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Voici la première et la plus grave:

« Si les démons opéraient des choses telles que celles qu'on leur attribue,cela aurait lieu en comprenant et en voulant; car l'artisan comprend et veut l'effet qu'il produit par lui-même. Mais il ne paraît y avoir aucun mode convenable, par lequel le démon puisse comprendre et vouloir de telles choses.

» Soit le démon A, et un homme, Socrate par exemple, à qui ce démon entende extraire une flèche fixée en un point du corps et qui n'a pu en être arrachée par l'art du médecin.

» 11 faudra pour cela que ce démon comprenne et Socrate, et cette flèche, et toutes les choses requises pour la cure, choses qui sont particulières; car, selon le premier livre de la Métaphysique, les actes et les opérations s'exercent sur les choses particulières (actus et operationes sunt ipsorum singularium).

» Comment donc le démon connattra-t-il ces choses particulières (talia singularia) ' ? »

Trois hypothèses: il faut choisir.

1° On cette connaissance se produira par Yessence du démon lui-même;

2° Ou par Yessence d'un autre que le démon;

3° Ou elle aura lieu au moyen des espèces.

I. — Ce qui comprend en vertu de son essence est: — ou la cause de la chose comprise, — ou son effet.

Au premier cas, on a Dieu, cause de tout, comprenant tout;

Au second, on a toute intelligence inférieure, qui, par essence, comprend la supérieure, en comparant la chose comprise à ses effets. « Quoniam effectus est sitperioris. »

1. P. Pouponat., Delncantat., cap. i, p. 7.

Mais ni l'un ni l'autre de ces cas n'est celui de l'intelligence-démon.

Elle n'est pas l'effet d'intelligences inférieures;

Elle n'est pas, quant à ces intelligences, dans le rapport de cause à effet. — Ceux qui affirment l'existence des démons les conçoivent comme appliquant des activités à des passivités (activa passivis), et non comme créant les choses elle-mêmes.

II. — Dira-t-on : Le démon comprend en vertu d'une essence distincte de lui-même démon?

Par exemple, le démon comprend Socrate en vertu de l'essence même de Socrate.

Mais il est inintelligible qu'une chose matérielle puisse être l'intellection et la forme d'un intellect.

Si l'on pose, au contraire, que Socrate n'est la forme de l'intellect que par son être immatériel, on n'aura pas en un tel être le vrai Socrate. On ne l'obtiendra qu'en tant qu'il existe dans Yimmatériel productif, soit en Dieu, soit en l'intelligence mouvant le ciel, ou en tant qu'il est représenté par l'espèce intelligible. Mais aucun de ces Socrates ne sera l'être réel de Socrate.

En outre, Socrate, selon son être immatériel, est universel. Or l'universel ne représente pas plus celui-ci que celui-là. « Quare sic omnia reprxsentarentur, et intelligerentur. » Et, comme les démons comprennent les choses passées, présentes et futures, ils comprendraient en ce cas une chose finie sous le mode infini. Ajoutez que, ces choses n'étant pas comprises par un démon mieux que par un quelconque de ses pareils, — ou (ce qu'on ne prétend pas) tous produiraient également l'effet en question, — ou l'on ne pourrait assigner une cause rationnelle à la production de l'effet plutôt par l'un que par l'autre.

III. — Dans la troisième hypothèse, les démons comprennent les choses particulières au moyen des espèces.

Cette partie de la réfutation échappe à l'analyse'. Mais, fidèle à sa conception des c intellects séparés », notre philosophe s'attache à prouver qu'en leur qualité d'entités universelles placées entre Dieu et les esprits inférieurs, ces intellects n'embrassent que les rapports généraux des choses, — les universaux, non les réaitx, — pour parler comme les vieux sorbonnistes. « Les choses sensibles, dit-il, ne peuvent agir sur notre intelligence, qu'elles n'aient d'abord agi sur nos sens. Combien moins agiront-elles sur des intellects entièrement abstraits! >

