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en ce cas une chose finie sous le mode infini. Ajoutez que, ces choses n'étant pas comprises par un démon mieux que par un quelconque de ses pareils, — ou (ce qu'on ne prétend pas) tous produiraient également l'effet en question, – ou l'on ne pourrait assigner une cause rationnelle à la production de l'effet plutôt par l'un que par l'autre.

III. — Dans la troisième hypothèse, les démons comprennent les choses particulières au moyen des espèces.

Cette partie de la réfutation échappe à l'analyse !. Mais, fidèle à sa conception des « intellects séparés », notre philosophe s'attache à prouver qu'en leur qualité d'entités universelles placées entre Dieu et les esprits inférieurs, ces intellects n'embrassent que les rapports généraux des choses, -- les universaux, non les réaur, — pour parler comme les vieux sorbonnistes. « Les choses sensibles, dit-il, ne peuvent agir sur notre intelligence, qu'elles n'aient d'abord agi sur nos sens. Combien moins agiront-elles sur des intellects entièrement abstraits ! »

« Si les démons, conclut notre auteur, ne peuvent opérer de telles choses sans les vouloir, et s'ils ne peuvent les vouloir sans les comprendre; - si, d'ailleurs, ils ne peuvent les comprendre qu'au moyen d'un des modes assignés ci-dessus, et qu'aucun de ces moyens ne soit possible pour les démons, les démons en conséquence ne peuvent opérer de telle æuvres. »

1. Pour toute l'argumentation, voy. POMPONAT., De Incantat., cap. 1, p. 7-19.

Reste, pour expliquer ces faits, l'opinion d'Avicenne: - Toute substance matérielle obéit à l'intelligence de l'homme convenablement ordonnée et élevée au-dessus de la matière.

L'Église a condamné cette opinion: Pomponace la tient donc pour divinement fausse, mais humainement ne la juge pas contraire aux idées d'Aristote”.

Au risque de l'obscurcir, il fallait resserrer encore cette argumentation abstruse et serrée.

Convaincu qu'elles partent du vide pour y aboutir, l'esprit moderne se cabre à l'effort exigé de qui veut saisir ces déductions subtiles. Pour être abordés, il faudrait que ces saharas sans oasis menassent quelque part. Peu d'explorateurs y voyageront par attrait d'y voyager. Déserts de la pensée pure, où l'intelligence d'un petit nombre se plaît à suivre, aux traces qu'elles laissèrent sur l'immensité aride, les exodes de la Métaphysique!...

A un autre point de vue, cependant, ces explorations ont un intérêt qui s'impose à tous. L'histoire de l'esprit est l'esprit de l'histoire : et cette histoire ne se connaît avec quelque profondeur que si celui qui l'étudie repasse, pour ainsi parler, par toutes les étapes de la pensée humaine, religieuse et sceptique, théologique, métaphysique, positive. S'il entre, suivant le temps et le lieu, dans la raison de la croyance, de la négation ou du doute

1. POMPONAT., de Incantat., p. 2. 2. POMPONAT., de Incantat., cap. II, p. 20, 21.

des penseurs, il s'étonnera souvent de ce qu'il y a de légitime dans les conclusions qu'ils tirèrent avant l'heure de déductions sans bases pour nous. Ainsi, tout l'argument de Pomponace pose sur le concept d'esprits non soumis aux conditions logiques de notre intelligence. Mais, l'expérience ne révélant pas de tels esprits, tous ces raisonnements sur les démons portent dans le vide. Dire qu'un démon ne peut « guérir un érysipèle parce qu'il n'est pas sujet à la loi du particulier », voilà la chimère. Mais l'expérience reprend ses droits: il le faut...; ou plutôt, elle ne les perdit jamais. L'intuition du bon sens, qui se montre ici, soutenait, sans qu'il y parût, cette logique aérienne.

