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qu'elles tiennent à des genres presque infinis. Car l'aimant attire le fer : le diamant résiste à son opération. Le saphir fuit les charbons, échauffe les yeux; et il y a presque une infinité de vertus occultes, desquelles Albert, dans son second traité des minéraux (chap. prem., 11, 17 et ailleurs), dit beaucoup de choses et admirables. Beaucoup d'autres choses sur ce sujet sont énumérées par Marsile Ficin, au chapitre premier du livre quatrième de sa Théologie de Platon 1. )

Voilà Marsile invoqué comme autorité par le disciple d'Aristote. Mais les actions occultes qu'il cite sont bien autrement prestigieuses que celles qu'énumère Pomponace.

« L'herbe hiérobotanon favorise le pronostic médical; La cornaline arrête le flux du sang; L'onyx allume la colère;

Le corail dissipe les vaines terreurs, repousse la foudre et la grêle, etc. ? ,

On se rappelle les théories de la Théologie platonique. Mais il est curieux de vérifier à leur source les croyances communes aux chefs des deux écoles adverses.

Toutefois, par la tendance plus positive de son esprit, par un plus fréquent recours à l'expérience, dont il méconnaît moins la vraie portée, l'aristotélicien Pomponace se rapproche bien plus que Marsile des conditions de la science, telle que nous la comprenons. Il doit cette supériorité au maître qu'il continue, aussi bien qu'à son bon sens sagace, dont les divinations sont d'autant plus

1. De Incantat., cap. II, p. 21-23. 2 MARSILE FICIN, t. I, p. 124.

remarquables que la base de ses connaissances naturelles est incomplète ou chimérique. Il n'en tire pas moins parti pour réduire bien en deçà de ce que supportait l'orthodoxie de son temps l'action des forces divines, angéliques ou démoniaques.

Sous sa terminologie archaïque de l'homme microcosme et de l'univers macrocosme agissant sur lui, se retrouve notre notion de la connexité des phénomènes. Il y a bien entre les deux philosophies, quant à la dépendance de ces phénomènes, des différences capitales; mais, en fin de compte, la même loi est reconnue par l'intuition vague et par l'observation. Le fait biologique ou social, par exemple, dépend du fait astronomique, mais par des intermédiaires dont la méconnaissance fut la cause des erreurs astrologiques.

Sous cette réserve, il est vrai de dire avec Pomponace que tout genre d'action s'exerçant dans un ordre de phénomènes influe directement ou indirectement sur tous les autres ordres.

Notre auteur croit du reste, avec Pline et Albert le Grand, qu'il y a des herbes et des pierres qui attirent ou repoussent la grêle et la pluie ^.

Mais ces erreurs, si étranges pour nous, n'altèrent pas le fond du système dirigé avec une remarquable vigueur logique contre la notion des causes surnaturelles. Sur cette conception du Microcosme reproduisant en soi

COS

1. POMPONAT., De Incantat., cap. III, p. 24.

toutes les forces du Grand Monde repose une sorte d'idéalisme naturaliste ainsi formulé: ( – L'âme sensitive, recevant les espèces de toutes les choses sensibles, est en quelque sorte toutes ces choses sensibles, et l'âme intellective, recevant les espèces de toutes les choses intelligibles, est en quelque manière toutes les choses intelligibles. Aussi, comme tout ce qui est ou sensible, ou intelligible, l'ame humaine comprenant l’une ou l'autre chose, savoir, le sens (sensum) et l'intellect (intellectum), est elle-même toute chose . »

Il est bon de rappeler les trois cas de guérison extraordinaire, point de départ de ces dissertations:

1° Un enfant délivré d'horribles brûlures; 2o un autre, d'un érysipèle; 3o un blessé, de la plaie duquel un fer est extrait; le tout par des incantations.

Ces trois cures ont eu lieu par des causes purement naturelles. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui le magnétisme animal. Dans les deux cas de l'enfant guéri d'une brûlure et de celui qui est délivré d'un érysipèle, notre philosophe ne voit qu'un traitement par réfrigérants, appliqué en vertu du principe contraria contrariis. Et, à l'appui de cette médication qui, bien qu'elle n'ait lieu qu'en vertu d'une science occulte, n'en est pas moins administrée par un contact, il cite toutes les actions surprenantes accomplies par une force, nous dirions par un fluide, depuis la fascination des serpents jusqu'aux

1. POMPONAT., De Incantat., cap. III, p. 28.

LES MÉDICIS.

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tours des baladins imitant les cris des animaux, ou ramenant par une contraction insensible leur chevelure de l'occiput sur le front. Force qui permet aux rois de France de guérir les écrouelles.

Ce passage est très curieux par la naïve crédulité mêlée à la vigueur logique et à la négation du surnaturel.

Le principe d'identité revient toujours. A propos de la puissance de l'attention fixant par l'habitude la force imaginative et cogitative, Pomponace affirme que la chose imaginée et désirée peut être produite réellement, secundum reale, par les vertus de l'imagination et de la pensée. Tout se tient, le physique au sensible, le sensible à l'intellectuel,

La foi de l'opéré en l'opérant augmente la puissance de celui-ci'. C'est ce qu'assurent nos magnétiseurs. On croirait les entendre: « Avicenne, dit Pomponace, attribue les effets physiques produits par l'âme à la subordination de la matière. Selon nous, l'âme opère par des vapeurs transmises ?. »

Plus subtiles que les remèdes ordinaires, ces vapeurs pénètrent plus intimement: elles soulagent des douleurs dont les onguents et les emplâtres ne sauraient atteindre le siége caché. Si les philosophes, ces Dieux terrestres, pénètrent seuls la raison de ces secrets, d'ignorants empiriques guérissent parfois, en les appliquant, des maux rebelles à la médecine ordinaire.

1. POMPONAT., De Incantat., cap. iv, p. 51. 2. POMPONAT., De Incantat., cap. IV, p. 52. 3. POMPONAT., De Incantat., cap. IV, p. 53.

Notre philosophe fait d'ailleurs dans ces prétendus phénomènes la part de la supercherie. Il explique par une impulsion insensible de celui qui le tient l'agitation d'un crible qui semble se mouvoir de lui-même, à l'ordre d'un enchanteur placé à distance. Voilà déjà nos tables tournantes.

Mais il est moins dangereux de faire danser des tables qu'il ne l’était de faire valser des cribles. Témoin ce Reazzo, dont Pomponace avait vu les expériences à Mantoue et à Padoue, et qui ne se tira des griffes de l'Inquisition qu'en prouvant qu'il n'y avait d'autre diablerie dans l'affaire que l'habileté de ses doigts'.

Pomponace pourtant ne nie pas que de pareils phénomènes, non plus que l'expérience du miroir magique où des figures apparaissent tout à coup d'elles-mêmes, ne puissent parfois s'accomplir en réalité par des causes naturelles. Mais ils sont d'ordinaire le résultat d'une illusion ?.

Notre auteur s'enhardit : il aborde les prodiges consacrés par la légende catholique.

On retrouve, anticipée, l'argumentation du Vicaire Savoyard à propos des miracles de Moise reproduits par les magiciens de Pharaon, dont les moyens d'action rentrent, en vertu de l'analyse précédente, dans la classe

1. POMPONAT., De Incantat., cap. IV, p. 56. 2. De Incantat., cap. IV, p. 60.

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