« Si les démons, conclut notre auteur, ne peuvent opérer de telles choses sans les vouloir, et s'ils ne peuvent les vouloir sans les comprendre; — si, d'ailleurs, ils ne peuvent les comprendre qu'au moyen d'un des modes assignés ci-dessus, et qu'aucun de ces moyens ne soit possible pour les démons, les démons en conséquence ne peuvent opérer de telle œuvres. »

1. Pour toute l'argumentation, vov. Pomponat., De Inamtat., cap. i, p. 7-19.

Reste, pour expliquer ces faits, l'opinion d'Avicenne: — Toute substance matérielle obéit à l'intelligence de l'homme convenablement ordonnée et élevée au-dessus de la matière1.

L'Église a condamné cette opinion: Pomponace la tient donc pour divinement fausse, mais humainement ne la juge pas contraire aux idées d'Aristote*.

Au risque de l'obscurcir, il fallait resserrer encore cette argumentation abstruse et serrée.

Convaincu qu'elles partent du vide pour y aboutir, l'esprit moderne se cabre à l'effort exigé de qui veut saisir ces déductions subtiles. Pour être abordés, il faudrait que ces saharas sans oasis menassent quelque part. Peu d'explorateurs y voyageront par attrait d'y voyager. Déserts de la pensée pure, où l'intelligence d'un petit nombre se plaît à suivre, aux traces qu'elles laissèrent sur l'immensité aride, les exodes de la Métaphysique!...

A un autre point de vue, cependant, ces explorations ont un intérêt qui s'impose à tous. L'histoire de l'esprit est l'esprit de l'histoire : et cette histoire ne se connaît avec quelque profondeur que si celui qui l'étudie repasse, pour ainsi parler, par toutes les étapes de la pensée humaine, religieuse et sceptique, théologique, métaphysique, positive. S'il entre, suivant le temps et le lieu, dans la raison dela croyance, de la négation ou du doute des penseurs, il s'étonnera souvent de ce qu'il y a de légitime dans les conclusions qu'ils tirèrent avant l'heure de déductions sans bases pour nous. Ainsi, tout l'argument de Pomponace pose sur le concept d'esprits non soumis aux conditions logiques de notre intelligence. Mais, l'expérience ne révélant pas de tels esprits, tous ces raisonnements sur les démons portent dans le vide. Dire qu'un démon ne peut « guérir un érysipèle parce qu'il n'est pas sujet à la loi du particulier », voilà la chimère. Mais l'expérience reprend ses droits: il le faut...; ou plutôt, elle ne les perdit jamais. L'intuition du bon sens, qui se montre ici, soutenait, sans qu'il y parût, cette logique aérienne.

1. Pomponat., de Incantat., p. 2.

2. Pomponat., de Incantat., cap. n, p. 20, 21.

« Certains, Augustin entre autres, estiment que, dans cesguérisons opérées par les démons, les dénions eux-mêmes n'apportent pas la santé par une altération immédiate (sanitattm non intlucunt immediate allerando), mais par une application d'activités à des passivités (applicando activa passivis) Par l'ingéniosité de leur esprit et leur longue expérience, ils ont appris maintes choses que l'âme humaine ne peut connaître, à cause soit de l'hébétude de son intellect, soit de la brièveté de son expérience, puisqu'elle vit peu. En outre, les substances matérielles obéissent aux démons, selon leur mouvement local, tout autant que la divine vertu le permet; aussi, connaissant les remèdes de cette espèce, les démons les apportent et les appliquent aux infirmités: d'où la santé peut suivre. Mais ces assertions paraissent incroyables : d'abord, parce que ces médicaments sont des corps. Ce sont, en effet, ou des herbes, ou des sucs, ou des pierres, ou quelque chose de cette espèce, qui sont visibles et pour la plupart odorables. Or, il semble étonnant qu'on ne les voie pas et que l'on ne les perçoive pas par le sens

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