« Certains, Augustin entre autres, estiment que, dans ces guérisons opérées par les démons, les démons eux-mêmes n'apportent pas la santé par une altération immédiate (sanitatem non inducunt immediate alterando), mais par une application d'activités à des passivités (applicando activa passivis)..... Par l'ingéniosité de leur esprit et leur longue expérience, ils ont appris maintes choses que l'âme humaine ne peut connaître, à cause soit de l'hébétude de son intellect, soit de la brièveté de son expérience, puisqu'elle vit peu. En outre, les substances matérielles obéissent aux démons, selon leur mouvement local, tout autant que la divine vertu le permet; aussi, connaissant les remèdes de cette espèce, les démons les apportent et les appliquent aux infirmités: d'où la santé peut suivre. Mais ces assertions paraissent incroyables : d'abord, parce que ces médicaments sont des corps. Ce sont, en effet, ou des herbes, ou des sucs, ou des pierres, ou quelque chose de cette espèce, qui sont visibles et pour la plupart odorables. Or, il semble étonnant qu'on ne les voie pas et que l'on ne les perçoive pas par le sens olfactif; bien plus, que les plaies touchées ne sentent pas par le tact ce qui les touche. Car, si une mouche effleure notre chair, aussitot nous le sentons. En outre, comment ces remèdes sont-ils si promptement au pouvoir des démons eux-mêmes, qu'ils soient transportés presque instantanément de l'extrême orient dans l'occident extrême, et réciproquement? Ces démons portent-ils donc avec eux des boites, des besaces, ou des sacs pleins d'emplâtres ou de liquides, comme les chirurgiens et les apothicaires? S'il en est ainsi, il est surprenant qu'ils ne soient pas vus par tout le monde, et qu'on ne dise pas aussi que les démons fascinent nos sens 1. »

Enfin, conclusion décisive :

« Puisque, ajoute Pomponace, nous pouvons expliquer ces faits par des causes naturelles (quoniam per causas naturales nos possumus hujusmodi experimenta salvare), et qu'il n'y a pas de raison qui nous force à croire qu'ils s'opèrent par les démons, on suppose en vain les démons. Il est en effet ridicule et tout à fait insensé d'abandonner ce qui est manifesté et peut être prouvé par la raison naturelle, et de rechercher ce qui est immanifeste et ne peut être démontré avec aucune vraisemblance . »

Aucun agent ne peut agir sans contact (neque sine contactu possit agere).

Nous voici en pleine physique métaphysique, s'il est permis d'associer les deux termes. Mais nous allons voir Pomponace, justifiant cette alliance de mots, déduire de quelques définitions, en dehors de l'observation et par la pure logique, la loi hypothétique des phénomènes natu

1. P. Pomponat., De Incantat., cap. I, p. 18-19. 2. P. POMPONAT., De Incantat., cap. I, p. 19-20.

rels. Pour fantastique que cette méthode nous paraisse, il faut tenir compte à celui qui l'emploie de ses divinations rationnelles, de toutes les erreurs qu'il ne partage pas avec les prétendus physiciens de son temps.

Écoutons une de ces théories... Aussi bien, outre l'intérêt spécial qu'elle offre pour saisir l'enchaînement d'un système, cette citation donne une idée des exercices dialectiques qui, dans l'enseignement des écoles, représentaient notre physique expérimentale.

« Les herbes, les pierres, les minéraux, les extraits de divers animaux, et universellement tout ce qui concourt à l'art médical, et, bien plus, à presque toutes les opérations humaines, altèrent les corps, ou immédiatement, altérant manifestement par des qualités manifestes les corps sur lesquels ils agissent, ou médiatement, parce qu'ils sont convertis en vapeur, et, ainsi convertis, ils altèrent ensuite les corps, ou quelquefois ils les altèrent par une altération occulte et invisible. Comme exemple de la première altération, on trouve le feu qui échauffe, l'eau qui refroidit, et semblablement agissent beaucoup de composés des éléments, soit qu'ils soient des médicaments simples, soit qu'ils soient composés, selon la manière de parler des médecins. L'exemple de seconde altération est la rhubarbe, qui ne purge la bile que si elle a été activée par la chaleur naturelle et convertie en vapeur.

» Exemple de la troisième altération : l'aimant. Il n'attire le fer ni par une qualité de la première espèce (telle que celle du feu), ni par une qualité de la seconde espèce (telle que celle de l'eau), ni parce que l'aimant est changé en vapeur, mais par une qualité insensible qui est ignorée, ainsi que l'enseigne l'expérience quotidienne : des faits semblables apparaissent presque à l'infini..... On suppose que les choses opérées selon le troisième mode n'appartiennent pas à un seul genre, mais

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