même démon?

Par exemple, le démon comprend Socrate en vertu de l'essence même de Socrate.

Mais il est inintelligible qu'une chose matérielle puisse être l'intellection et la forme d'un intellect.

Si l'on pose, au contraire, que Socrate n'est la forme de l'intellect que par son être immatériel, on n'aura pas en un tel étre le vrai Socrate. On ne l'obtiendra qu'en tant qu'il existe dans l'immatériel productif, soit en Dieu, soit en l'intelligence mouvant le ciel, ou en tant qu'il est représenté par l'espèce intelligible. Mais aucun de ces Socrates ne sera l'être réel de Socrate.

En outre, Socrate, selon son être immatériel, est universel. Or l'universel ne représente pas plus celui-ci que celui-là. « Quare sic omnia repræsentarentur, et intelligerentur. » Et, comme les démons comprennent les choses passées, présentes et futures, ils comprendraient

« IndietroContinua »